La logique des « services votés » vient augmenter des contraintes budgétaires et organisationnelles qui se répercutent directement sur la charge, le sens et les conditions de travail. Un terrain classique de risques psycho-sociaux (RPS), on vous explique pourquoi !
Les services votés : de quoi s’agit-il ?
Comme l’année précédente, 2026 commence sans que le Parlement ait adopté le budget de la Nation. Si cela n’entraîne pas de « shutdown » à l’Américaine, cela déclenche un mode dégradé du financement des services publics, par la reconduction d’une partie des crédits votés par le Parlement dans la précédente loi de finances : les « services votés ». Cette reconduction s’accompagne de très nombreuses contraintes sur les dépenses qui peuvent être engagées, ou non.
Il ne s’agit pas ici de parler des annulations des traditionnelles galettes… quoique… mais bien des conséquences des services votés sur les relations au travail avec des discours différents selon les interlocuteurs.
Alors que les directions de l’établissement cadrent la mise en place des services votés en rappelant la responsabilité juridique des ordonnateurs, comment cela se passe-t-il réellement sur le terrain ?
Et surtout comment dire aux collègues qui vous sollicitent dans le cadre de leur double mission d’enseignants et de chercheurs que non, non, non, le financement de leur activité de recherche n’entre pas dans la continuité des missions de service public…
Services votés : une continuité budgétaire qui pèse sur la santé au travail
Le fonctionnement de l’université en services votés, dans l’attente du vote de la loi de finances, permet d’assurer la continuité minimale du service public. Mais cette situation transitoire, marquée par de fortes restrictions budgétaires, n’est pas sans conséquences sur les conditions de travail et les risques psychosociaux (RPS) des personnels.
Concrètement, les services votés se traduisent par :
- un gel des recrutements nouveaux,
- l’absence de toute revalorisation indiciaire ou indemnitaire (nous en avons l’habitude !),
- une limitation stricte des dépenses aux seules activités jugées indispensables.
Si les salaires sont sécurisés, les marges de manœuvre des établissements sont extrêmement réduites.
Une charge de travail accrue et une organisation fragilisée
L’impossibilité de recruter pour répondre à de nouveaux besoins ou à certaines tensions existantes entraîne une intensification du travail pour les personnels en poste. Dans les services comme dans les composantes, la continuité de l’activité repose largement sur l’engagement individuel et collectif, souvent au prix d’une surcharge durable.
À cela s’ajoutent des arbitrages contraints et un manque de visibilité sur la durée de la période transitoire, autant de facteurs générateurs de stress et de fatigue professionnelle. De nombreuses activités et nombreux services sont concernés.
Un sentiment de manque de reconnaissance
L’inquiétude sur les recrutements, sur les revalorisations, y compris celles prévues par des dispositifs nationaux, renforce le décalage entre les efforts demandés et la reconnaissance accordée. Ce contexte peut nourrir un sentiment de démotivation, voire de perte de sens, alors même que les personnels sont fortement sollicités pour maintenir les missions d’enseignement, de recherche et de service aux étudiants.
Des risques psychosociaux à ne pas sous-estimer
Stress chronique, épuisement professionnel, tensions collectives, dégradation du climat de travail : les services votés constituent un facteur aggravant de RPS, qu’il serait dangereux de banaliser au motif de leur caractère transitoire (mais on nous annonce que cette situation pourrait durer avec, par exemple, le décalage de la campagne de recrutement des enseignants-chercheurs …)
Pour la CFDT, la contrainte budgétaire ne peut justifier une dégradation de la santé au travail. L’employeur public reste pleinement responsable de la prévention des risques professionnels, y compris dans ce contexte.
Les revendications de la CFDT
La CFDT appelle :
✅ à une transparence accrue sur les contraintes et les choix opérés ;
✅ à une priorisation réaliste des missions, pour éviter les injonctions contradictoires ;
✅ à une vigilance renforcée sur la charge de travail et les situations de tension ;
✅ à une information et une saisine des instances santé et sécurité (F3SCT) sur les impacts des services votés.