Le ministère vient de publier le référentiel métier des directeur⋅rices d'école. Il avait pourtant promis un temps de travail supplémentaire sur cette nouvelle version. Sur plusieurs points, ce texte remet en cause l'autonomie des équipes et des directeur⋅rices.
Le référentiel métier des directeurs et directrices d’école est paru au BO du 21 mai 2026.
Une mise à jour du référentiel métier nécessaire…
Le référentiel métier datait de 2014. Une mise à jour était nécessaire suite aux évolutions règlementaires des dernières années. C’est chose faite sur la rédaction du PPMS dont la rédaction revient à la DSDEN. C’est chose faite aussi sur la procédure d’exclusion d’un élève.
Nous avons aussi demandé et obtenu une féminisation du texte pour s’aligner sur la réalité. Il sera donc question de directrice et directeur.
Le ministère avait aussi promis de clarifier et définir les possibilités de délégation de compétences issue de la Loi Rilhac. Ce ne sera pas le cas.
La première rédaction, en 2025, faisait du ou de la directeur⋅rice un⋅e chef.fe d’établissement sans le dire, augmentait le nombre de ses missions et ses responsabilités. Une ligne rouge pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques qui place l’autonomie du collectif de travail au centre du pilotage des écoles tout en donnant aux directeur⋅rices une autorité fonctionnelle pour être garant des décisions prises collectivement. Nous nous étions ainsi associés à l’intersyndicale pour refuser ce projet.
Mais réalisée à contre-sens de la réalité des écoles
Ce nouveau texte va dans l’excès inverse. Il place les IEN en position de « sur contrôle » du fonctionnement des écoles :
- vérification des conventions requises pour la scolarisation des élèves en situation de handicap et des élèves à besoins éducatifs particuliers,
- pilotage pédagogiques pour les écoles primaires de moins de trois classes,
- validation de l’aménagement de la scolarité des élèves de petite section pour la sieste.
Ces directives sont déconnectées du vécu des écoles. Elles viennent rajouter une strate supplémentaire de validation et éloignent la décision des acteurs. Veut-on faire de l’IEN un super directeur, une super directrice à des fins diplomatiques ou pour palier des failles diplomatiques de notre institution ?
Pour la CFDT c’est un recul incompréhensible qui montre surtout la limite du système actuel où l’école n’a pas de statut juridique.
Et en dépit du dialogue social
En mars derniers, une seconde mouture avait été examinée. Cette proposition avait amené une opposition de principe de la CFDT sur tout ce qui relevait de l’accroissement des missions : des verbes plaçant le⋅la directeur⋅rice dans une position de supérieur hiérarchique déguisée et de décisions isolées de l’équipe pédagogique.
Devant la fronde syndicale, le ministère s’était engagé à ne publier le texte qu’après une nouvelle concertation. Ces promesses n’engagent apparemment pas le ministère qui vient de publier le nouveau référentiel métier des directeurs et directrices d’écoles, sans nouvelle concertation.
Pour la CFDT, c’est un passage en force inacceptable.
Ce référentiel passe à côté des vrais enjeux de l’école du 21ᵉ siècle
En centrant tout le pilotage pédagogique sur les seules évaluations nationales, en voulant permettre aux IEN un pilotage administratif des écoles au détriment d’un vrai pilotage pédagogique, en faisant des écoles primaires de moins de 3 classes des écoles sous tutelle de l’IEN, en refusant de mettre en œuvre une réelle délégation de compétences, le ministère passe à côté des enjeux de l’école d’aujourd’hui :
- les enjeux portés par l’école inclusive nécessitant de passer de la compensation à l’accessibilité,
- les enjeux démographiques qui vont profondément impacter la structuration des écoles,
- les enjeux de climat scolaire qui nécessitent des politiques éducatives cohérentes pour donner du sens au travail des personnels.
Après une publication des programmes du premier degré sans réelle concertation et dans l’urgence pour une mise en œuvre à la rentrée prochaine, ce référentiel métier éloigné des besoins des équipes pédagogiques est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de personnels déjà bien abimés. La CFDT ne peut cautionner ce qui se passe dans ce pilotage vertical du premier degré. Les professeur⋅es des écoles, les directeur⋅rices d’écoles ne peuvent être des variables d’ajustement de décideurs qui ne connaissent rien de ce qu’ils font.