Après leurs passages en Conseil Supérieur de l'Education, voici les programmes EPS des cycles 1 et 2 publiés. La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques a activement contribuer à faire évoluer les projets. Voici maintenant le temps de la concertation sur le cycle 4.
Nous évoquions dans un précédent article les remarques générales que nous avons portées au débat sur les projets de programmes EPS.
Lors du passage en CSE, la CFDT a, de nouveau, porté plusieurs axes d’évolution. Nous en développerons ici un seul pour illustrer notre démarche et notre philosophie.
Du gain au respect… quels enjeux pour les programme d’EPS ?
Il nous semblait important de faire changer les formulations relatives à la finalité de gain dans le champ d’apprentissage relatif aux confrontations individuelles et collectives.
Dans la première version, l’intitulé du champ était « coopérer et s’opposer pour apprendre à gagner ». Ce terme devait être modifié, car « Gagner » :
- ne correspond pas une conduite motrice à apprendre,
- n’est pas non plus l’aboutissement systématique d’apprentissage moteur.
Dans la seconde version, il devient « Coopérer et s’opposer pour apprendre à respecter les règles et les autres ».
Si la formulation a considérablement changé, la problématique demeure dans la pertinence des finalités du champ d’apprentissage. On ne coopère ou ne s’oppose pas pour apprendre à respecter… En outre, apprendre à respecter les règles et les autres est valable dans plusieurs champs d’apprentissage…
Nous voulions revoir à nouveau cet intitulé pour une formulation plus proche de la transformation motrice recherchée. Nous proposions « mettre en œuvre des conduites motrices permettant de prendre l’avantage dans le rapport de force » par exemple.
Le compromis acté par le ministère prend en compte partiellement nos demandes mais la rédaction demeure insatisfaisante.
Questionner la recherche systématique du gain
Dans la suite du texte relatif à ce champ d’apprentissage, l’esprit de gain comme enjeu premier transparaît dans d’autres formulations qui n’ont pas été modifiées.
Nous retrouvons ainsi des expressions comme « pour remporter la rencontre », « pour rechercher la victoire ». Nous proposions à la place « pour faire basculer le rapport de force en sa faveur ».
Ces choix sémantiques peuvent sembler anodins, et sans doute n’auront-ils que peu d’impacts dans nos pratiques. Cependant, si l’on s’accorde à ce que les programmes soient encore un élément structurant de notre système éducatif (ils n’ont peut-être plus à l’être…), autant prendre soin de ce qui y est écrit et y attendre une certaine rigueur.
Plusieurs arguments motivaient ainsi notre demande :
- Le fait de remporter une rencontre n’est pas un objectif d’acquisition de conduites motrice de l’EPS.
- On peut apprendre sans « gagner », apprendre en « perdant ». Ce repère extrinsèque de la marque à un instant « t » du processus d’apprentissage ne permet pas forcément de dégager la dynamique de progrès, ni les compétences sous-jacentes mises en œuvre.
- En outre, dans certains jeux collectifs, il n’y a pas de victoire a proprement dit (dans certains jeux traditionnels par exemple la réversibilité dominant/dominé est quasi permanente.
- Ce terme renforce l’enjeu compétitif déjà fortement marqué dans ce champ au niveau culturel.
- Cette formulation risque de mettre en avant des formes d’évaluation qui s’appuient sur le nombre de victoires, plus que sur les compétences acquises dans la recherche du déséquilibre.
- En terme de motivation pour les élèves, renforcer cette notion de gain (notamment dans l’évaluation) peut entraîner des conduites de désengagement, et/ou de débordement, en détournant l’élève des objectifs d’apprentissages visés. Anne-Laure De Mullenhaim et Stephan Roubieux en font état dans leur article « Ne rien lâcher ». revue e-nov EPS n°29
« En fin de match, les joueurs retiennent la victoire ou la défaite, sans regarder ni le score final (potentiellement très serré), ni le « fil du match » qui y a mené. Parfois, l’enjeu de victoire exacerbe une relation de concurrence entre les joueurs et se manifeste par des débordements émotionnels : des désaccords d’arbitrage ou du « chambrage » par exemple. Au contraire, d’autres élèves se détachent de cette pression de la défaite et « renvoient » les volants sans chercher le gain des échanges ».
Garder un regard critique sur les programmes d’EPS
En tant qu’organisation syndicale, nous pouvons faire valoir nos réflexions et positionnements à l’étape des projets de programmes. Nous partageons ici ce processus sur un exemple afin de nous rappeler, qu’à chaque niveau d’intervention, de la conception à la mise en œuvre dans nos classes, nous pouvons nous positionner en « praticien réfléchi » et faire valoir un regard critique sur les programmes qui encadrent nos disciplines.