Le bilan du corps interministériel à gestion ministériel (CIGEM) des attaché.es d'administration de l'Etat a été présenté en séance du Conseil supérieur de la fonction publique d’Etat (CSFPE) le 16 janvier 2026. Ce bilan couvre la période de 2013-2023.
Le CIGEM a été créé par un décret en 2013, soit deux ans après la création du corps interministériel des attachés d’administration de l’État par un décret du 17 octobre 2011. Le cadre de gestion commun instauré s’applique à tous les corps ministériels des attachés ayant intégré cet espace commun. C’est le cas du corps des attachés d’administration de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur (AAENES) intégré dans le CIGEM dès 2013.
Un bilan lucide sur le dévoiement de l’esprit du CIGEM.
Une mobilité empêchée !
L’un des objectifs du CIGEM était de permettre aux agents du corps d’accéder par simple mutation à l’ensemble des administrations ou établissements de l’État, avec des règles de gestion communes quel que soit le ministère. Cette mobilité était pensée comme un moyen d’enrichissement et de diversification des parcours professionnels.
Or le constat après 10 ans de mise en œuvre est que la mobilité a du plomb dans l’aile et se heurte à quelques obstacles. En 2023, la mobilité n’a concerné que 4% des agent.es du corps. Ce chiffre est pourtant en progression.
Les freins à la mobilité identifiés dans le bilan sont les suivants :
- les écarts indemnitaires entre ministères et l’absence de transparence ;
- l’hétérogénéité dans les calendriers du mouvement ;
- les règles de gestion différentes selon les périmètres.
Les attachés d’administration de l’État n’ont donc pas joué le jeu de la mobilité parce que cela est risqué à la fois sur le plan indemnitaire et sur les déroulements de carrière.
Les taux de promotion des attachés d’administration de l’État parmi les plus bas de la fonction publique d’État !
Avec un taux de promotion de 7% pour passer du grade d’attaché à celui d’attaché principal (deuxième grade), et la limitation de la hors classe (troisième grade) à un effectif de 10% du corps, les attachés ont la particularité d’avoir les taux de promotion les plus bas pratiqués dans la fonction publique d’État. Cette situation conduit à des goulots d’étranglement et à un véritable blocage des carrières.
Le Grade à accès fonctionnel (GRAF) est directement responsable du plafonnement et du blocage de carrière des attachés principaux
La hors classe est un grade est à accès fonctionnel (GRAF). L’accès y est jugé trop complexe, trop contingenté et peu lisible. Résultat : près de 30 % des attachés principaux sont bloqués en fin de deuxième grade, sans perspective d’évolution.
Et ceci en raison des conditions drastiques pour l’accès au grade d’attaché hors classe.
Une rémunération en perte d’attractivité
Le traitement indiciaire d’entrée dans la carrière d’attaché n’est aujourd’hui supérieur au SMIC que de 8 %, contre près de 20 % il y a quelques années.
Le tassement des grilles est particulièrement préoccupant : l’écart indiciaire entre un attaché et un adjoint administratif n’est plus que de 29 points, remettant en cause la reconnaissance du niveau d’expertise et d’encadrement attendu des AAE.

Un corps confronté à son vieillissement
Avec 39 751 agents, le corps des AAE (attachés d’administration de l’État) représente 1,6 % des effectifs de la fonction publique de l’État. Depuis 2015, les effectifs ont fortement augmenté. Mais, cette hausse masque une réalité préoccupante : 1/3 des effectifs du corps doit être renouvelé entre 2023 et 2034 afin de couvrir les postes vacants et les départs massifs à la retraite.
Le départ à la retraite représente 70% des sorties du corps en 2023. L’âge moyen atteint désormais 49 ans, avec un vieillissement constaté dans tous les grades.

Des modalités d’accès dans le corps qui questionnent l’avenir et la place des instituts régionaux d’administration (IRA)
En 2015, les AAE étaient recrutés à 43% par les IRA et à 42% via promotion interne. Or, en 2023, le recrutement par les IRA ne représente plus que 31%. Dans la même période, l’entrée dans le corps par la voie du détachement passe de 17% à 43%.
Les IRA subissent une éviction préoccupante. Leur contournement par la voie du détachement pose question.
Les IRA ne sont plus la première voie de recrutement des Attaché.es.

Cette modalité d’accès dans le corps a un impact sur la pyramide des âges. Par ailleurs, la prépondérance du recrutement par voie de détachement ou d’intégration directe modifie la sociologie du corps. Elle rend aussi plus prégnant le besoin en formation continue.
Pour la CFDT, la formation continue des AAE doit être assurée par les IRA dans le cadre de la formation tout au long de la vie afin de maintenir un socle de compétence commun et favoriser une meilleure adaptation aux évolutions des missions.
C’est pourquoi la CFDT accueille favorablement l’élargissement des compétences des IRA en matière de formation continue des agents de L’État.
Une féminisation continue du corps marquée par des inégalités entre les femmes et les hommes
Les femmes représentent 64% des agents du corps. Malgré une féminisation croissante de chacun des grades depuis 2015, le taux de féminisation diminue au fur et à mesure que l’on progresse dans les grades du corps.


Au terme de la présentation du bilan, la CFDT s’est dite prête à discuter de tous ces sujets. Elle a affirmé l’urgence à traiter le manque d’attractivité du CIGEM si on veut éviter l’effondrement de ses effectifs.
Accéder au bilan complet du CIGEM présenté au CSFPE du 16 janvier 2026
Lire notre article sur les mesures catégorielles 2027 pour les AAE