La CFDT est sortie de la première réunion de présentation du questionnaire sur les violences sexuelles à destination des élèves avec un grand sentiment d'amertume et de la colère. Ce qui devrait être une grande avancée pour la défense des enfants, s'annonce comme un possible gâchis.
Cette première réunion à propos du questionnaire sur les violences sexuelles sur les enfants s’est tenue le 12 septembre.
Une opportunité pour l’école de prendre sa part
La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques se félicite de la décision de prendre en compte le sujet des violences sexuelles et sexistes sur les enfants. Elle salue le travail réalisé par les services du ministère qui sont pour une partie d’une grande qualité.
Il s’agit, ni plus ni moins, d’enfin affronter le tabou des violences sexuelles et sexistes infligées aux enfants, majoritairement dans la sphère privé mais aussi dans tous les lieux d’accueil (crèche, périscolaire, activités sportives et culturelles). Le formidable travail de la Ciivise, qui rappelle entre autre qu’il y a probablement en moyenne 3 élèves par classe ayant subi de telles violences, a enfin été pris en compte par le politique.
L’Ecole, qui accueille 100% d’une classe d’âge de la maternelle au lycée, peut aider au repérage, à l’accompagnement, à l’orientation de ces enfants victimes et durablement blessés physiquement et psychiquement.
Des équipes formées à la passation du questionnaire violences sexuelles ?
Pour ce faire, les professionnels de l’éducation qui accueillent les enfants doivent être formés, étayés et encadrés dans l’accueil de la parole de l’enfant. Il s’agit d’avoir des réflexes professionnels qui permettent de préserver la victime et sa parole, du recueil à l’accompagnement, à une éventuelle orientation vers la justice et des démarches de soin.
C’est bien ce que propose sur le papier la démarche proposée par la DGESCO autour d’un questionnaire et d’un guide de passation : équipes pluri-professionnelles pour la passation et l’analyse, préparation des passations avec séance d’EVAR⋅S. Des progrès dans la rédaction et dans la démarche pourraient aboutir dans le cadre d’un véritable dialogue social. Sauf que ce dialogue n’existe pas. Depuis plusieurs années, les organisations syndicales représentatives sont au mieux consultées jamais associées. Ce ne sont pas tant les insuffisances des outils proposés qui posent problème mais l’impossibilité de proposer des améliorations et qu’elles soient prises en comptes.
Le calendrier politico médiatique pose des contraintes irréalistes
Parce que derrière ce travail des services, c’est calendrier politique et médiatique qui dicte les priorités. Or le plan de communication du ministère ne prend pas en compte les réalités professionnels, les contraintes d’organisation du travail et au final les besoins des enfants.
L’organisation de la passation du questionnaire sur les violence sexuelles auprès des élèves ne tient pas compte du réel et c’est bien cela le plus inquiétant. Même si le ministère a légèrement desserré le calendrier de présentation du décret instituant la passation des questionnaires. Il sera présenté le 1er octobre et non le 17 septembre, conformément à la demande des organisations syndicales. Mais il s’agit d’organiser la passation et le traitement des questionnaires sur 15 jours en novembre. Cela sera impossible, la CFDT l’a rappelé.
Ce report de date n’est qu’une petite fenêtre qui pourrait permettre d’améliorer les questionnaires et la démarche de passation. Cependant, les organisations syndicales et les autres membres du CSE ont malheureusement l’habitude que leurs avis – même unanimes – ne soient pas respectés. S’arcbouter sur le projet de passer les questionnaires en 15 jours, avec des binômes enseignants-personnel médico-psycho-socio, dans l’ensemble des classes du territoire est tout simplement irréaliste.
La démarche proposée avec ce questionnaire répond à un besoin de quantifier les déclarations de violences sexuelles et sexistes. C’est urgent pour le ministre dans son calendrier mais pas une réponse d’accompagnement des enfants ni une prise en compte de l’expression de leur vécu. La temporalité du questionnaire n’est pas celle de l’enfant. Les enfants, de 5 à 19 ans ne parlent pas des violences de manière uniforme. Au final, c’est la prise en compte de la parole des enfants, pourtant essentielle pour espérer lutter contre le fléau des violences sexuelles et sexistes, qui va pâtir de cette obstination.
La CFDT acte l’acceptation de la demande de détente du calendrier de la concertation. Ce temps doit permettre d’améliorer le fond des questionnaires et leur mise en oeuvre, et donc l’efficacité du dispositif. Le calendrier de la passation doit aussi être détendu pour avoir le temps de sensibiliser à défaut de former tous les adultes, de réaliser les séances d’EVAR⋅S préparatoires partout, de coordonner les actions de l’ensemble des professionnels. Il faut aussi des moyens pour rémunérer les frais de déplacements et le temps de travail. Il faut surtout de l’humilité face à l’ampleur de la tâche.
Enfin, l’École, si elle peut repérer, accompagner et orienter ne peut pas soigner, ni rendre justice. C’est toute une politique d’accompagnement de la jeunesse face aux violences sexuelles et sexistes qu’il faut construire. Il y a urgence ! On ne peut plus attendre.