Le 27 janvier 2026, le CNEA et le CNESERAAV ont été réunis pour rendre un avis sur le projet d’arrêté fixant la liste des établissements accrédités à délivrer le bachelor agro à compter de la rentrée 2026-2027.
Créé par la loi du 24 mars 2025, ce nouveau diplôme « bachelor agro » vise à répondre à un double enjeu majeur : le renouvellement des générations en agriculture et l’attractivité des métiers des secteurs agricole, agroalimentaire et vétérinaire.
Pour la CFDT, l’objectif est légitime. Encore faut-il que sa mise en œuvre garantisse qualité des formations, équité territoriale et conditions de travail soutenables pour les personnels, tout en protégeant les droits des étudiants.
C’est ce que nos élu·es Catherine Oberson et Arnaud Mothion pour le CNEA ainsi qu’Agnès Terrieux pour le CNESERAAV ont réaffirmé lors de ce groupe de travail.
Un cadre ambitieux, mais une mise en œuvre sous tension
La DGER a présenté un bilan de la première campagne d’accréditation : 25 dossiers accrédités sur 32 déposés, répartis en six mentions, avec une forte dominante de la mention Génie agronomique et transitions (14 dossiers). Les formations sont prévues en 1 an post-bac+2, hors Parcoursup, et reposent largement sur des consortiums associant établissements d’enseignement supérieur et établissements techniques, publics et privés.
Si la CFDT salue le travail d’évaluation qualitative mené par l’inspection et le ministère de l’Enseignement supérieur, elle a relayé en séance un fort malaise sur le calendrier. Celui-ci a été jugé chaotique, générant un manque de lisibilité pour les établissements comme pour les équipes pédagogiques. La coexistence annoncée de bachelors en 1 an (2026) puis de parcours en 3 ans (2027) entretient une confusion qui doit impérativement être levée.
Un impératif non négociable de qualité pédagogique
La CFDT rappelle que l’obtention du grade licence impose des exigences élevées en matière de contenus, d’encadrement et d’évaluation. Or, les documents transmis aux instances ont parfois été trop synthétiques pour permettre une analyse approfondie, notamment pour des parcours intégrant du distanciel ou des montages pédagogiques complexes.
La diversité des modèles, formation initiale scolaire, apprentissage, formation continue, ou mixité des trois voies, pose également question.
La CFDT n’est pas opposée par principe à la mixité des publics, mais elle exige que celle-ci repose sur des choix pédagogiques explicités et cohérents, et non sur des montages dictés uniquement par des contraintes financières ou organisationnelles.
Inquiétudes sur les financements et les frais de scolarité
Les échanges ont mis en lumière de fortes inquiétudes sur le financement des formations, en particulier pour les établissements techniques publics. La CFDT a insisté sur la nécessité d’un fléchage clair des moyens, notamment en emplois (ETP, programme 142), afin d’éviter que ces nouvelles formations ne se fassent au détriment des missions existantes.
La question des frais de scolarité est également centrale. Le risque de fortes disparités entre public et privé est réel, avec des montants pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros par an dans certains consortiums. Pour la CFDT, il est hors de question que le bachelor agro devienne un diplôme à deux vitesses. La vigilance doit être maximale pour éviter tout double financement public-privé et garantir l’accessibilité sociale des formations.
Un équilibre public-privé à trouver
La CFDT reconnaît l’intérêt des dynamiques territoriales portées par certains consortiums, associant un établissement supérieur et plusieurs établissements techniques. Ces coopérations peuvent être un levier de développement et de cohérence des parcours.
Cependant, l’équilibre entre partenaires, en particulier entre public et privé, doit être strictement encadré. La CFDT a alerté sur certaines situations où la gouvernance, les frais de scolarité ou la communication posent problème, notamment l’utilisation inappropriée de symboles républicains par des établissements privés ou des annonces d’ouverture anticipées.
Un avis favorable, mais assorti de réserves claires pour la CFDT
Au final, les 25 dossiers présentés ont reçu un avis favorable des instances. Pour la CFDT, ce vote ne vaut pas blanc-seing. Il s’accompagne de réserves fortes, notamment sur :
- les accréditations limitées à un an, qui nécessitent un suivi renforcé et des garanties pour les étudiants ;
- le fléchage budgétaire en direction des établissements techniques ;
- l’équilibre public-privé dans les consortiums et le respect des règles communes.
Pour la CFDT, la suite est décisive
La CFDT prend acte des engagements de la DGER en matière de transparence, de clarification des règles et de suivi des formations. Elle restera pleinement mobilisée pour que le bachelor agro :
- renforce réellement le service public de l’enseignement agricole,
- améliore les conditions de travail des personnels,
- garantisse des parcours sécurisés et accessibles aux étudiants,
- et contribue, sans concurrence inutile, à la cohérence globale de l’offre de formation.
La réussite du bachelor agro ne se mesurera pas au nombre d’accréditations, mais à sa capacité à tenir ses promesses sur le terrain, dans la durée. La CFDT y veillera.