Le ministère a lancé une nouvelle grande réforme des études de santé avec un parcours unique (fin du double parcours PASS/LAS). Les textes ne sont toujours pas publiés, et les universités vont devoir travailler dans l’urgence pour mettre en place cette réforme à la rentrée 2027.
Un parcours unique pour la formation
Cette réforme des études de santé (médecine, maïeutique, odontologie, pharmacie, et kinésithérapie) met fin au double parcours PASS (Parcours d’accès spécifique santé) et LAS (Licence d’accès santé), pour le remplacer par un parcours unique.
La première année, les étudiants auront trois blocs d’enseignement :
- un bloc « santé », sur les connaissances nécessaires pour les filières de santé,
- un bloc « disciplinaire », dans une autre licence (droit, sciences humaines, biologie…)
- un bloc « transversal » : compétences psycho-sociales, communication, éthique, sciences humaines et sociales.
Les deux premiers blocs représentent entre 40 et 50 % de la note finale, le dernier entre 10 et 20 %.
Le passage en 2e année dans les filières de santé se fera selon un classement, réalisé à partir des notes obtenues dans l’ensemble du cursus. Il sera possible de candidater en fin de L1 et en fin de L2, et le redoublement sera autorisé pour x % des étudiants. Pour passer en 2e année dans les filières de santé, il faudra avoir validé le bloc santé et le bloc disciplinaire.
Une réforme des études de santé décidée dans la précipitation…
Cette réforme se met en place dans la précipitation : alors qu’elle doit s’appliquer dès la rentrée 2027, et donc apparaître dans Parcoursup dès janvier prochain, les textes n’ont pas été présentés lors du CNESER de juin, mais seulement en juillet. Bien que nous soyons censés avoir accès aux textes une semaine avant la séance, délai qui permet de préparer notre travail et de nous coordonner entre syndicats CFDT concernés (santé, université), le ministère modifiait encore les textes pendant la séance du CNESER de juillet. Estimant ne pas avoir les moyens de faire notre travail d’analyse des textes, nous avons décidé de ne pas prendre part au vote, comme l’ensemble des organisations syndicales. Les textes ont donc été adoptés à l’issue du CNESER avec 4 voix pour, 14 abstentions et 46 « ne prend pas part au vote ».
Fin septembre, ces textes règlementaires concernant le nouveau régime des études de médecine ne sont toujours pas publiés au Journal Officiel. Or le temps presse : les universités ont absolument besoin de ces textes pour valider les nouvelles formations en Santé, qui devront être « rentrées » dans la plateforme Parcoursup avant le 10 décembre. Pour mettre en place la réforme à la rentrée 2027, comme le prévoit le ministère, il ne reste plus que quelques semaines de travail, pas assez pour réfléchir correctement à la nouvelle organisation dans les filières concernées en tenant compte des derniers arbitrages ministériels.
Rappelons que cette réforme ne concerne pas que les UFR de Santé : les autres disciplines doivent aussi repenser leurs contributions à la formation des étudiants en santé, et adapter leurs capacités de formation en conséquence. Ces modifications de l’offre de formation doivent être analysées dans les différentes filières, puis validées d’abord dans les UFR et ensuite par les conseils centraux d’université. C’est ce temps nécessaire pour la démocratie interne, garante d’une bonne organisation des formations, que le ministère écrase en prenant du retard sur la publication des textes.
…qui est cause de souffrance au travail
La réforme des études de santé n’est malheureusement que la dernière en date dans une longue série de réformes menées dans la précipitation. Nous avons eu la réforme de la formation initiale des enseignants, mise en place en cette rentrée 2026 alors que les derniers textes n’ont été votés qu’en juin 2026, et dont l’organisation est encore en cours de discussion sur certains points ! Nous avons aussi les réformes des formations en maïeutique, pharmacie, orthophonie, dont les textes n’ont été finalisés qu’en mai pour une mise en place à la rentrée 2026, ne laissant que quelques semaines aux universités pour construire les dossiers d’accréditation !
Nous le redisons : cet enchainement de réformes menées dans la précipitation est une cause majeure de souffrance au travail pour les personnels de l’enseignement supérieur, à tous les niveaux et dans toutes les catégories : personnels enseignants, personnels administratifs, et jusqu’aux équipes des présidences d’université et aux services du ministère.
Rappelons les chiffres du baromètre de la FNCAS (Fédération nationale de conseil en action sociale et sociétale pour l’ESR), co-financé par le ministère : 60 % des enseignants-chercheurs estiment que leur travail met en danger leur santé mentale et physique. Ce chiffre, énorme, aurait dû amener le ministère à réfléchir et à prendre le temps de mettre en place les réformes sans contracter le calendrier. Vu la façon dont le ministère traite ses personnels, on peut même s’étonner que la proportion ne soit pas plus élevée.
L’impact sur les autres filières n’est pas pris en compte
Au delà des impacts immédiats sur la santé des personnels, qui doivent mettre en place cette réforme sans avoir le temps matériel pour le faire, la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques alerte sur les autres conséquences de cette réforme :
- Il n’y a aucun engagement de l’État sur les moyens nécessaires pour la mettre en place, et donc aucune visibilité pour les universités, alors qu’elles sont déjà dans une situation financière critique.
- Le nombre de places ouvertes en 1ere année de santé dépend de la capacité d’accueil des autres filières, puisque la moitié des cours se déroulent dans une licence générale (biologie, chimie, droit…) Ces filières sont déjà en sur-effectif ; la réforme va donc se traduire par une baisse du nombre de places ouvertes en licence de santé, alors que les besoins du pays sont énormes : la quasi-totalité des territoires en France connaissent déjà une pénurie de professionnels de santé, au-delà même des « déserts médicaux » installés de longue date.
- Pour maintenir le nombre de places ouvertes en licence de santé, il faut que l’État s’engage sur des moyens supplémentaires pour l’ensemble des licences universitaires ; mais il faut aussi que les universités puissent avoir confiance dans la parole de l’État et dans sa capacité à tenir ses engagements. Et ça n’est pas du tout ce qui se dégage de l’expérience de ces dernières années dans nos universités !