Les projets de nouveaux programmes sont en suspens, les moyens aussi… Nous revenons sur la circulaire de rentrée qui envisageait « la place de l’activité physique et du sport à l’école ».
Une cartographie de l’offre
« Le but de cette circulaire est de présenter une cartographie de l’offre des enseignements et des dispositifs sportifs existants ainsi qu’une approche globale qui permet d’inscrire l’activité physique et le sport au cœur du projet éducatif, et ainsi contribue à la formation de citoyens actifs, responsables et en bonne santé ».
Nous notons la volonté de clarifier l’existant et de renforcer la continuité des temps éducatifs. Des enjeux éducatifs plus larges sont nommés au travers la notion de « littératie physique », mais ce sont bien les enjeux sportifs (en s’appuyant notamment sur les JO), et les enjeux sanitaires (la lutte contre la sédentarité) qui continuent de guider les réflexions.
Un rappel de l’ensemble des enseignements et dispositifs existants
La circulaire :
- Pose trois principes fondamentaux :
- L’accessibilité à tous,
- la cohérence et la continuité des dispositifs,
- l’éducation à un mode de vie actif.
- Repositionne également les enjeux du savoir nager, du savoir rouler (considérés d’ailleurs comme des savoirs sportifs…)
- Rappelle la place de l’EPS au premier comme au second degré, ainsi que sur le rôle des associations sportives scolaires.
- Mentionne de façon pertinente l’intérêt de mutualiser les lieux de pratiques via des conventions, et encourage la conception et/ou la rénovation d’espaces sportifs, ce qui est effectivement une priorité sur de nombreux territoires.
Des principes sur les activités physiques, mais sur le terrain, ça donne quoi ?
Accessibilité à tous et toutes
La circulaire n’évoque toujours aucun moyens supplémentaires, par exemple sur le savoir nager et savoir rouler. Nous rappelions dans nos précédents articles la difficulté d’accessibilité aux installations, et de mise en place un encadrement adapté (effectifs des MNS parfois en baisse et pas de moyens supplémentaires pour les enseignants d’EPS).
Cohérence et continuité
Le prisme sportif étant largement privilégié, la cohérence recherchée est visée dans les partenariats avec les fédérations sportives. Ceci est une entrée possible et potentiellement intéressante. Mais, d’une part, elle n’est pas la seule. Tout le champ des pratiques artistiques notamment est occultée, tout comme les pratiques physiques pratiquées hors cadre fédéral, pourtant de plus en plus prisées par les jeunes. Mobiliser son corps, dans des finalités autres que performatives, dans des modes de relations autres que compétitives, dans un rapport au temps qui n’invite pas à l’accélération permanente, pourraient être un engagement à encourager, tout au moins à expérimenter.
Nous parions certes sur le travail et l’imagination des acteurs pédagogiques pour trouver d’autres entrées, et répondre à d’autres attentes et besoins.
L’éducation à un mode de vie actif
Nous partageons cette visée éducative, mais tant que l’on ne parlera pas de « corps » à l’Ecole (à tous les niveaux), les évolutions seront difficiles. Le format pédagogique prédominant reste la salle de classe avec des élèves maintenus assis pendant près de six heures par jour. Et les réussites valorisées sont celles des élèves performants dans cet exercice… Ajouter aux quelques heures d’EPS, des petites coupures (les 30’), des heures en plus pour les volontaires, des spécialités pour les spécialistes, ne nous semble pas suffisant pour faire évoluer les « habitudes » de vie. Connaître son corps, prendre plaisir à se mouvoir, sans obligation de se « dépasser » ou de dépasser l’autre, prendre conscience de sa respiration, porter attention à son sommeil, son alimentation, découvrir son environnement « in situ », en éveillant ses sens, réaliser avec ses mains, engager son corps dans des activités d’apprentissage et de créativité, découvrir l’impact de ses actions dans un contact… D’autres ouvertures qui semblent pour l’instant rester l’apanage de quelques initiatives locales, voire personnelles, ou de dispositifs territoriaux spécifiques. Initiatives par ailleurs très peu valorisées dans la réussite scolaire des jeunes.
Orientation – projet avenir par la pratique sportive – parcours des sportifs de haut-niveaux
Seuls les « métiers du sport » a proprement dit sont évoqués. Ceci est important, intéressant, mais encore une fois, nous regrettons que ne soit pas envisagée plus largement la dimension corporelle dans son projet d’avenir.
Il est pourtant écrit que « L’ensemble des dispositifs et enseignements associés à la pratique physique et sportive constitue un levier stratégique pour la formation des citoyens de demain et contribue, par les compétences transversales et mobilisables dans différentes filières de métiers, à garantir une orientation et une insertion professionnelle réussies. Face à des trajectoires professionnelles de moins en moins linéaires et prévisibles, ces compétences facilitent en outre les mobilités professionnelles ». Mais ces axes ne sont pas développés. Une réflexion pourrait être engagée autour de questionnements plus larges. Par exemple :
Ai-je envie d’un métier sédentaire / actif, avec un effort physique conséquent, mobilisant mes habiletés manuelles, me permettant de me mouvoir dans des milieux inconnus, engageant une activité en relation, avec ou sans contact etc.
Gouvernance et pilotage
La circulaire rappelle l’existence et les fonctions des comités de région académique sport éducation (installés par la circulaire sport-éducation du 23 juin 2021). « Ils sont l’instance privilégiée de concertation pour mobiliser les différents échelons du système éducatif (national, académique, local). Son président, le recteur de région académique, coordonne les différents partenaires dans le champ du sport-éducation que sont les services de l’État, les collectivités territoriales, le mouvement sportif et les associations agréées, les établissements publics, les centres de recherche, les entreprises ».
Ces comités restent encore assez peu connus et opérationnels dans le monde de l’éducation et le quotidien des écoles et établissements scolaires.
Récapitulatif des dispositifs sportifs existants et/ou réflexion éducative systémique ?
Cette circulaire de « rentrée » récapitule donc les dispositifs annoncés de façon disparates ces derniers mois…
C’est par ailleurs la ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, qui en fait la promotion dans une intervention dans le cadre des débats de la convention citoyenne sur les rythmes de l’enfant. Avec comme enjeu fort la lutte contre la sédentarité.
Cela nous montre combien l’éducation nationale en tant que tel a du mal à réellement poser ce regard global sur l’enfant, cette question du corps et de l’activité physique, au cœur des problématiques éducatives et pédagogiques. On tricote et détricote, et retricote des dispositifs, des intentions… sans questionner le fonctionnement global de l’École et de nos modes de vie.
À ce titre, l’intervention de Romuald NORMAND dans le cadre des débats de cette 3ème session de la convention citoyenne, apporte des éléments très intéressants, en exposant les réflexions et propositions de pays comme la Finlande ou Singapour (38-45ème minute notamment).