Réunis en congrès confédéral, les délégués de la CFDT ont dressé le bilan du mandat 2022-2026 et fixé les grandes orientations des années à venir. Sous la conduite de Marylise Léon, secrétaire générale, plus de 150 interventions de syndicats, d'unions régionales interprofessionnelles et de fédérations.
Un mandat écoulé, une feuille de route pour l’avenir
Parmi les participant·es au 51e Congrès de la CFDT tenu à Bordeaux du 22 au 26 juin dernier, il y avait des militant·es de syndicats de retraités issus de l’Éducation nationale, de la Formation et de la Recherche publiques.
Un bilan assumé
Parmi les réussites du mandat, les délégué·es ont souligné la mobilisation contre la réforme des retraites, sujet qui concerne au premier chef nos adhérents retraités, ainsi que les rencontres de salarié·es sur leurs lieux de travail, sources de fierté pour l’organisation. Le combat contre l’extrême droite, mené avec une position claire et unifiée, a également été salué.
Le congrès n’a pas éludé les points d’amélioration : reconnaissance des erreurs, manque de préparation sur certains dossiers, tensions entre syndicats et fédérations et risque de fragmentation. Le traitement des dossiers du CNAS (caisse nationale d’action syndicale), devenu trop lent face à leur multiplication, devra être plus rapide et plus rigoureux.
Financer un syndicalisme ambitieux
La charte financière a occupé une place centrale : comment financer une action syndicale digne et ambitieuse ? La stratégie retenue repose d’abord sur l’augmentation du nombre d’adhérents, qui entraîne mécaniquement une hausse des ressources. Certaines craintes se sont exprimées, notamment de l’UTR de la Mayenne et des Pays de la Loire, selon lesquelles une hausse de 40 % des cotisations pourrait faire baisser les effectifs.
Des décisions concrètes
CNAS. De nouvelles prestations ont été adoptées : prise en charge du timbre fiscal de 50 € pour les adhérents, remboursement partiel des cotisations d’assurance, couverture améliorée, et création d’une prestation destinée à défendre l’organisation en cas d’attaques contre les droits fondamentaux et la démocratie.
Statuts. Les modifications statutaires ont été adoptées massivement, après un débat sur l’article 6, présenté comme un outil de développement de l’organisation.
Un point qui nous concerne directement. Les références aux UTR (Unions territoriales de retraités) disparaissent des statuts et sont remplacées par la dénomination « Syndicat CFDT des Retraités », suivant le vote intervenu en 2025 au congrès UCR de Carcassonne.
International. Soixante-quatorze invités internationaux étaient présents. Le congrès a rendu hommage aux syndicalistes emprisonnés ou exilés et réaffirmé son engagement pour les conquêtes sociales et les démocraties fragilisées.
La réponse de Marylise Léon
Dans sa réponse aux interventions, la Secrétaire générale a clarifié plusieurs positions :
- Politique : aucun dialogue avec le Rassemblement national. Les désaccords avec la gauche radicale sont réels, mais sans assimilation à l’extrême droite.
- Partage des richesses : le travail ne doit pas en être la victime.
- Protection sociale : refus de la TVA sociale ; le revenu du capital doit contribuer au financement.
- Intelligence artificielle : ne pas en avoir peur, mais exiger une réflexion adaptée pour garantir les droits fondamentaux, et refuser qu’elle serve à masquer des restrictions budgétaires.
- Transition écologique : les plus pauvres ne doivent pas la financer, et des mesures d’adaptation doivent être prises avant l’été.
- Dialogue social : un groupe de réflexion réunissant des syndicats sera créé dès septembre 2026.
- Unité : « pas un camp contre l’autre » ; le collectif est l’arme de la CFDT.
Sa conviction : « C’est nous qui portons les solutions ».
Le projet de résolution revendicative
Guidée par sa boussole, « pouvoir vivre dignement de son travail », la CFDT porte plusieurs revendications :
- Démocratie et droits fondamentaux : droit d’expression et de syndicalisation, abaissement de l’âge de vote à 16 ans, droit de vote des étrangers aux élections locales.
- Logement : création d’une action logement dédiée aux travailleurs et aux précaires, et lutte contre l’isolement contraint par des solutions collectives, participatives et inclusives.
- Transition écologique juste : adaptation des modes de travail aux conditions climatiques (horaires flexibles en cas de canicule) et proposition d’une 6ᵉ branche de la Sécurité sociale, dite « climatique », pour financer et accompagner les mutations.
- Innovation et conditions de travail : l’IA ne doit se faire au détriment ni de l’emploi, ni des conditions de travail, ni des droits des salarié·es, dans le cadre d’un dialogue social de qualité.
- Service public : face aux attaques répétées, qui nuisent à l’attractivité des métiers et alimentent la stagnation des salaires et du point d’indice, il y a urgence à le défendre et à le revaloriser.
Les cinq piliers de la CFDT
Le congrès se conclut sur une feuille de route articulée autour de cinq piliers : la démocratie (droits étendus, libertés fondamentales), la justice sociale (logement, travail digne, réduction des inégalités, service public), l’écologie (transition juste, adaptation des métiers), le dialogue social (renforcement du collectif) et un syndicalisme moderne (unité, proximité avec les adhérents, innovation maîtrisée).
Et pour nous, retraités ?
Ce congrès confirme une CFDT attachée à la protection sociale, au financement solidaire et au service public, valeurs que nous défendons au quotidien, en particulier dans l’Éducation nationale. Il ouvre aussi une nouvelle page pour notre organisation avec le changement de dénomination des structures de retraités. Nous reviendrons dans les prochains numéros sur les suites concrètes de ces orientations.
rédigé notamment sur la base des notes d’Abderrahim Belghiti