Les personnels font vivre l'école inclusive chaque jour. Mais leur engagement ne peut plus compenser à lui seul les insuffisances du système.
Les personnels font vivre l’école inclusive
Depuis plus de vingt ans, les personnels font vivre l’école inclusive.
Enseignantes et enseignants, AESH, personnels de santé et psychologues de l’Éducation nationale accueillent et accompagnent des élèves aux besoins de plus en plus divers. Ils adaptent leurs pratiques, collaborent entre eux, construisent des coopérations avec les familles et les autres professionnels qui accompagnent ces élèves, et recherchent les réponses les plus adaptées aux besoins de chaque élève.
Souvent dans l’urgence, souvent avec des moyens insuffisants, ils poursuivent pourtant le même objectif : permettre à chaque élève de trouver sa place à l’école.
Reconnaître enfin cet engagement !
Les personnels sont engagés au quotidien, c’est une certitude mais encore faut-il reconnaître ce travail.
Partout, les témoignages se ressemblent. Dans les écoles, les collèges, les lycées, les établissements de l’enseignement agricole, les équipes nous disent leur attachement à l’ambition de l’école inclusive. Mais, elles nous font part aussi de leur fatigue.
Une fatigue voire un épuisement qui s’installe lorsque les réponses adaptées n’arrivent pas, lorsque les accompagnements prévus ne sont pas assurés, lorsque les coopérations nécessaires avec le secteur médico-social restent insuffisantes, lorsque les personnels se retrouvent seuls face à des situations qui dépassent leurs compétences pédagogiques.
Cette fatigue est un symptôme de l’état actuel de l’école inclusive.
Elle traduit l’écart devenu trop important entre les objectifs affichés et les moyens réellement mis en œuvre pour les atteindre.
Un écart devenu trop important entre l’ambition et les moyens
La loi de 2005 a posé un principe fondamental : tout élève en situation de handicap a droit à une scolarisation. Ce principe demeure pleinement le nôtre. Pourtant, vingt ans après, nous devons regarder lucidement la situation.
La réponse publique a reposé principalement sur une logique quantitative. Face à l’augmentation des besoins, l’essentiel de l’effort a consisté à recruter davantage d’AESH. Si ce recrutement était nécessaire, il ne peut cependant pas constituer à lui seul une politique d’école inclusive.
L’inclusion ne se résume pas à l’affectation d’un accompagnant.
Elle suppose des personnels formés, du temps de concertation, des équipes pluri-professionnelles, des réponses spécialisées lorsqu’elles sont nécessaires, des coopérations effectives avec le secteur médico-social et une organisation du travail qui permette à chacun d’exercer son métier dans de bonnes conditions.
Or, c’est précisément sur ces dimensions que les insuffisances sont aujourd’hui les plus visibles.
Le récent rapport de l’IGÉSR et de l’IGAS confirme ce que de nombreux personnels constatent depuis longtemps : le modèle actuel ne permet plus de répondre correctement à l’ensemble des besoins.
La CFDT partage ce diagnostic.
Ni renoncement ni immobilisme
Nous refusons pourtant deux impasses :
La première consisterait à continuer comme si quelques ajustements suffisaient encore. Les personnels ne peuvent pas continuer à absorber seuls ce que l’institution ne construit pas. Leur engagement est une richesse. Il ne peut devenir un substitut aux responsabilités de l’employeur.
La seconde consisterait à utiliser les difficultés actuelles pour remettre en cause le droit à la scolarisation des élèves en situation de handicap. Ce serait une erreur tout aussi grave.
Les personnels demandent des réponses adaptées aux réalités du terrain
Les personnels qui nous alertent régulièrement ne demandent pas l’abandon de l’ambition inclusive. Ils demandent :
- que chaque situation puisse bénéficier de réponses réellement adaptées aux besoins de l’élève et aux conditions d’exercice des équipes ;
- que l’inclusion ne soit plus pensée comme une réponse uniforme à des situations qui ne relèvent pas toutes des mêmes besoins ;
- de pouvoir exercer leur métier dans des conditions qui leur permettent d’accompagner tous les élèves ;
- de ne plus devoir choisir entre l’ambition éducative qu’ils portent et leur propre santé ;
Une question de santé au travail et de responsabilité de l’employeur
Car c’est aussi de cela qu’il s’agit :
- Lorsque des personnels quittent leur travail épuisés.
- Lorsque certains abordent leur journée de travail avec la crainte de devoir faire face à des situations qui dépassent les réponses que l’école est aujourd’hui en capacité d’apporter.
- Lorsque des équipes ont le sentiment de ne plus pouvoir répondre correctement aux besoins des élèves malgré tous leurs efforts.
- Lorsque les réponses décidées par les professionnels, les MDPH ou les familles ne peuvent être mises en œuvre faute de moyens ou de places disponibles.
La question de l’école inclusive devient alors une question de conditions de travail, de prévention des risques professionnels et de responsabilité de l’employeur. Nous ne pouvons pas nous résigner à cette situation. Non pour renoncer à l’inclusion mais parce qu’une école inclusive qui repose essentiellement sur l’épuisement de celles et ceux qui la font vivre ne peut tenir durablement.
Construire les conditions d’une école inclusive soutenable pour les personnels
Pour la CFDT, le défi n’est donc pas de choisir entre inclusion et conditions de travail. L’enjeu est de construire les conditions qui permettent enfin de les faire progresser ensemble.
Cela suppose :
- de renforcer la formation initiale et continue des personnels ;
- de reconnaître pleinement le métier d’AESH et d’améliorer durablement les conditions d’emploi de l’ensemble des accompagnantes et accompagnants ;
- de développer les équipes ressources, les dispositifs intermédiaires, les coopérations avec le secteur médico-social et l’ensemble des réponses permettant d’adapter réellement les parcours aux besoins des élèves ;
- de donner davantage de pouvoir d’agir aux équipes et d’associer réellement les personnels à la définition des politiques publiques qui les concernent.
L’école inclusive n’a pas besoin d’être abandonnée, elle a besoin d’être construite. Elle ne pourra l’être qu’en cessant de considérer que l’engagement des personnels peut compenser indéfiniment ce que l’institution ne met pas en place.
L’ambition de l’école inclusive mérite mieux que des injonctions, des affichages ou des chiffres. Elle mérite des moyens, du temps, des coopérations et des réponses adaptées à la diversité des situations rencontrées. Elle mérite aussi avant tout une reconnaissance de l’engagement des professionnels.
C’est à cette condition qu’elle pourra devenir une réalité durable pour les élèves comme pour les personnels.