Un groupe de travail consacré à l’égalité filles-garçons dans l’enseignement agricole a posé les bases de la feuille de route nationale. Si la CFDT prend acte de cette avancée, elle rappelle que l’égalité ne peut être un simple affichage mais doit devenir une priorité politique assumée, dotée de moyens
Une urgence sociale et professionnelle
L’égalité filles-garçons et plus largement la place des femmes dans l’agriculture et dans l’enseignement agricole ne sont pas des sujets secondaires. Ils sont au cœur des missions du ministère et des enjeux de renouvellement des générations. Dans les dix prochaines années, près d’un tiers des agriculteurs partiront à la retraite. Comment prétendre relever ce défi si l’on continue à laisser perdurer des mécanismes d’exclusion implicites, des orientations genrées et des environnements de formation inégalitaires ?
Le monde agricole n’échappe pas aux stéréotypes sexistes. Les représentations sociales restent puissantes, parfois renforcées par des discours masculinistes largement diffusés sur les réseaux sociaux. Face à cela, l’École – et singulièrement l’enseignement agricole – a une responsabilité majeure : former des citoyennes et citoyens éclairés, capables de construire un secteur agricole moderne, inclusif et respectueux.
Une feuille de route : un premier pas, mais ce n’est pas suffisant
La feuille de route présentée, structurée autour de quatre axes (évolution des représentations, émancipation, accompagnement des acteurs, dépassement des stéréotypes au service des transitions), va dans le bon sens. La création d’une charte « Égalité » pour les établissements constitue un signal.
Mais la CFDT Éducation Formation recherche Publiques le dit clairement : une charte non contraignante ne suffira pas à transformer en profondeur les pratiques.
L’égalité ne peut pas relever uniquement du volontariat. Elle ne peut pas dépendre de la seule motivation d’équipes déjà sous tension. Si l’on veut que chaque établissement mette en œuvre au moins une action par axe, fournisse un bilan annuel et s’inscrive dans la dynamique du double label Égalité-Diversité, alors il faut prévoir :
- Du temps dégagé pour les équipes ;
- Des formations obligatoires et financées pour tous les personnels ;
- Un accompagnement concret des maîtres de stage et d’apprentissage ;
- Des moyens budgétaires identifiés et pérennes.
Sans cela, le risque est grand que les établissements les plus engagés poursuivent leurs efforts pendant que d’autres restent à l’écart.
Sortir d’une approche symbolique
La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques insiste : travailler sur la mixité ne consiste pas uniquement à équilibrer des chiffres. Il faut s’attaquer aux mécanismes qui produisent les déséquilibres.
Cela implique :
- De questionner les processus d’orientation et les biais implicites ;
- De garantir la parité dans les instances et les ALESA ;
- D’intégrer un axe « égalité et diversité » obligatoire dans les projets d’établissement ;
- D’adapter réellement les équipements, les espaces et les conditions de travail aux besoins de toutes et tous.
Il ne s’agit pas de « faire une place aux filles » dans un système inchangé, mais bien de transformer ce système pour qu’il cesse de reproduire les inégalités.
Des engagements nationaux à traduire localement
Les différents plans nationaux et interministériels montrent que l’égalité est affichée comme une priorité. Très bien. Mais pour la CFDT Éducation Formation recherche Publiques, la question centrale demeure : quels moyens concrets seront alloués aux établissements ?
Dans un contexte budgétaire contraint, nous refusons que ces nouvelles ambitions reposent uniquement sur l’engagement individuel des agents. L’égalité ne peut être une mission supplémentaire ajoutée à une liste déjà longue, sans compensation ni reconnaissance.
L’égalité comme levier de transformation
La CFDT soutient cette dynamique parce qu’elle est convaincue que l’égalité filles-garçons est un levier puissant pour moderniser l’enseignement agricole et préparer les transitions à venir.
Mais nous serons vigilants et revendiquons :
- Un pilotage national exigeant ;
- Des indicateurs de suivi transparents ;
- Une évaluation régulière des actions ;
- Des moyens humains et financiers identifiés.
L’égalité n’est ni un supplément d’âme ni un effet d’annonce. C’est une exigence de justice sociale, de cohérence éducative et d’efficacité économique.
Si nous voulons un renouvellement des générations agricole réussi, alors nous devons garantir à chaque jeune – fille ou garçon – la possibilité réelle de choisir sa voie, sans stéréotype, sans frein, sans discrimination.