Sur le papier, davantage de liberté doit permettre à chacun de construire un parcours correspondant à ses goûts et à son projet.
Mais plus de choix ne signifie pas automatiquement plus d’égalité.
La réforme du lycée général et technologique a placé le choix des élèves au cœur de leur parcours : choix de spécialités, abandon des séries générales, construction progressive d’un parcours plus individualisé.
Des parcours plus individualisés, mais un collectif fragilisé
La multiplication des spécialités et des combinaisons de parcours a profondément modifié la vie des classes.
Les élèves ne suivent plus nécessairement les mêmes enseignements que leurs camarades. Ils changent de groupe selon les matières et peuvent avoir des emplois du temps très différents.
L’Inspection générale a d’ailleurs constaté, après l’observation de plusieurs lycées, que la réforme restait difficile à stabiliser et que les établissements avaient besoin de davantage de marges de manœuvre et de temps de travail collectif.
Or, le collectif est essentiel aux apprentissages : il permet de construire des habitudes de travail, de développer l’entraide et de donner aux élèves des repères communs.
Préserver un véritable collectif, avec des temps communs et un groupe de référence pour les élèves.
Individualiser les parcours ne doit pas conduire à faire disparaître le sentiment d’appartenance à une classe ou à un établissement.
Pour la CFDT, l’autonomie et la personnalisation doivent s’appuyer sur un cadre collectif solide.
Une offre de spécialités qui n’est pas identique partout
Le choix des spécialités dépend aussi de l’offre proposée par l’établissement.
Tous les lycées ne peuvent pas proposer toutes les combinaisons. Les contraintes d’effectifs, de ressources humaines et d’organisation peuvent limiter les choix réellement accessibles aux élèves.
Le risque est alors de voir se développer une forme de différenciation entre établissements : les choix théoriquement ouverts à tous ne le sont pas nécessairement dans les faits.
Garantir une offre de spécialités réellement accessible dans chaque établissement.
La liberté de choix n’a de sens que si les élèves disposent effectivement de possibilités comparables, quel que soit leur lycée.
La CFDT demande donc des moyens permettant aux établissements de proposer une offre suffisamment diversifiée sans faire reposer l’organisation sur des contraintes toujours plus fortes pour les personnels.
Les choix de spécialités restent très marqués par le genre et l’origine sociale
La liberté de choix ne fait pas disparaître les déterminismes.
En 2025, en terminale générale, 33,7 % des filles suivaient la spécialité mathématiques, contre 58,8 % des garçons.
Les choix sont également socialement différenciés : les élèves issus des catégories sociales les plus favorisées sont surreprésentés dans certaines spécialités, notamment scientifiques.
Cela montre les limites d’une approche qui ferait du simple « choix individuel » la garantie de l’égalité.
Accompagner réellement les choix de spécialités pour lutter contre les inégalités sociales et de genre.
Les élèves doivent pouvoir choisir en fonction de leurs goûts et de leurs projets, et non en fonction de représentations sociales, de leur environnement familial ou de l’offre disponible dans leur établissement.
Cela nécessite du temps pour l’orientation, une information accessible et un accompagnement renforcé des élèves et des familles.
Évaluer à l’heure de l’intelligence artificielle
Les conditions d’apprentissage changent également avec l’arrivée massive des IA génératives.
Le ministère reconnaît que l’IA bouleverse les pratiques d’apprentissage et d’évaluation. Un devoir réalisé à la maison ne permet plus toujours de savoir précisément ce que l’élève a personnellement produit.
Le problème ne consiste donc pas simplement à « empêcher la triche ». Il faut repenser les situations d’apprentissage et les modalités d’évaluation.
Le ministère recommande d’ailleurs de diversifier les évaluations et déconseille les détecteurs d’IA, dont les résultats ne sont pas suffisamment fiables.
Adapter les évaluations à l’IA sans faire peser le risque sur les élèves.
Les élèves doivent savoir clairement ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Les enseignants doivent disposer de formations et de temps pour faire évoluer leurs pratiques.
L’objectif doit rester l’évaluation réelle des connaissances, des compétences, du raisonnement et de la capacité de l’élève à s’approprier personnellement les apprentissages.
Plus de choix doit aussi signifier plus d’égalité
La réforme a voulu donner davantage de liberté aux élèves. Cette ambition peut être positive.
Mais une liberté réelle suppose des conditions réelles pour l’exercer : une offre de formation suffisamment large, un accompagnement des choix, des conditions d’apprentissage sereines et un collectif qui ne disparaisse pas derrière l’individualisation des parcours.
Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, le lycée de demain ne doit donc pas opposer personnalisation et collectif.
Il doit permettre aux élèves de construire leur parcours tout en bénéficiant de ce qui fait la force de l’École : des adultes qui travaillent ensemble, des repères communs et des conditions d’apprentissage équitables.
Plus de choix, oui. Mais surtout plus d’égalité et plus de collectif.
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