L'Inspection générale mène une mission sur les manuels scolaires. La CFDT a porté les besoins, les interrogations et les inquiétudes des équipes pédagogiques des écoles, collèges et lycées.
Une mission sur les manuels scolaires au croisement de nombreuses thématiques
L’inspection générale mène une mission intitulée « les manuels scolaires : utilisation selon les disciplines et les niveaux ; relations avec les éditeurs ; autres supports et ressources utilisés par les enseignants ; implication des collectivités territoriales ».
Nous avons été appelés à nous prononcer sur 5 thématiques :
1. observations sur l’utilisation des manuels et des autres ressources par les collègues,
2. usages et pertinence des manuels numériques,
3. labellisation des manuels ou non,
4. relations des organisations syndicales avec les éditeurs,
5. relations des organisations syndicales avec les collectivités territoriales sur ce sujet.
Nous avons rappelé notre refus de la labellisation. Nous avons indiqué que nous n’avions pas de relations avec les éditeurs en tant qu’organisation syndicale.
Une grande hétérogénéité des pratiques et des attentes
Les attentes sont très diverses, avec des usages très différents selon les degrés, les disciplines, mais aussi la formation des collègues, leur ancienneté dans le métier. Nous avons souligné le support important que les manuels peuvent constituer pour les collègues qui débutent, en particulier les contractuel·les. Les manuels n’ont pas non plus la même importance selon les situations (classes multi-niveaux dans le 1D ou cycles, aussi dans le 2D, élèves à besoins éducatifs particuliers, REP ou REP+), les choix pédagogiques, l’accès au numérique, côté personnels ou côté élèves…
Le refus de la normalisation
Les collègues utilisent de nombreux types de ressources : manuels, que les collègues achètent parfois à leurs frais, ressources disponibles en ligne dont vidéos, audios, articles de presse, applications numériques des EdTechs, utilisation de consommables, d’œuvres complètes… Certains collègues créent et partagent des ressources éducatives libres (REL) selon la préconisation de l’UNESCO, un moyen de lutter contre la marchandisation de l’éducation.
Nous refusons toute normalisation, que ce soit sous la forme d’une prescription trop étroite du ministère, par labellisation, par imposition d’une pédagogie, par imposition d’une idéologie ou d’un format.
Lorsque les manuels sont utilisés, ils sont parfois conservés en classe, très souvent projetés et photocopiés (photocopillés ?).
Les changements de programmes aux conséquences lourdes
Nous nous interrogeons sur le rythme effréné du changement des programmes qui rend difficile l’adaptation des manuels, tend à empêcher la créativité des auteur⋅rices, complique l’appropriation par les collègues. Dans certaines disciplines au contenu très évolutif (société ou technologie), le renouvèlement des manuels peut être trop lent.
La question du cout des manuels est également importante. Beaucoup de collègues trouvent ce cout bien trop élevé, y compris les manuels numériques.
Nous avons pointé les risques liés à l’IA, au pillage des ressources qui risquent de tarir sans respect des droits d’auteur.
Revendication d’une plus grande autonomie des équipes leur permettant d’adapter les outils à leurs besoins, à leurs élèves.
La contrainte financière est importante, que ce soit dans le 1D, avec des manuels parfois très anciens (15 ans), ou dans le 2D avec la difficulté de remplacer tous les manuels simultanément. Certaines collectivités remettent en cause leur financement des manuels. Cette contrainte est aussi vécue par les collègues qui utilisent des œuvres complètes ou des consommables (dans le 1D ou en voie professionnelle, en langue vivante), mais qui n’ont pas toujours la possibilité d’en faire supporter le cout par la collectivité.
Les questions posées par la numérisation
La CFDT est très partagée sur la numérisation des manuels, au delà de leur utilisation pour la projection en classe.
Fondamentalement, nous refusons l’imposition de ce choix qui a des conséquences trop importantes pour les choix pédagogiques des collègues.
Nous faisons le constat d’une faible utilisation des manuels papier, qu’ils soient conservés dans l’école ou le collège, ou qu’ils soient conservés au domicile. Il y a aussi des établissements où il n’y a plus du tout de manuel, ni papier, ni numérique.
- Nous soulignons un risque majeur lié aux enjeux écologiques : nécessité de décarboner, de réduire la pression sur le vivant et d’économiser les ressources, ce qui est incompatible avec les usages actuels du numérique.
- Les manuels numériques se heurtent à des inégalités assez fortes entre utilisateur·rices, en particulier en matière de maitrise ou de disponibilité des outils numériques, y compris pour nos élèves. Il ne suffit pas d’être doté d’un appareil pour savoir s’en servir, le maintenir en bon état de fonctionnement, etc.
Nous devons pourtant préparer nos élèves au monde très numérisé qui est le notre.
Le numérique peut être vecteur de liberté pédagogique si l’on facilite l’accès à des ressources multiples, y compris à un grand nombre de manuels numériques dans lesquels les collègues puissent piocher des ressources pour préparer la classe. Le numérique permet de rémunérer les auteur⋅rices en fonction de ce qui est réellement utilisé.
Les supports préparés doivent pouvoir ensuite être diffusés numériquement… ou imprimés sur papier, selon les choix des collègues qui savent ce qui convient le mieux à leurs élèves.
Grâce au numérique, il est possible d’adapter plus facilement les contenus pour certains apprentissages, face à certains besoins de nos élèves ; il est aussi plus facile de partager des ressources avec les collègues, y compris sous la forme de ressources libres, de mobilisation conjointe d’autres ressources numériques…
Les manuels numériques peuvent constituer une ressource pertinente. La condition est d’entrainer de petits modèles de langage avec d’autres ressources fiables. Il y a un enjeu de protection contre le risque de pillage des ressources numériques créées par des collègues par les grands modèles d’intelligence artificielle.
Quoi qu’il en soit, les collègues ne supportent pas les revirements incessants. La CFDT demande que les politiques choisies le soient sur le moyen terme et en lien avec les demandes des collègues qui ne refusent pas forcément le changement.
Les relations avec les collectivités territoriales
Il existe une grande diversité des situations dans le premier degré. Impossible de dresser une liste exhaustive, entre les moyens des municipalités et les choix politiques. Dans le second degré, le dialogue social est très limité. Les instances sont plus considérées comme des chambres d’enregistrement. Les contacts avec les porteurs des dossiers peuvent être pertinents, mais il semble y avoir une difficulté à les faire aboutir compte tenu de contraintes politiques, financières ou autre.
La CFDT demande une écoute des besoins et des choix des collègues au niveau de chaque territoire, avec l’acceptation d’une plus grande diversité de politiques de dotation.