Publié le mercredi 8 juillet 2026
par Nicolas Holzschuch
Personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche Enseignants-chercheurs Instances
Déclaration liminaire au CNESER du 7 juillet 2026
La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques alerte sur les restrictions budgétaires et leurs conséquences pour l’enseignement supérieur et la recherche française.
Des restrictions budgétaires aux conséquences dramatiques
Notre institution, le CNESER, et notre organisation, la CFDT, rassemblent des représentants de tous les acteurs de la recherche française : universités, organismes de recherche comme le CNRS, établissements publics à caractère industriel comme le CEA ou le CNES. Tous, sans exception, sont touchés par la baisse des crédits. Nous le savons, nous le voyons au quotidien : - les universités françaises ont presque toutes présenté un budget en déficit, certaines pour la deuxième année consécutive,
- les EPST ont épuisé leurs fonds de roulement, et n’ont plus de réserve de trésorerie. Le budget du CNRS a été amputé de 500 millions en deux ans, et il n’a quasiment plus de trésorerie disponible ; les autres organismes de recherche ont, eux aussi, voté un budget 2026 en déficit structurel.
- les EPIC aussi voient leur budget amputé brutalement ; le CNES a dû retrancher 100 millions d’euros de son budget en 2025, et devra à nouveau réduire son budget de 300 millions d’euros en trois ans sur la période 2026-2028.
Dans certains EPST et EPIC, les baisses de budget vont de pair avec des redéfinitions des missions, qui sont imposées aux personnels, sans concertation ; prenons comme exemple l’Inria qui devrait désormais faire de la recherche duale, civile et militaire, contre l’avis d’une partie des personnels y sont opposés, ou
le CNES que l’on charge de mettre en place un projet de tourisme spatial à rebours de ses missions en matière de science, responsabilité environnementale, de soutien à l’industrie spatiale nationale et à la faveur d’un contrat au montant tenu secret avec une startup américaine.
Les raisons pour ces budgets en déficit sont connues, et on peut remercier le travail des Assises du financement des universités pour avoir confirmé ce que nous savions déjà tous : les dépenses des universités augmentent, et augmentent plus rapidement que leurs ressources. La situation est la même dans les organismes de recherche et les EPIC : l’État impose aux organismes des dépenses nouvelles, mais ne leur fournit pas les moyens pour assumer ces dépenses.
L’État porte ici une double responsabilité : pour masquer son désengagement, il a encouragé les universités et les organismes de recherche à recourir à d’autres moyens de financement comme les fondations, les transferts industriels ou la formation continue. Toutes ces ressources nouvelles ont eu en réalité un bilan négatif sur le plan financier, aggravant encore la situation.
Pour ramener le budget à l’équilibre, on taille dans les dépenses de personnel. C’est une erreur.
Diminuer les recrutements, c’est diminuer la capacité de la recherche française
Les conséquences de ces budgets en déficit sont également connues : pour ramener le budget à l’équilibre, on taille dans les investissements immobiliers et dans les dépenses de personnel. Quel que soit le nom qu’on lui donne, gel des recrutements, année blanche, plan de retour à l’équilibre, c’est à chaque fois la même idée : on baisse les recrutements, parce qu’il faut absolument diminuer les dépenses. L’Inria aura même un schéma d’emploi décroissant pour limiter sa masse salariale. Nous tenons à dénoncer cette vision court-termiste, et ses impacts sur la recherche française. Ce sont les personnels de la recherche qui font la recherche. Diminuer les recrutements, c’est, très directement, diminuer la capacité de la recherche française. Les responsables de ces baisses de recrutement viendront ensuite critiquer les équipes de recherche française parce qu’elles ne sont pas assez compétitives au niveau international, sans voir qu’ils sont la cause directe de ce qu’ils dénoncent.
Rappelons aussi que, très concrètement, quand on ne recrute pas quelqu’un pour remplacer un départ, on demande à l’université, à l’organisme de recherche, de continuer à remplir les mêmes missions avec un effectif réduit. Ce qui veut dire qu’on augmente la charge de travail pour ceux qui restent, ce qui contribue à l’épuisement des personnels. La dégradation continue des conditions de travail est un double problème pour la recherche française : d’une part elle aboutit à un épuisement et une démoralisation des personnels. Nous voyons tous les jours sur le terrain les conséquences pour la santé des personnels de ces mauvaises conditions de travail. Et d’autre part, elle aboutit à une baisse d’attractivité des métiers de la recherche, qui amène maintenant à des concours de recrutement qui ne trouvent plus preneurs.
On voit régulièrement des politiques nous dire que de nouvelles méthodes de recrutement permettront d’augmenter l’attractivité de la recherche française. C’est ce qui a amené à la création des Chaires de Professeurs Junior, auxquelles nous étions opposés, ou à d’autres modalités comme les Inria Starting Faculty Positions. C’est une erreur. Pour résoudre les problèmes d’attractivité de la recherche française, il faudrait déjà avoir des recrutements de façon stable et pérenne, au lieu de la situation actuelle où le nombre de postes varie de façon aléatoire en fonction des contraintes. Mais pour cela, il faudrait que l’État soit capable d’avoir une vision à long terme, de s’y engager et de tenir ses engagements.
Puisque nous sommes dans la période des négociations budgétaires pour 2027, nous espérons que ces négociations permettront à l’enseignement supérieur et à la recherche française d’avoir en 2027 un vrai budget, à la hauteur des besoins du pays.