Depuis des années, le ministère laisse entendre qu’il aurait enfin pris la mesure de la situation de la filière bibliothèque. Discussions, groupes de travail, annonces parcellaires : sur le papier, le dialogue semble rouvert. Pourtant dans les faits...
Le dossier sur le repyramidage de la filière bibliothèque en est une illustration frappante.
Certes, quelques volumes supplémentaires de promotions avaient été évoqués en 2023 pour les corps de magasiniers et de BIBAS, étalés sur plusieurs années. Mais ces annonces n’ont pas été suivies de fait et restaient très en-deçà des besoins réels. Pire, la filière bibliothèque continue d’être moins bien traitée que d’autres filières de l’enseignement supérieur, notamment la filière ITRF. L’injustice statutaire demeure entière.
Dans le même temps, les revendications structurantes, portées de longue date par la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, restent lettre morte. La fusion des corps de conservateurs et de conservateurs généraux, pourtant logique au regard des responsabilités exercées et des comparaisons interministérielles, n’avance pas. Elle est toujours « demandée », toujours « à l’étude », mais jamais aboutie. Là encore, aucune traduction concrète.
Une filière bibliothèque hautement qualifiée… laissée à l’abandon
Cette inertie est d’autant plus inacceptable que la filière bibliothèque est composée d’agentes et d’agents parmi les plus qualifiés de la fonction publique : formations obligatoires à l’ENSSIB et Médiadix (par exemple), expertise scientifique, technique et documentaire, maîtrise des enjeux du numérique, de la science ouverte, de la conservation patrimoniale ou encore de l’accueil des publics.
Les bibliothèques universitaires sont aujourd’hui au cœur du service public de l’enseignement supérieur et de la recherche :
- accompagnement des étudiants dans leurs apprentissages,

- soutien direct aux chercheurs,
- gestion des ressources scientifiques,
- ouverture élargie des horaires,
- transformation numérique permanente.
Et pourtant, malgré ce rôle stratégique, la reconnaissance statutaire, indemnitaire et de carrière ne suit pas.
Le sens du service public ne peut pas tout justifier
Si le ministère peut se satisfaire de cette situation, c’est aussi parce que les personnels continuent, envers et contre tout, d’assurer leurs missions avec un sens aigu du service public.
Jour après jour, ils maintiennent la qualité de l’accueil, des services documentaires, de l’accompagnement pédagogique et scientifique. Ils le font pour ne pas pénaliser les étudiants, déjà fragilisés et pour ne pas entraver le travail des chercheurs.
Pour la CFDT, cette conscience professionnelle ne doit pas être instrumentalisée.
On ne peut pas, d’un côté, se féliciter de l’engagement exemplaire des équipes, et de l’autre, laisser la filière s’enliser dans :
- des carrières bloquées,
- des perspectives limitées,
- une reconnaissance statutaire insuffisante.
Un mépris institutionnel pour la filière bibliothèque qui doit cesser !
À force de rapports, de concertations sans suites et d’annonces minimalistes, c’est un véritable sentiment de mépris qui s’installe dans la profession.
Mépris pour les compétences.
Mépris pour l’investissement.
Mépris pour le rôle essentiel joué par les bibliothèques dans la réussite étudiante et la recherche publique.
Le ministère ne peut pas continuer à s’appuyer sur la loyauté des personnels tout en différant indéfiniment les décisions structurantes.
Des actes, pas des promesses
La filière bibliothèque n’a pas besoin de signaux faibles ni de mesures symboliques. Elle a besoin :
- d’un repyramidage ambitieux et aligné sur les autres filières (notre article sur ce sujet),
- d’une fusion des corps de conservateurs enfin engagée (notre article ici),
- de perspectives de carrière lisibles et attractives. (promotions en berne)
Sans cela, c’est l’attractivité même des métiers qui est en jeu.
Le temps de l’attente est révolu
Les personnels ont trop longtemps patienté. Ils ont trop longtemps compensé, par leur engagement, l’absence de volonté politique. Ce décalage entre discours ministériel et réalité de terrain ne peut pas durer éternellement.
À défaut de réponses rapides et concrètes, une colère légitime de la filière bibliothèque va monter.
Reconnaître la filière bibliothèque : c’est prendre des décisions. Et ces décisions sont attendues maintenant.