Jacqueline Michel, née en 1945 en Haute-Saône, raconte son parcours professionnel et militant depuis sa scolarité à l'École normale.
Quelles sont tes origines familiales ?

Je suis originaire d’un village de Haute-Saône d’un secteur rural pauvre : un frère, deux sœurs. Ma mère était pilier de la famille avec son certificat d’études, mon père ouvrier boulanger ; ils ont tout fait pour nous permettre de trouver notre place dans cette société et avoir une vie meilleure que celle qu’ils avaient vécue.
Aînée, j’ai eu un parcours scolaire aidé par l’État sous réserve d‘engagement de 10 ans pour le métier d’enseignant (École normale, IPES) ; il fallait garder des moyens pour les études de mes frère et sœurs.
Comment as-tu rencontré le syndicalisme Sgen-CFDT ?
Début du militantisme en 1968, avec mes premières manifs ; adhésion CFDT en 1970 à mon arrivée dans le Territoire de Belfort en lycée pour enseigner les sciences physiques.
J’ai été responsable :
- de ma section d’établissement : adhérents enseignants ou non.
- du SGEN du département : défense de toutes les catégories de personnels de l’Éducation nationale (enseignants ou non) en 1981
- secrétaire générale en région SGEN Franche-Comté défense de toutes les catégories de personnels enseignants (collèges lycées LP Supérieur) de l’Éducation nationale de 1984 à 2005.
J’ai été membre sur plusieurs périodes de l’instance fédérale du SGEN.
Des souvenirs marquants ?
Nombreuses péripéties dans ce secteur SGEN ; la plus marquante, pour moi au cœur de l’action, avec la section syndicale, du déchaînement suite à ce qui est devenu l’« affaire Nicole Mercier », professeure de philosophie de mon lycée (elle avait accepté à la demande de ses élèves de commenter le tract Carpentier). En 1972 cela avait secoué la France entière et cela a permis, l’année suivante, de faire évoluer les programmes de sciences naturelles : on allait enfin parler d’éducation sexuelle et pas seulement du sexe des fougères …
| Pour comprendre ce qu’a été l’« affaire Nicole Mercier », vous pouvez écouter deux podcasts de France Cuture accessibles à cette adresse : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-un-tract-et-tout-craque Il y a aussi un film de Franck Cuveillier sorti en 2024 intitulé « Un baiser, un tract et tout craque ». Il a été diffusé en 2024 sur France 3, et un extrait est disponible sur YouTube. |
En dehors du SGEN je me suis rapidement investie, en même temps, dans les instances interprofessionnelles CFDT : département, région. membres des instances et participation aux conseils et congrès.
Cela m’a permis de côtoyer divers milieux professionnels : intéressants échanges ; solidarités ; soutien ; échange de pratiques et participation à de nombreux stages de formation syndicale.
J’ai eu ainsi la possibilité d’exercer différents « métiers » dans la CFDT (impossible en restant dans la seule Éducation nationale) après des stages de formation CFDT : trésorière avec gestion de salariés ; formatrice d’adultes (les nouveaux adhérents militants) ; rédactrice, en collectif, de publication syndicale (tract, journaux,..)
1994 je deviens par la force des choses AIDANTE.
Merci au réseau CFDT qui m’a « sauvée » lors de mon arrivée « violente » dans la situation d’aidante principale de ma mère. Elle se retrouve seule un 10 août (mon père vient de mourir subitement) ; elle habite à 100 km de mon lycée ; mes frère et sœurs à 500 km ; elle sort d’une grosse hospitalisation en mai ; elle a la maladie de Parkinson depuis 11 ans. Je dois découvrir complètement ce qui peut aider les aînés fragiles et les aidants.
Merci Adrienne, assistante sociale, épouse du permanent CFDT 70.
2003 décès de ma mère : 9 ans à gérer beaucoup de choses, comme tous les aidants : gagner de quoi vivre, assurer mes engagements (famille, enseignement et syndicalisme CFDT)
Comment s’est passé ton départ à la retraite, en 2005 ?
Je suis passée tout de suite à la CFDT Retraités où je m’engage fortement pour faire en sorte que les âgés et leurs aidants essaient d’éviter les galères que j’ai vécues mais aussi réfléchir aux besoins des anciens, afin de les anticiper.
Mandatée au conseil départemental je deviens présidente de l’instance consultative où les personnes âgées peuvent être écoutées et « entendues » quelque fois : CODERPA puis CDCA.
J’ai mené d’autres actions comme :
- fabrication collective de livrets d’infos pratiques édités par le conseil départemental ; logement ; EHPAD….
- Le dernier en 2023 « bien vieillir dans le Territoire de Belfort »
- Mise en route d’une « lettre infos » en 2010 avec 50 puis 1 500 destinataires (mairies ; partenaires…) devenue depuis 2024 la lettre Retraités CFDT 90 (300 destinataires).
- Action de prévention, d’informations en collaboration avec un médecin gérontologue de 2007 à 2023.
Mandatée au niveau de l’Agence régionale de Santé dans l’instance consultative et sa commission « prévention » depuis 2010. Génial la possibilité de participer en visioconférence ; une conséquence positive du COVID !!…
Bon passage de relais
Très contente d’avoir pu passer, au département, le relais comme pour tous mes engagements à de nouveaux militants CFDT. Action CFDT reconnue par le président qui m’a remis la médaille d’honneur du département lors de mon départ en 2023. Merci à toutes celles et ceux qui partagent et poursuivent les actions.
Mon dernier stage syndical :
« armons nous pour déconstruire les idées d’extrême droite « .
On y croit !!.
- Ce portrait est publié dans le cadre d’un projet adopté par le groupe de travail « Histoire Mémoire » créé lors de l’Assemblée générale de l’Union fédérale des retraités CFDT de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche publiques tenue en novembre 2025. D’autres portraits de militant·es seront régulièrement ajoutés.