La promesse d‘alléger la charge de travail des cadres de l’Éducation Nationale n’aura finalement pas été tenue dans cette mandature. Au contraire, on a assisté à l’empilement des priorités sans hiérarchie, et de plus en plus sans moyen. Enquête auprès des IEN pour connaître la réalité de leur métier.
La CFDT Éducation Formation Recherche Publique a interrogé, dans son « enquête IEN », les Inspecteurs sur leurs conditions de travail dans le courant de l’année 2026. Le constat est sans appel : perte de sens, dilemme professionnel et parfois personnel. Ces résultats sont à mettre en miroir des enquêtes qui montrent le sentiment de défiance des enseignants à l’égard de leur institution et celles et ceux qui les encadrent.
On se retrouve donc dans une crise de loyauté importante qui devient clairement un cas de conscience pour beaucoup.
Des injonctions permanentes et des moyens en forte baisse
Selon l’enquête proposée par la CFDT éducation formation recherche publiques auprès de ces personnels, 100 % d’entre eux estiment que leurs conditions de travail sont mauvaises voire inacceptables. Une crise de sens du métier inquiétante au vu des missions qui sont les leurs. Alors que l’essentiel de leur métier devrait aller vers l’évaluation et l’accompagnement des équipes pédagogiques, le poids du travail administratif et surtout l’écart entre le prescrit et le réel font que le temps consacré au cœur de leurs métiers devient réduit. Surtout quand les moyens attribués fondent comme neige au soleil. Ainsi, en cette rentrée scolaire, comment un IEN peut-il ventiler des parts de pacte quand ces mêmes parts ont été réduites de 80 % ? Dans le 1er degré, ce cadrage à la petite semaine met les IEN dans la posture très inconfortable de gérer le mécontentement à juste titre des enseignant·es. Si, à la CFDT, nous sommes clairement contre le pacte, il convient de donner aux cadres les moyens de rémunérer le travail réel, les missions effectuées par les professeurs des écoles, et ce sans mettre en difficultés celles et ceux qui doivent répartir ces moyens.
Un droit à la déconnexion souvent bafoué
Que dire d’autre part du poids de la hiérarchie que les IEN jugent à 66 % stressantes ou pesantes. Beaucoup dénoncent une atteinte au droit à la déconnexion liée à des commandes institutionnelles constantes. Si un cadre se doit de soutenir l’institution en cas de crise importante (la période de canicule par exemple), il convient toutefois d’être vigilants sur les stratégies de contournement utilisées, susceptibles de nuire gravement à la limite entre la sphère privée et la sphère professionnelle. Le fait de télécharger la messagerie TCHAP en est l’exemple le plus récent. Cette application devient la messagerie instantanée de référence pour les échanges professionnels et demande une réactivité de tous les instants. La CFDT est très attachée au droit à la déconnexion ; un cadre doit pouvoir désactiver toute notification relative à des applications professionnelles sur son téléphone sans que la hiérarchie soit amenée à le lui reprocher.
Le cœur du métier d’IEN en souffrance
Mais ce qui pèse le plus au quotidien, c’est la multiplication des réformes qui obligent sans cesse à fixer de nouvelles priorités, un nouveau cap. En effet derrière une nouvelle réforme, il y a un travail à mener pour concevoir des formations, s’en approprier le contenu et le mettre en perspective, aller à la rencontre des équipes pédagogiques, « dispenser la bonne parole ». Ces dernières années, entre les nouveaux programmes, les plans divers et variés, les enquêtes permanentes, le suivi des évaluations nationales standardisées, la coupe est pleine. Comment dès lors accompagner les équipes pédagogiques dans leur quotidien, répondre à leurs interrogations, évaluer les collègues, les établissements et les écoles sereinement dans un dialogue constructif source de progrès pour les élèves, cible première de notre système éducatif.
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C’est donc bien le cœur du métier d’IEN qui est remis en cause par cette injonction permanente. L’enquête le montre, 73% des IEN considèrent pourtant que l’accompagnement des collectifs de travail, le suivi des collègues dans les écoles est au centre de leurs missions. Beaucoup d’ailleurs ont choisi leur métier pour cela. Là encore, c’est l’autonomie laissée qui manque. D’ailleurs, 100 % des IEN souhaitent une gouvernance plus collaborative de notre système éducatif ou une plus grande autonomie des acteurs. Cela va bien sûr dans le sens de ce que préconise l’enquête PISA qui montre que les systèmes éducatifs qui réussissent le mieux sont ceux qui offrent la plus grande autonomie aux acteurs·rices. Ce sera l’enjeu des élections professionnelles et présidentielles.
La CFDT veut repenser la gouvernance du système éducatif en y associant les cadres qui pilotent (IEN, IA-IPR, Personnels de direction). C’est le projet qu’elle présente dans le cadre des élections professionnelles.

