La plupart des écoles ont déjà connu une évaluation d’école depuis la mise en place du dispositif. Ce dernier doit absolument évoluer pour permettre une véritable exploitation des axes de progression. Encore faut-il pour cela que le premier degré et ses spécificités soient réellement pris en compte.
Depuis 2019, le dispositif « évaluations d’école » est mis en œuvre.
Les spécificités du premier degré ne sont pas assez prises en compte.
C’est ce qu’est venu dire la CFDT au comité de suivi national de dispositif.
Un premier degré ignoré dans ses spécificités
Non un directeur, une directrice d’école n’est pas un chef d’établissement ! Non, il ne dispose pas de secrétariat pour aider à la mise en œuvre des évaluations d’école ! Non, un directeur, une directrice d’école n’est pas déchargé.e entièrement de classe ! Enfin, non, les évaluateurs issus du second degré qui visitent des écoles n’ont pas une connaissance suffisante du fonctionnement propre au premier degré.
Rien d’étonnant, alors, à ce que des professeurs des écoles, des directeurs et directrices d’école vivent ces évaluations d’école comme un fardeau plutôt que comme un levier pour travailler autrement, demain, à la réussite des élèves à partir des axes de progression identifiés.
Pour la CFDT, on ne peut calquer un dispositif d’évaluation prévu pour un collège ou un lycée sur une école, d’autant que 50 % des écoles ont moins de 5 classes avec des directeurs, des directrices qui n’ont à ce jour qu’un quart de décharge de classe par semaine.
La nécessité de valoriser le travail sur les évaluations d’école
Si, pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, un dispositif d’évaluation peut être intéressant, les personnels ne peuvent cependant s’y investir sans compensation, sans valorisation du temps consacré et en priorité pour les directeurs et directrices d’école qui portent l’autoévaluation souvent à bout de bras. Consulter, convaincre de l’intérêt, piloter au quotidien, s’entretenir avec les évaluateurs avant, pendant et après, autant de tâches qui ne peuvent se faire en plus des missions actuelles.
L’évaluation d’école, ce sont bien des tâches en plus et cela doit être à minima compensé par du temps, voire valorisé par une indemnité. Si certaines directions académiques accordent des heures de compensation, notamment sur les temps de formation, la situation est très inégale sur le territoire. Certaines directions bénéficient par exemple de 12 heures d’exonération de formations pédagogiques tandis que d’autres n’ont rien. Une harmonisation est donc nécessaire pour compenser le caractère chronophage des tâches à mener pour ces évaluations.
Pour la CFDT, il conviendrait ainsi de prévoir que, lors de la restitution des axes de progression, l’équipe soit systématiquement remplacée sur son temps de classe afin de pouvoir mener un débat contradictoire avec les équipes d’évaluateurs. Cela ne peut pas se faire en plus du temps de travail habituel, ni relever du bénévolat.
Des évaluations d’école qui doivent faire sens
Si le temps est la question primordiale pour le premier degré, la question du sens l’est tout autant. Comment trouver du sens à une évaluation qui regroupe plusieurs écoles sur un secteur donné, voire même en y associant un collège ? Une école, c’est un territoire, un fonctionnement spécifique, une communauté éducative donnée. Comment alors accorder du crédit à des axes de progression, à une autoévaluation, créés de toute pièce et ne tenant pas compte de cela ?
Pour la CFDT, donner du sens à ces évaluations passe par une approche qualitative et non quantitative. Charge à l’institution de donner les moyens financiers et humains de l’ambition qu’elle s’est donnée avec ce dispositif.
Quelle autonomie pour les équipes pédagogiques au bout du compte ?
Mais cela nécessite également une autonomie réelle, notamment pour mettre en œuvre les axes de progression. Avec des équipes pédagogiques contraintes par les plans maths et français, rien d’étonnant à ce que les axes de progression, notamment ceux qui concernent le fonctionnement des équipes pédagogiques et leurs relations avec la communauté éducative, soient très vite relégués au second plan.
Pour la CFDT, ce dispositif pourrait porter une autre manière de faire, moins injonctive. Il ne faudrait donc pas, une fois encore, le dénaturer par une vision hiérarchique déconnectée des réalités de terrain, déconnectée des réalités propres à chaque école.
Un comité de suivi qui prône l’entre-soi et le satisfecit permanent
Qu’est-ce que ce comité de suivi ? Il a été mis en place par le Conseil de l’Évaluation de l’École. Ce dernier est placé sous l’autorité du Ministre et présidé par Charles Torossian.
Si la mise en place d’un comité de suivi est une bonne chose, encore faut-il que les remarques qui y sont émises soient réellement prises en compte. Lors des deux dernières réunions, la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques a plus assisté à une réunion entre cadres de notre institution (IEN exclus) qu’à une véritable écoute de l’ensemble des membres de la communauté éducative représentés au sein de ce comité. Pire, lors de la dernière réunion, le Président a annoncé la création de deux comités, un pour les cadres et un second pour les autres. Est-ce pour éviter de mélanger les torchons et les serviettes ? Outre le satisfecit permanent des interlocuteurs, notre organisation syndicale a ressenti un décalage immense avec la réalité des collègues dans les écoles. De plus, les membres du Conseil de l’Évaluation de l’École ne semblent pas connaître le fonctionnement du premier degré et ses contraintes, tant ce qui est proposé s’adresse avant tout au second degré, aux collèges et lycées.
Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, ces évaluations ne doivent pas servir seulement à un affichage, mais être utiles à tous : IEN, directeurs et directrices d’école, professeurs des écoles, voire à la communauté éducative qui entoure l’école. Au vu du fonctionnement du comité de suivi national mis en place, on ne peut qu’émettre des doutes.