Déclaration liminaire au CSE du 02 avril 2026.
Cette déclaration liminaire sur « le collège que nous voulons » a été lue au CSE du 02 avril 2026.
Un collège émancipateur
Le collège ne peut être réduit à une simple étape de transition entre l’école primaire et le lycée. Il doit incarner une identité propre, adaptée à la singularité des âges qu’il accueille : entre la fin de l’enfance et les prémices de l’adolescence. Pourtant, aujourd’hui, la réussite au collège se mesure presque exclusivement à l’aune du passage en seconde générale et technologique et à l’obtention du DNB (diplôme national du brevet). Cette vision réductrice détourne les équipes éducatives de leurs missions essentielles et les contraint à une logique de tri, au détriment de l’accompagnement de chaque élève.
Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, il est urgent de repenser les objectifs du collège. Deux priorités doivent guider notre action :
- Garantir à tous les élèves la validation d’un socle commun de connaissances et de compétences, défini par une convention citoyenne qui reconnaît la diversité des réussites. Ce socle devrait permettre à chacun de devenir un citoyen libre, émancipé et acteur de sa vie dans la société.
- Accompagner chaque élève dans la construction de soi, en tenant compte des spécificités de l’adolescence : transformations physiques, développement cognitif et émotionnel, et acquisition de nouvelles compétences relationnelles.
Les programmes disciplinaires tels qu’ils sont pensés depuis deux ans vont à rebours de ces priorités : pas de vision d’ensemble sur la scolarité obligatoire, un empilement de connaissances à ingurgiter à vitesse TGV, laissant peu ou pas de temps pour s’adapter aux rythmes des élèves ou mettre en place des dispositifs laissant la parole aux élèves.
Tant qu’il en sera ainsi la CFDT votera contre les programmes.
Des personnels reconnus
Les objectifs que nous portons pour le collège ne pourront être atteints sans une amélioration significative des conditions de travail des personnels. La CFDT réaffirme avec force que les réussites des élèves passent par des effectifs allégés et des grilles horaires adaptées, permettant de travailler « autrement » et de favoriser la coopération entre professionnels. Les personnels doivent disposer du temps et des moyens nécessaires pour innover et s’adapter aux besoins des élèves. La démographie est une opportunité de faire ce bond qualitatif à moyens constants. Le ministère doit renoncer à supprimer des postes et à multiplier les heures supplémentaires obligatoires.
Elles passent aussi par un bâti scolaire adapté, offrant des espaces propices à l’apprentissage et au bien-être de tous.
Elles passent par des équipes pluridisciplinaires en nombre suffisant, déterminé par les réalités locales. Chaque professionnel doit être formé, reconnu et doté d’un véritable pouvoir d’agir. La formation initiale et continue, individuelle et collective, doit être intégrée dans les services et valorisée comme un levier essentiel de qualité éducative.
Elles passent par la présence d’acteurs de la santé et du social en proximité, pour répondre aux difficultés rencontrées par les élèves et leurs familles, et pour articuler prévention et orientation vers les soins si nécessaire.
La mixité sociale, tant dans les établissements publics que privés sous contrat, est également un pilier indispensable pour apprendre à « faire société ». Elle doit être renforcée, car elle est un gage de cohésion sociale et d’égalité des chances.
Le collège que nous voulons pour faire société
Enfin, le collège doit s’inscrire dans un projet éducatif de territoire, offrant un accès équitable à la culture, aux pratiques artistiques, manuelles et physiques. Cette alliance éducative, repensée et inclusive, permettra de diversifier les formes de réussite et d’ouvrir la voie à l’épanouissement de toutes et tous.
Les personnels de l’Éducation nationale sont au cœur de cette ambition. Leur engagement, leur expertise et leur créativité doivent être soutenus par des moyens concrets et une reconnaissance institutionnelle à la hauteur de leurs missions, plutôt que d’ajouter de nouvelles tâches sans contrepartie et n’ayant d’autre sens que celui d’alimenter la communication ministérielle.
C’est à cette condition que le collège pourra pleinement jouer son rôle : celui d’un lieu d’émancipation, de construction de soi et de préparation à une citoyenneté active.