Derrière la communication ministérielle sur le soutien aux établissements les plus en difficulté en terme de résultats aux examens se cache une cruelle absence de moyens.
Malgré l’incertitude budgétaire, le ministre de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, donne des éléments de définition de sa politique aux établissements les plus en difficulté (800 collèges) selon ses propres critères. Cela concerne la proportion d’élèves ayant obtenu moins de 8 aux épreuves terminales du DNB en français et en mathématiques.
Ce plan ne pourra pas remplacer la nécessaire refonte de la carte de l’éducation prioritaire et la mise en place d’une une réelle allocation progressive des moyens.
L’ancien DGESCO devenu ministre semble découvrir les évidences que la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques n’a cessé de lui rappeler depuis plusieurs années :
- Les équipes sont capables de faire preuve d’autonomie dans l’analyse et les réponses apportées à la résolution de la grande difficulté scolaire.
- Elles ont besoin de moyens, au-delà d’une seule année scolaire, pour accompagner et soutenir tous les élèves, pas uniquement ceux dont les notes en français et en mathématiques seraient insuffisantes.
- Elles ont besoin d’une formation continue sur site qui correspondent à ce qu’elles demandent !
Un plan 800 collèges ambitieux suscitant de nombreuses interrogations
De réels moyens déployés ?
Les moyens supplémentaires évoqués ne sont pas précisés. S’agira-t-il d’un redéploiement de moyens pris sur d’autres établissements ? Par exemple, les 2/3 des collèges désignés seraient déjà en REP ou en REP+ : sur quelles enveloppes seront pris les moyens dédiés ? Les 2 journées de temps de concertation seront-elles à la main des équipes de direction ou dans un format imposé ? Impossible de le savoir pour le moment.
Du point de vue des ressources humaines, il faut résoudre le problème du remplacement de longue durée, être capable de fidéliser les collègues contractuel·les et prendre en compte la surcharge de travail des inspecteurs qui devront accompagner cette méthode.
De même, il sera difficile de conduire ces projets sans des professionnels santé-sociaux (Infirmier·ère, PsyEn, Assistan·ce social·e) sur les postes existants. Ils font cruellement défaut. On ne voit pas comment le déploiement pourra s’opérer sans déshabiller Paul pour habiller Pierre.
Des critères de ciblage trop centrés sur les « fondamentaux »
La CFDT dénonce régulièrement le poids du français et des mathématiques comme seul critère d’analyse des résultats au DNB, ainsi que les résultats aux évaluations nationales comme indicateurs pour évaluer les établissements. La CFDT revendique la prise en compte des résultats de l’ensemble des enseignements.
Nous espérons que le climat scolaire sera pris en compte dans son impact sur les résultats. L’enquête locale de climat scolaire est mentionnée comme une source précieuse d’indicateurs. En effet, elle permet d’avoir des éléments complémentaires et plus individualisés que les seuls résultats aux examens. De plus, elle prend en compte à la fois les avis des professionnels de l’établissement, mais aussi celui des élèves et des familles. La prise en compte de la parole de l’usager est un élément déterminant dans la progression des établissements scolaires.
Pas de véritable lutte contre la ségrégation
On s’étonne sur le manque d’ambition à s’attaquer vraiment aux problématiques de mixité scolaire. En effet, de nombreuses études scientifiques le montrent, la mixité des publics scolaires (au sein des établissements, des classes) est une plus-value pour l’ensemble des élèves. La CFDT porte des revendications fortes en faveur de la mixité sociale et scolaire dans l’enseignement public et dans l’enseignement privé.
Autonomie réelle ou simple effet de manche ?
Que reste-t-il de l’autonomie pédagogique des établissements ? Elle reste inscrite dans la loi, cependant elle devient conditionnée au fur et à mesure des réformes aux injonctions du ministère et aux interprétations qu’en font les recteurs. Les groupes de niveaux imposés par le ministère en sont une illustration. La CFDT a dû aller jusqu’au recours devant le Conseil d’état pour finalement faire reconnaître l’illégalité de la démarche.
Des leviers pertinents identifiés… reste à les approfondir
Partir du terrain
Pour répondre à la difficulté scolaire, ce plan propose de partir du diagnostic et des propositions des équipes. Cela va dans le bon sens pour la CFDT. Qui mieux que les équipes locales sont à même d’analyser et de proposer des réponses adaptées aux difficultés des publics accueillis ? C’est d’ailleurs ce qu’il se passe déjà dans de nombreux établissements du territoire.
Organiser des formations
Les réponses de formation devront correspondre aux besoins exprimés par les équipes. Là aussi, c’est une évidence démontrée par de nombreuses enquêtes, la formation proposée par les plans académiques de formation parait souvent éloignée des préoccupations des collègues.
Mais quand auront lieu ces temps de formation ? La CFDT demande l’assouplissement du dogme absurde des formations en dehors du face-à-face pédagogique, pour tous les personnels.
Agir sur du temps long
La CFDT revendique, depuis longtemps, de placer les évolutions dans une démarche pluriannuelle. Les difficultés que rencontrent les élèves sont multiples et multifactorielles. Il ne peut y avoir de réponses uniformes et ponctuelles. Difficile pour autant d’être aveuglément confiant dans une institution qui est capable de commencer une réforme avant que la précédente ne soit terminée, ni même évaluée.
Les solutions pédagogiques proposées par les équipes devront pouvoir se pérenniser et évoluer en fonction des progrès, des résistances, des échecs, c’est une évidence.
Renforcer les alliances éducatives
La coopération annoncée avec les collectivités territoriales est indispensable, mais il faudra de la volonté politique partagée pour ne pas rester dans le domaine de l’incantation. On se souvient des annonces du ministère sur l’achat de matériel pour ranger les téléphones portables. Celles-ci ne tenant bien sûr pas compte des capacités financières des collectivités qui font, elles aussi, face à des contraintes financières immenses. Cette réserve touche évidemment aussi les associations partenaires de l’École qui permettent de construire des alliances éducatives.
Il y a finalement dans cette démarche, qui devrait concerner 800 collèges (soit 15% des établissements), des logiques qui peuvent et doivent s’appliquer à l’ensemble des structures quels que soient leurs résultats.