Pour la 2e édition de son baromètre sur l'état du travail en France, la CFDT s'est intéressée à la fonction publique.

Lors de la conférence de presse du 30 avril 2026 présentant les résultats du baromètre CFDT sur l’état du travail dans les fonctions publiques, Lysiane Bénabent, professeure des écoles et militante CFDT, a pris la parole pour détailler les réalités de son travail et de celui des adhérent·e·s qu’elle accompagne dans son engagement syndical. Voici son témoignage.

« je suis professeure des écoles depuis presque 20 ans. Je travaille actuellement à Metz, en Moselle, dans une école d’un quartier défavorisé, après avoir enseigné en milieu plus rural et en classe spécialisée avec des élèves en situation de handicap.
Je souhaiterais commencer mon témoignage en vous disant que j’aime mon métier. Je suis fière d’être enseignante.
Je suis fière de pouvoir apprendre aux élèves. Je suis fière de pouvoir leur transmettre des connaissances, des valeurs. Je suis fière de de leur apprendre à se faire confiance, à oser, à grandir.
J’aime mon métier et j’ai de la chance de pouvoir exercer un métier que j’aime.
C’est d’ailleurs le cas de la majorité des collègues que je rencontre lors de mes journées de militante syndicale.
J’aime mon métier parce qu’il a du sens.
La recherche de sens, c’est la raison pour laquelle il y a de plus en plus de personnes qui se reconvertissent et deviennent professeurs des écoles après avoir exercé un autre métier.
C’est un métier qui a du sens parce que chaque jour, nous pouvons voir les progrès de nos élèves, parce qu’on se sent utile.
Néanmoins, les conditions de travail rendent vraiment difficile ce métier.
Difficile lorsqu’on est en classe avec nos élèves
Nous devons adapter notre enseignement à chacun de nos élèves. Nous devons gérer chaque individualité : ceux qui ont des troubles, ceux qui ont un problème de concentration, un problème d’attention, ceux qui ont un comportement violent.
Pendant 6h par jour, parce que je précise que les professeurs des écoles sont toute la journée avec les mêmes élèves, pendant 6h par jour, nous devons gérer nos 25 élèves en moyenne par classe.
Si nous avions moins d’élèves par classe, nous aurions plus de temps pour chacun, nous serions plus efficaces et nous serions moins stressés.
Certains de nos élèves peuvent être accompagnés par un·e AESH (accompagnant·e des élèves en situation de handicap). Malheureusement, le temps prescrit d’accompagnement ne correspond pas souvent au temps réel effectif car il n’y a pas assez d’AESH.
Il faut dire que leurs conditions de travail sont précaires. La CFDT revendique d’ailleurs un vrai statut pour les AESH avec une rémunération décente, de la formation, etc. Cela permettrait d’augmenter leur nombre.
Mais tout est question de moyens et donc de volonté politique !
À cela s’ajoutent tous les rendez-vous avec les différents professionnels qui suivent beaucoup de nos élèves
Des orthophonistes, des psychologues, des ergothérapeutes, des éducateurs…
Tous ces temps de rencontre se font, bien sûr, en dehors du temps scolaire.
C’est-à-dire que notre journée de travail ne se limite pas à notre journée de classe avec nos élèves.
Il y a donc tous ces rendez-vous, mais également des réunions, des formations et aussi toutes les préparations pour la classe dans toutes les matières (français, maths, H-G, sciences, EPS…)
Et beaucoup beaucoup beaucoup d’administratif ! des projets de réussite, des projets d’école, des évaluations d’école, des livrets scolaires, des projets de sortie…
Nous devons nous justifier de tout ! c’est très infantilisant. On ne nous fait pas confiance.
Ce sentiment de manque de confiance est d’autant plus accentué que nous ne nous sentons pas toujours reconnus par notre hiérarchie
Je précise que notre hiérarchie, notre supérieur hiérarchique n’est pas le directeur ou la directrice de l’école mais un inspecteur ou une inspectrice qui s’occupe de toutes les écoles d’une circonscription. C’est donc quelqu’un qu’on ne voit pas tous les jours, qui n’est pas dans les mêmes locaux que nous.
Nous avons durant notre carrière, trois rendez-vous officiels obligatoires, nous n’avons pas de rendez-vous annuel.
Donc finalement, nous n’avons que très peu de lien avec notre hiérarchie.
Ce qui se traduit par l’impression de manque de soutien, notamment dans le cadre de relations conflictuelles avec des parents d’élèves.
Puisque notre inspecteur ou notre inspectrice va parfois d’abord s’interroger sur notre posture professionnelle avant de nous soutenir.
C’est ce qui explique également ce sentiment de manque de reconnaissance.
Il faut aussi prendre en compte que notre inspecteur ou notre inspectrice n’a pas les moyens d’agir sur certaines de nos conditions de travail puisque le bâti scolaire appartient aux mairies et non à l’Education nationale.
Je voudrais ajouter un dernier point, une autre difficulté dans mon travail
L’agressivité et violence de certains parents sont de plus en plus présentes dans notre quotidien.
Que ce soient des attitudes agressives, des propos agressifs à l’oral ou à l’écrit, des menaces ou des plaintes qui sont de plus en plus fréquentes.
Récemment, la situation suivante est arrivée à une de mes collègues : un papa l’attendait à la sortie de l’école, devant sa voiture pour lui parler d’un problème avec son fils. Il était agressif. Il l’empêchait de monter dans sa voiture. C’était une situation très stressante qui aurait pu prendre des proportions plus dramatiques.
Lorsque des collègues doivent aller à la gendarmerie pour se justifier suite à une plainte de parents, ce n’est pas facile et on se sent bien seuls.
Le sentiment de solitude et le manque de reconnaissance, voilà ce qui conduit de plus en plus de collègues à un mal-être au travail, un burn-out, une démission.
Je terminerais mon témoignage de professeure des écoles en insistant sur ce paradoxe
– d’un côté : le manque de reconnaissance, le sentiment de solitude, le mal-être, la violence ;
– et d’un autre côté : la fierté d’être professeure des écoles. »
Merci à Lysiane Bénabent de nous avoir confié son témoignage.