Mise en œuvre depuis 2019, la réforme du lycée avait pour ambition de personnaliser les parcours et de donner davantage de liberté de choix aux élèves. Cinq ans après le premier baccalauréat issu de cette réforme, il est temps d’en regarder aussi les effets sur le travail des personnels.
Plus de groupes, plus d’interlocuteurs, des emplois du temps plus complexes
Avec la fin des séries générales et la multiplication des spécialités, la réforme du lycée a profondément transformé l’organisation des établissements.
La DEPP a ainsi montré qu’en première générale, une classe comptait en moyenne 30 enseignants différents en 2020, contre 18 en 2018. Dans le même temps, un enseignant intervenait auprès d’élèves issus de 7,7 classes en moyenne après la réforme du lycée, contre 6,4 auparavant.
Ces chiffres illustrent une fragmentation accrue des collectifs : davantage de groupes, davantage d’élèves différents à suivre, davantage de coordination nécessaire.
Les emplois du temps sont eux aussi devenus plus complexes avec la réforme du lycée. Construire des emplois du temps à partir de multiples combinaisons de spécialités peut aussi conduire à des journées morcelées pour les personnels comme pour les élèves.
Pour la CFDT, individualiser les parcours ne doit pas signifier individualiser les contraintes.
Donner du temps et des marges de manœuvre aux équipes pour construire une organisation cohérente du lycée.
La concertation, la coordination et le suivi des élèves sont devenus indispensables. Ils doivent être reconnus dans le temps de travail et ne peuvent pas reposer uniquement sur la bonne volonté des personnels.
Des conseils de classe qui peinent à retrouver leur dimension collective
Le conseil de classe conserve ses missions institutionnelles. Mais son fonctionnement a changé.
Quand une classe peut compter une trentaine d’enseignants différents, tous ne connaissent pas les mêmes élèves et ne les rencontrent pas dans les mêmes conditions. Les enseignants de spécialité travaillent avec des groupes différents, tandis que certains élèves partagent relativement peu d’enseignements avec leurs camarades.
Le risque est alors que le conseil de classe devienne davantage une juxtaposition d’informations qu’un véritable temps de réflexion collective sur le parcours de l’élève.
Pour la CFDT, le suivi d’un élève doit rester une responsabilité collective.
Redonner au conseil de classe du temps, des informations et une véritable fonction de suivi collectif.
Il faut permettre aux équipes de croiser leurs regards, d’identifier les difficultés et de construire des réponses. Cela suppose du temps de concertation et une organisation qui permette réellement aux professionnels de travailler ensemble.
Le contrôle continu : une responsabilité supplémentaire pour les équipes
Avec la réforme du lycée, le contrôle continu représente aujourd’hui 40 % de la note finale du baccalauréat. Il donne donc aux évaluations réalisées en classe une dimension certificative importante.
La CFDT n’est pas opposée au principe du contrôle continu. Elle avait d’ailleurs défendu la suppression des épreuves communes intermédiaires, dont l’organisation était particulièrement lourde.
Mais le contrôle continu ne peut fonctionner correctement que si les enseignants disposent de temps pour construire des pratiques partagées.
Chaque lycée doit aujourd’hui définir un projet d’évaluation. Les données de la DEPP montrent par ailleurs que les écarts entre les notes de contrôle continu et les résultats aux épreuves terminales peuvent être importants selon les disciplines et les établissements.
Faire confiance aux équipes et leur donner du temps pour construire collectivement l’évaluation.
Le contrôle continu ne doit pas devenir une source supplémentaire de pression pour les enseignants. La CFDT demande du temps de concertation, des formations et des repères communs, tout en préservant l’autonomie pédagogique.
Et maintenant, l’intelligence artificielle
À cette complexité s’ajoute désormais un bouleversement majeur : l’intelligence artificielle générative.
Le ministère reconnaît que l’IA remet en question la production et l’évaluation des devoirs. Il recommande notamment d’adapter et de diversifier les modalités d’évaluation et déconseille les logiciels de détection de contenus générés par l’IA, jugés insuffisamment fiables.
Pour les enseignants, la question est donc double : comment évaluer les apprentissages des élèves ? Et comment le faire sans transformer chaque devoir en enquête destinée à déterminer qui a utilisé une IA ?
Former et accompagner les personnels pour construire de nouvelles pratiques d’évaluation.
L’IA ne peut pas être une nouvelle responsabilité laissée à chaque enseignant individuellement. Les équipes doivent disposer de temps, de formation et de ressources pour définir collectivement des pratiques adaptées.
Moins de dispersion, plus de collectif : c’est aussi cela, améliorer les conditions de travail.
