Publié le mardi 15 septembre 2026
par Nicolas Holzschuch
Enseignants-chercheurs Personnels de l'enseignement supérieur et de la recherche Instances
Pour le CNESER de rentrée, la CFDT dénonce le repli sur soi des instances dirigeantes de la recherche française. La recherche est, par nature, une coopération internationale, pas une compétition.
Repli national de la recherche française
Pour ce CNESER de rentrée, la CFDT souhaite revenir sur un ensemble de mesures. Chacune est inquiétante en elle-même, mais prises dans leur ensemble elles dessinent une tentation de repli sur soi de la part des instances dirigeantes de la recherche française.
Il y a d’abord la hausse des frais d’inscription pour les étudiants venant de pays en dehors de l’Union Européenne, une difficulté supplémentaire pour les étudiants qui viennent se former en France, qui s’ajoute à la complexité administrative. Les conséquences qui se dessinent, c’est moins d’étudiants étrangers en France, en particulier en Master, et en conséquence moins de doctorants.
Il y a ensuite la disparition de l’Institut Paul Émile Victor, qui sera absorbé par l’IFREMER au 1er janvier 2027. Une décision qui a été prise il y a deux ans, mais les négociations n’ont sérieusement commencé qu’au printemps 2026. La conséquence est que les travailleurs de l’IPEV, qu’ils soient salariés de droit privé ou agents du CNRS, ne savent pas aujourd’hui quel sera leur statut en 2027, alors qu’ils s’apprêtent à partir pour la campagne de l’été austral. Il est urgent qu’ils aient des informations fiables et des garanties claires sur leur avenir.
Il y a encore le projet d’absorption de l’Institut de Recherche et Développement par le CNRS. Là encore, on commence par lancer le processus, et on réfléchit aux modalités pratiques ensuite. Les conséquences sur la recherche dans les nombreux pays qui coopèrent avec l’IRD ne sont absolument pas prises en compte... La mobilisation syndicale a permis qu’une mission soit lancée pour examiner les différents scénarios possibles: mieux vaut tard que jamais! La CFDT compte bien être entendue dans ce cadre pour défendre les intérêt des agents et les missions de l’institut.
Il y a encore la multiplication des Zones à Régime Restrictif (ou ZRR) dans les laboratoires de recherche français. Dans ces ZRR, chaque embauche, y compris pour les stagiaires de M2, est compliquée par une enquête administrative, et nous perdons chaque année de nombreux candidats et de nombreuses candidates. Ce n’est pas que leur embauche soit refusée par le fonctionnaire sécurité défense, mais le temps d’avoir une réponse, ils et elles ont trouvé plus facilement ailleurs.
Il y a enfin la baisse du budget du CNES et les arbitrages associés qui sont largement en défaveur de la science et du suivi climatique alors que nous venons de vivre l’été le plus chaud jamais observé. Ces réductions budgétaires vont également pénaliser nos capacités à mener des coopérations internationales dans le domaine spatial alors que le gouvernement dans une attitude schizophrène vient d’organiser un sommet spatial international, démontrant le manque de cohérence de sa vision du spatial.
Toutes ces mesures ont les même conséquences : une perte d’influence de la recherche française à l’international, un repli sur soi qui sera dommageable pour la recherche en général. Il faut le redire : la recherche n’est pas une compétition internationale, ce n’est pas un jeu à somme nulle.
Les coopérations internationales de la recherche française, que ce soit dans les explorations polaires, dans l’aide au développement, la recherche sur le climat ou dans le spatial, ont des conséquences positives pour l’ensemble de l’humanité.
Leur suppression aura des conséquences pour le reste du monde, mais aussi pour l’image de la France dans le monde.
L’obsession de la « fuite des cerveaux »
Cette tentation de la compétition internationale se traduit aussi dans l’obsession de la « fuite des cerveaux », qu’on voit régulièrement chez nos politiques. D’un côté il faudrait empêcher les docteurs formés en France d’aller prendre un poste à l’étranger, de l’autre il faudrait à tout prix convaincre les chercheurs étrangers, surtout en poste dans des universités américaines, de venir s’installer en France avec des initiatives très médiatisées comme « Chose France for Science ».
Cette obsession sur l’étranger a abouti à une cécité problématique chez nos dirigeants. Un docteur formé en France qui devient professeur au MIT, ça n’est pas une perte pour la recherche française, c’est au contraire un énorme gain, notamment par les coopérations qu’il continue à avoir avec les chercheurs de son pays d’origine. Un enseignant-chercheur en poste en France qui n’arrive plus à faire de la recherche, à cause des politiques budgétaires et des réformes permanentes de notre ministère, ça ne compte pas dans les statistiques de la fuite des cerveaux, et pourtant c’est une énorme perte pour la recherche française. Un ingénieur de recherche qui démissionne parce qu’il ne supporte plus le mauvais management, les mauvaises conditions de travail, ça ne compte pas non plus dans les statistiques de la fuite des cerveaux, et c’est aussi une énorme perte pour la recherche française.
La commission d’enquête sénatoriale sur l’excellence universitaire
Enfin, la CFDT souhaite alerter le ministère sur le récent rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur l’excellence universitaire. Ce rapport présente une vision caricaturale des universités et de la recherche française. Les conclusions du rapport sont étrangement similaires aux questions posées par la rapportrice, qui n’a pas pris en compte les opinions qui n’allaient pas dans le sens où elle avait décidé d’aller. Les contributions des organisations représentatives ont été complètement ignorées. Il en résulte une vision de l’enseignement supérieur et de la recherche qui ne correspond pas aux réalités du terrain, et des propositions de réforme qui sont des provocations pour les personnels et les étudiants.
Nous sommes opposés aux conclusions de ce rapport, et nous appelons le ministre à ne pas en tenir compte.
Dans un contexte politique périlleux, le système public d’enseignement supérieur et de recherche doit être protégé des multiples attaques dont il est l’objet et doit bénéficier de financement ambitieux pour préparer l’avenir du pays, de l’Europe et du monde. C’est pourquoi la CFDT tient à ce que le principe constitutionnel de gratuité de l’enseignement à tous les degrés reste la valeur cardinale de notre enseignement supérieur et qu’elle s’opposera à l’affaiblissement des garanties légales qui organisent la démocratie universitaire. C’est pourquoi aussi la CFDT sera ce midi dans la rue pour exiger que l’on sorte enfin de l’étouffement budgétaire de l’enseignement supérieur et de la recherche !
Pour aller plus loin
Ressources complémentaires
- Commission d’enquête sénatoriale sur « l’excellence universitaire » : un rapport écrit d’avance, des propositions qui sont des provocations
- Intégration de l’IRD dans le CNRS – Encore une fois le dialogue social mis à mal !
- Projet de fusion entre l’IRD et le CNRS : inacceptable, sur le fond comme sur la méthode