Pour la rentrée scolaire 2026, la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques a organisé sa conférence de presse le mardi 22 septembre.

La soutenabilité est le fil rouge de cette rentrée scolaire 2026 pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques : regarder l’École à hauteur des femmes et des hommes qui la font vivre, et interroger ce qui est aujourd’hui soutenable pour les personnels comme pour le service public d’éducation. Soutenabilité des dernières mesures, mais aussi soutenabilité de l’École face aux défis qui s’imposent : climat ; numérique et intelligence artificielle ; santé, sécurité et conditions de travail ; rémunérations et reconnaissance des métiers.
Étaient présent·e·s à la tribune : Lætitia Aresu, secrétaire générale de la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, Claire Bonhomme, Caroline Brisedoux et Jean-Marc Marx, secrétaires national·es.
Ouverture de la conférence de presse par Lætitia Aresu, secrétaire générale
Merci d’avoir répondu à notre invitation à cette conférence de presse sur les enjeux de la rentrée que nous mettons sous le signe de la soutenabilité.
Le contexte international instable, la situation économique de notre pays assez préoccupante, les premières annonces du Premier ministre sur le budget 2027 et la perspective de l’élection présidentielle créent un climat pesant pour les personnels de l’Éducation nationale, de l’enseignement agricole public et de Jeunesse et Sports qui aspirent à mener leur mission de service public avec sérénité et à vivre dignement de leur travail.
La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques le réaffirme avec force : investir dans le service public d’éducation et de formation, c’est préparer l’avenir des jeunes et l’avenir du pays. Le cap budgétaire doit être respectueux du monde du travail rendant soutenable la vie des travailleuses et travailleurs et être à la hauteur des besoins du pays sans obérer la préparation de l’avenir.
Aujourd’hui se déroule une journée de mobilisation des personnels des centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (Crous) pour dénoncer le manque de moyens criant de la généralisation du repas à un euro. Augmentation insuffisante de la masse salariale pour faire face ; l’intensification du travail est très forte et donne le vertige aux agentes et agents, au sens propre et au sens figuré !
Pour rappel, le réseau comptait 287 structures de restauration en 2000 contre 967 aujourd’hui, soit 240 % d’augmentation du nombre de sites. Alors que les moyens humains n’ont progressé que de 7 % ; c’est dans ce contexte que se généralise le repas à un euro. Ce principe a été négocié pour faire passer le budget 2026, mais le financement de la réforme ne permet pas de la rendre soutenable pour les personnels et leurs conditions de travail.
Point d’info à 8h30 pour notre première grève Crous :
La totalité de nos restaurants universitaires (RU) à Aix et Marseille sont fermés aujourd’hui.
À Aix, toutes les cafétérias sont fermées aussi.
À Marseille, une seule est ouverte, pour peu de temps car les RU ne produisent pas.
En cette rentrée, comme celles de ces dernières années, les préoccupations principales des personnels restent leurs conditions de travail souvent entravées par des injonctions paradoxales ou l’insuffisance des moyens, la baisse du niveau de vie et du pouvoir de vivre, faute de revalorisations, est encore accentuée par le contexte actuel. La question des prix des carburants est sur toutes les lèvres, notamment dans les territoires où l’utilisation de la voiture n’est pas une option mais bien une obligation. Dès que l’on sort des grandes agglomérations, le sujet de la mobilité est une préoccupation.
Soutenabilité salariale : pouvoir d’achat et rémunérations
Les agentes et agents publics de l’Éducation nationale, de l’enseignement agricole public et de Jeunesse et Sports sont aussi des travailleuses et des travailleurs qui ont besoin de rémunérations à la hauteur pour vivre dignement :
> les accompagnant·e·s des élèves en situation de handicap (AESH), les assistant·e·s d’éducation (AED) sont des contractuel·le·s sous-payés ;
> les contractuel·le·s qui exercent des métiers de l’enseignement sont moins payés que leurs homologues titulaires et sont actuellement sujets de non-renouvellement puisque les enseignant·e·s stagiaires recrutés à bac +3 sont utilisés comme « moyens d’enseignement » − ce que nous dénonçons ! ;
> des personnels administratifs ou techniques de catégorie C, titulaires ou contractuels, ont des grilles de salaire dont les 20 premières années sont sous le Smic (Smic mensuel brut : 1 867,02 €) ; il y a donc urgence à réviser les grilles des trois catégories d’emploi de la fonction publique et à faire appliquer le cadre de gestion relatif aux personnels contractuels ingénieurs, administratifs, techniques, pédagogiques, sociaux et de santé (IATPSS).
À cela s’ajoute l’annonce du Premier ministre de ne pas revaloriser le point d’indice gelé depuis 2023. Cette décision est inacceptable quand les prix continuent d’augmenter, avec une inflation à 2,4 % en août. L’absence de revalorisation salariale aggrave le décrochage salarial dont font l’objet les rémunérations des agent·e·s publics. Pour certains métiers, notamment celui d’enseignant·e, le décrochage salarial est quasi continu depuis les années 1980, et les tentatives de 2023 pour revaloriser le métier en perte d’attractivité sont restées insuffisantes pour rattraper le retard accumulé au regard du travail et des efforts demandés.
C’est pourquoi la CFDT Fonction publique, avec toutes les fédérations qui syndiquent les personnels des fonctions publiques (de l’État, territoriale et hospitalière), appellent à se mobiliser massivement le 29 septembre 2026 afin d’obtenir une revalorisation du point d’indice gelé depuis 2023.
Rémunérations et élection présidentielle
La rentrée a été l’occasion de surenchères politiques sur les rémunérations des enseignant·e·s de la part de candidats à l’élection présidentielle.
Pour notre fédération, outre la revalorisation du point d’indice qui se décide et s’opère au niveau de la fonction publique, nous demandons que des mesures de revalorisation indemnitaire soient négociées au niveau du ministère pour rattraper les moyennes interministérielles en deçà desquelles se situent le volet indemnitaire des rémunérations.
Avec nos syndicats, cette semaine-ci est une semaine d’action sur les rémunérations pour informer les collègues sur les éléments de leur rémunération, sur l’égalité salariale, sur nos revendications… (cf. notre dossier de presse, p. 23-28)
Pour la CFDT, les rémunérations des agent·e·s sont un véritable sujet, un levier essentiel pour restaurer de l’attractivité.
Mais ce n’est pas le seul sujet pour rendre le travail soutenable. La question du temps de travail TTC, c’est-à-dire « toute tache comprise », doit être enfin discutée pour en finir avec le sujet de l’intensification sans fin.
On peut parler des 108 heures qui sont un puits sans fond ; des priorités qui s’empilent – pour les enseignant·e·s, mais aussi pour les personnels Jeunesse et Sports des délégations régionales académiques à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (Drajes) ou des services départementaux à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (SDJES) avec, par exemple, l’attestation d’honorabilité des personnels à gérer par les agent·e·s, devenue une priorité sans que d’autres soient retirées – ; les absences non remplacées ou les postes restés vacants dans les services administratifs où la charge de travail est redéployée ; les injonctions ministérielles ; les fonctions de référents dépendant du volontariat ; les opérations de saisie et reporting sans plus value…
Pour une vie au travail soutenable, il importe que les personnels puissent agir collectivement sur l’organisation du travail en ayant voix au chapitre ; la question du sens du travail en dépend. (Cf. notre mémo « Agir pour l’amélioration des conditions de travail »)

Budget de l’Éducation nationale
À ce jour, nous ne disposons que des lettres-plafonds publiées en juillet et des annonces du Premier ministre la semaine dernière sur le volume des économies à effectuer.
En ce qui concerne le champ Éducation nationale, nous savons que la réforme de la formation initiale devra être financée pour rémunérer les élèves fonctionnaires. Ce que nous ne savons pas, c’est si ce financement se fera à moyens constants ou si une dotation spécifique viendra abonder le budget du ministère. Quel que soit le scenario, les besoins sont importants : les chefs d’établissement n’ont pas les moyens nécessaires pour mettre en œuvre les enseignements obligatoires ; les dotations prévues pour le remplacement, pour l’aide au devoir, pour les projets culturels sont revues à la baisse ou tardent à arriver.
> Frais professionnels de déplacement : nous osons espérer que les remboursements des frais de déplacement se feront sans difficultés et que les enveloppes dédiées seront suffisantes.
> Conséquences sur l’institution scolaire de la baisse démographique : comment sera-t-elle prise en compte ? Permettra-t-elle de revoir l’organisation pédagogique de notre système éducatif pour mieux accompagner les élèves des écoles, collèges, lycées dans leurs apprentissages et dans leur parcours d’orientation ? Au regard des besoins pédagogiques et éducatifs, c’est un enjeu capital.
> Volet indemnitaire : nous demandons que le budget alloué permette des mesures catégorielles pour revaloriser les rémunérations sur le volet indemnitaire.
Nous craignons un coup de rabot budgétaire qui ne favorisera pas l’évolution de notre système éducatif pour un meilleur accompagnement des élèves ni une évolution pluriannuelle du maillage territorial de l’École publique.
Dernière chose concernant le budget, nous ne pouvons passer sous silence la mission « État efficace » pilotée par Matignon dont l’objectif est de détecter des missions qui seraient en doublon chez les opérateurs. C’est ainsi que surviennent des décisions sans prévenance, sans concertation, provoquant des réorganisations, des transferts, des fusions…
> C’est le cas à Canopé où s’opèrent une refonte des missions et une réorganisation de l’opérateur au détriment des personnels dont certains sont remerciés ;
> c’est le cas à la MGEN qui voit le retrait de la délégation de gestion du régime obligatoire avec des interrogations sur l’avenir pour près de 1 000 salarié·e·s ;
> c’est le cas du Musée national du Sport à Nice dont l’avenir des agent·e·s est incertain…
Les incertitudes professionnelles sont insoutenables.
Les constats de la rentrée sur les conditions de travail
> Des outils numériques qui rendent vulnérables les écoles et établissements, et dégradent la soutenabilité des conditions de travail :
◊ trois académies (Nantes, Toulouse et le vice-rectorat de Wallis-et-Futuna) sont toujours sous cloche suite aux cyberattaques,
◊ les procédures de sécurisation introduisent de la complexité,
◊ des conditions de travail des directrices et directeurs d’école entravées par un outil numérique, ONDE, défaillant (cf. notre dossier de presse : « Soutenabilité numérique », 13-15)
> Une rentrée 2026 fortement marquée par le bilan des épisodes climatiques de mai-juin, et par de nouvelles vagues de chaleurs dans le Sud-Est de l’Hexagone :
◊ une F3SCT ministérielle sans indicateurs (cf. dossier de presse : « Soutenabilité climatique », p. 5-11) !
◊ Des établissements et des écoles sollicités pour rendre compte de l’état du bâti et des besoins mais pour quelles perspectives ? Comment sort-on du constat ?
> L’École inclusive reste un sujet de tension parce que les moyens humains et matériels pour accompagner certaines situations et certains handicaps ne sont pas au rendez-vous. Ainsi, des AESH manquent à l’appel… (cf. dossier de presse, « Soutenabilité en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail », notamment p. 21-22).
> Dans les services déconcentrés :
◊ des personnels administratifs qui ploient sous la charge de travail : opérations de rentrée avec des outils dégradés ; surcroît de travail pour les opérations d’affiliation et de désaffiliation à la Protection sociale complémentaire (PSC)…
◊ des personnels Jeunesse et Sports sous pression (gestion de l’attestation d’honorabilité des personnels, par exemple)…

Une présentation liminaire qui n’épuise pas la totalité des sujets…
… Non seulement les sujets de cette rentrée scolaire, mais des sujets aussi qui sont devant nous et très importants pour la CFDT.
Entre autres enjeux, nous insisterons sur :
> la mixité sociale et scolaire
Pour la CFDT, le contexte de baisse démographique doit être l’occasion de repenser le maillage territorial scolaire et la mixité sociale des écoles et des établissements scolaires.
> La lutte contre les violences sexuelles et sexistes dans laquelle l’Éducation nationale doit prendre toute sa part, mais en lien avec tous les acteurs publics et avec les moyens, y compris en matière de formation (dossier de presse, « Soutenabilité en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail »p. 20)
> La commémoration du 11 novembre : les questions qui se posent… La vocation de l’École à la transmission mémorielle et à la construction des futurs citoyen·ne·s n’est pas contestable. Mais il s’agit là d’une cérémonie commémorative ritualisée, à organiser dans des délais contraints au sein de la structure (l’espace de l’école). C’est une approche presse-bouton qui ne valorise pas des projets construits mais le recours mécanique à des symboles. Le problème, c’est le rite sans le sens. Et cela constitue un exemple de plus de l’intensification du travail !