Le ministre de l’Éducation nationale a annoncé la création d’un concours général des collèges pour «permettre aux collégiens d’exprimer leurs excellences». Cela ne répond à aucune demande des personnels pour redonner du sens à leur travail, ni des élèves.
Les personnels attendent la revalorisation de leurs rémunérations, sans augmentation de leur charge de travail. Les personnels attendent des mesures pour améliorer leurs conditions de travail, aménager les fins de carrière et retrouver du sens au travail.
Les personnels attendent des décisions, des financements, des organisations qui permettent de déployer l’école inclusive dans un cadre soutenable, et avec la création d’un corps de catégorie B de la fonction publique pour les AESH.
Pour la CFDT, ces chantiers là sont indispensables pour redonner de l’attractivité aux métiers de celles et ceux qui font vivre l’École publique au quotidien.
Il faut aussi conduire une politique ambitieuse en matière de santé mentale des enfants et des jeunes. Dans le cadre scolaire, cela suppose de donner les moyens d’avoir des professionnel·les formé·es en nombre suffisant dans différents métiers complémentaires chacun avec leurs compétences et expertises pour mieux encadrer, soutenir, accompagner les élèves. C’est nécessaire pour qu’ils et elles aient le temps d’un réel accompagnement des élèves.
A ce jour aucun de ces chantiers n’a débuté, mais le ministre annonce, unilatéralement, la création d’un concours général des collèges.
Pour la CFDT, cela ne répond à aucune demande sociale dans la communauté éducative.
Pour s’en convaincre, il suffit de lire les conclusions de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant, ou les derniers avis et rapports du CESE sur l’éducation. Manifestement, le ministre et le gouvernement en font peu de cas.
La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques porte de toutes autres ambitions pour le collège.
Nous avons donc clairement dit à la direction générale de l’enseignement scolaire notre opposition à la création d’un concours général des collèges.
Une décision inutile qui exacerbe les contradictions que subissent les personnels
Nous avons demandé et nous continuerons de demander à avoir l’estimation des coûts complets de cette décision.
Alors qu’on demande aux personnels sociaux, de santé scolaire, et aux PsyEN de se déplacer le moins possible car leurs frais de déplacement ne peuvent pas être totalement remboursés faute d’enveloppe suffisante, ne vaut-il mieux pas utiliser ce montant financier pour s’assurer que le service public ne laisse pas de côté les écoles et établissements les plus isolés ?
Alors que les collèges n’ont plus les enveloppes pour rémunérer les enseignant·es qui pourraient assurer des stages de remise à niveau pendant une partie des vacances scolaires, est-il bien sérieux de créer ce concours général des collèges ?
Alors que les derniers gouvernements ont mis l’accent, de manière démesurée, sur la problématique des absences de courte durée non remplacées, il s’agit donc maintenant d’ajouter un temps d’évaluation qui fera perdre des heures de cours à des élèves ?
Malgré nos interventions, le ministère minimise l’impact d’une telle décision sur la charge de travail des personnels.
Il se réfugie derrière la notion de volontariat. En 2026-2027, seuls les collèges volontaires participeront à l’opération, seul·es les enseignant.es volontaires prépareront les élèves inscrit·es à l’une des cinq épreuves, et corrigeront les copies. Quant au volontariat des personnels de direction, des personnels administratifs des collèges et des directions des examens et concours, des personnels qui seront mobilisés pour surveiller les épreuves, le ministère n’en dit rien.
Le ministère ne semble toujours pas prendre la mesure l’intensité du travail et du niveau déjà élevé des risques psychosociaux de l’ensemble des agents du ministère.
Il suffirait pourtant de lire les fiches SST, de lire le rapport annuel de la DGAFP, de lire les rapports de la médiatrice de l’Éducation nationale, de lire la dernière édition de l’enquête Talis… et tout simplement d’écouter les militant·es CFDT lors des audiences ministérielles et locales sur le travail des agents.
Une politique éducative d’un autre temps
Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, la création d’un concours général des collèges est un non sens en terme de politique éducative et de conception pédagogique. Là aussi, ce sont des injonctions contradictoires qui sont transmises directement par le ministre.
Il faut travailler les compétences psychosociales, développer l’empathie, développer un rapport « gratuit » au savoir… mais on ajoute une pression évaluative au lieu de laisser du temps aux apprentissages. On glorifie la compétition dont plusieurs études montrent qu’elle peut avoir des effets délétères en termes de santé mentale. La coopération serait pourtant plus efficace pour améliorer le climat scolaire, pour faire commun au sein des collèges.
D’aucuns souligneront les angles morts des cinq domaines dans lesquels des élèves pourraient être invité·es à exprimer leur excellence. La CFDT ne rentrera pas dans ce jeu qui est aussi celui, lancé donc par le ministère, de la division au sein des équipes pédagogiques.
Le ministère ne sait-il pas à quel point de nombreuses équipes ont des projets, construits avec les élèves et leurs délégués pour organiser des journées au cours desquelles les élèves choisissent et élaborent leur manière de faire connaître et reconnaître par leurs pairs, par les adultes qui les encadrent dans l’établissement, par les parents d’élèves leurs compétences, leurs connaissances, leur créativité et leurs excellences avec bien moins d’ornières, avec bien souvent une dimension collective, festive, conviviale ? C’est bien davantage vecteur d’émancipation.
Mais les moyens alloués diminuent, réduisant l’offre éducative, réduisant la capacité à conduire des projets pédagogiques et culturels ambitieux pour et avec les élèves. Et le ministère préfère trop souvent imposer un tri entre les élèves du collège…
Ce projet de concours général des collège est nuisible pédagogiquement et détériorera encore les conditions de travail des agents. Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, le ministère fait un hors sujet général sur les collèges.