La CFDT dénonce un épuisement généralisé des personnels au CSAC CNOUS du 2 juin 2026. L'intensification du travail prend les agents en étau à travers deux dynamiques distinctes : intensification quantitative et temporelle.
Une lecture croisée 2023-2024 : la réalité derrière les chiffres
La CFDT tient à préciser que pour comprendre la trajectoire présentée, il est nécessaire de regarder l’évolution de notre réseau sur deux années consécutives. La mise en perspective de l’année 2024 par rapport à l’année 2023 permet de révéler la réalité par les chiffres.
Cette lecture croisée des RSU 2023 et 2024 met en évidence une mutation structurelle profonde. Derrière les éléments de langage de la « stabilisation » et de la « CDIsation » que vantent les directions des CROUS, se cache en réalité une mécanique redoutable d’intensification du travail. Cette intensification prend les agents en étau à travers deux dynamiques distinctes, provoquant un épuisement généralisé sur le terrain.
La première intensification est quantitative
Et c’est le report de charge sur les agents permanents.
Les chiffres sont implacables : le réseau a perdu 532 agents physiques en un an, passant de 13 095 à 12 563 personnels.
Cette saignée frappe en priorité le secteur de la Restauration, qui perd à lui seul 340 agents. Pour compenser la disparition de ces bras illustrée par la chute massive de 606 contrats CDD (2658 contrats en 24 contre 3264 contrats en 23), la direction reporte la charge de travail sur le noyau dur des agents permanents. Faire le même nombre de couverts avec moins de collègues à ses côtés, c’est l’assurance de cadences infernales au quotidien.
La seconde intensification est temporelle
Et elle est bien plus pernicieuse : c’est le piège du lissage et de l’annualisation. En réduisant la part des contrats courts régionaux au profit de CDI étalés sur 12 mois, le réseau fait le choix d’étaler les semaines travaillées. Pour l’agent sur le terrain, cela signifie la fin des périodes de récupération réelles qui permettaient aux corps de souffler. Plus grave encore : lorsqu’on baisse les horaires hebdomadaires pour « lisser » l’année, on densifie chaque minute travaillée. L’agent doit accomplir le même « coup de feu » du midi, mais en moins d’heures par semaine. C’est l’usure programmée par une organisation du travail qui ne tient pas compte des réalités des activités professionnelles.
Sinistralité en hausse : quand les corps lâchent
Cette double intensification n’est pas une vue de l’esprit syndicale. Elle se lit noir sur blanc, de manière alarmante, dans les indicateurs de ce RSU, et particulièrement sur le plan des accidents du travail. Les chiffres de la sinistralité entre 2023 et 2024 montrent une hausse brutale des arrêts liés aux accidents de travail : de 20 787 jours perdus en 2023 à 21 563 jours d’arrêt en 2024. C’est une explosion de 776 jours supplémentaires en seulement douze mois ! À force de tirer sur la corde et de réduire les effectifs physiques, les corps lâchent et les agents se blessent.

D’un autre côté, la courbe de l’absentéisme pour maladie ordinaire fléchit légèrement. Mais ne nous y trompons pas : cette baisse n’est pas une victoire de la politique de prévention des CROUS, c’est le symptôme d’une précarisation financière extrême !
Précarité financière : la sédentarisation dans la pauvreté
La question légitime qui doit être posée est la suivante : cette double intensification est-elle suivie d’une reconnaissance salariale ? Malheureusement non ! Même si l’on observe un recul de la précarité sur le papier, c’est la pauvreté qui s’installe.
L’analyse sur deux ans montre une perte nette de pouvoir d’achat pour l’immense majorité des agents du réseau. Face à une inflation galopante, le ministère maintient le gel de nos grilles indiciaires. On assiste à un tassement dramatique des salaires par le bas : les premiers échelons des catégories B et C et des CDI ouvriers sont structurellement écrasés et rattrapés par le SMIC.
Les directions parlent de stabilisation par le CDI, mais la réalité, c’est la sédentarisation dans la pauvreté. On demande aux agents d’assumer des rythmes toujours plus durs pour des salaires qui ne leur permettent même plus de vivre dignement.
Et la situation ne va pas s’arranger, avec le durcissement des règles, le jour de carence et le passage honteux à 90 % du salaire en congé maladie ordinaire depuis mars 2025 contre 100 % auparavant. Les agents n’ont plus les moyens financiers d’être malades ! Aujourd’hui, les personnels viennent travailler la peur au ventre, malades et épuisés, uniquement pour ne pas voir leur pouvoir d’achat s’effondrer davantage. Ce que cette courbe de l’absentéisme en baisse cache en réalité, c’est un présentéisme subi et désespéré. Nous en reparlerons pour le RSU 2025 !
Dialogue social étouffé : un recul des droits syndicaux
Et pour couronner ce tableau sombre, comment les CROUS traitent-ils le dialogue social et ceux qui portent la parole de ces agents en souffrance ? Les chiffres de ce RSU révèlent un recul très net des absences pour motifs syndicaux, et plus particulièrement des décharges au titre de l’Article 15, prévues pour la préparation des instances statutaires. Ce recul mécanique n’est pas neutre. Il trahit un manque flagrant de considération et de reconnaissance envers les représentants du personnel dans l’exercice de leurs missions. En asphyxiant le temps syndical nécessaire à l’analyse et à la préparation des dossiers, on cherche de fait à affaiblir les contre-pouvoirs au moment même où le réseau traverse une crise sociale majeure. Nous attendrons les chiffres de 2025 qui seront également à la baisse compte tenu d’ASA 15 de plus en plus refusées pour préparer nos instances.
Le ministère doit faire face à ses responsabilités
Alors, face à ce constat, nous devons poser la question des responsabilités. À qui la faute ? À une mauvaise gestion de nos CROUS régionaux ?
Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, la responsabilité est entière ; elle est systémique et elle se trouve au sommet ; elle est celle de notre ministère de tutelle.
Nous faisons face à une hypocrisie politique majeure. Chaque année, le ministère reconduit le même dispositif sur le papier. Il affiche de grandes ambitions pour la vie étudiante, mais il refuse obstinément de réévaluer les moyens et d’accompagner le réseau des œuvres avec une masse salariale à la hauteur des besoins réels.
Actuellement le réseau fonctionne avec un ratio de consommation d’à peine 0,58 par ETP délivré. Cela signifie que l’État nous demande de faire tourner un service public avec un chèque qui ne couvre même pas les deux tiers de la force de travail théoriquement allouée ! On nous donne des droits à embaucher pour l’affichage, mais on nous refuse l’argent pour payer les salaires réels.
C’est cette asphyxie budgétaire qui accule le réseau des CROUS. Pour boucler les budgets imposés, on sabre dans les emplois de renfort et on pressure les agents jusqu’à la rupture.
Ce RSU 2024 met en lumière une maltraitance institutionnelle. Le coupable de la dégradation de la santé des agents et du recul de la qualité de l’accueil des étudiants, ce n’est pas le terrain, c’est le ministère ! Nous exigeons un alignement immédiat et réel de la masse salariale sur les besoins du service public.