La CFDT interroge le ministre sur les politiques éducatives en faveur des élèves vivant dans des familles en situation de pauvreté ou de grande pauvreté.
Avec le plan 800 collèges vous avez indiqué vouloir agir sur la grande difficulté scolaire. Aux critères sociaux, vous avez indiqué vouloir ajouter les résultats aux épreuves finales du DNB. Vous voudriez donc soutenir nos élèves les plus en difficulté. Mais pourquoi avoir d’abord décidé de dégrader les résultats au DNB par la suppression des correctifs académiques et l’augmentation de la part des épreuves finales ?
Ce n’est pas à la fin de la scolarité obligatoire qu’il faut porter notre regard. Nos collègues le vivent chaque jour sur leurs lieux de travail. A force de mettre l’accent sur la vérité du diplôme, on met sous silence la vérité des signaux d’alerte envoyés dès le début de la scolarité.
A force de favoriser la compétition et les programmes trop denses, c’est aux réussites de toutes et tous qu’on s’en prend.
Comment accepter ces chiffres de la DEPP : 7 élèves de Segpa sur 10 sont issu·es de milieux défavorisés, 8 sur 10 en ULIS ? Comment accepter qu’on assiste à une disparition progressive des enfants issu·es des milieux populaires au fur et à mesure de l’avancée dans les études ? Il n’est pas acceptable d’écarter de la réussite les élèves en situation de pauvreté ou de grande pauvreté, ainsi que l’ont souvent été leurs parents avant elles et eux.
La pauvreté dépend d’autres politiques comme celles portant sur le droit au séjour et au travail, le logement, l’accessibilité des services publics et des prestations sociales. Mais elle dépend aussi grandement de la capacité de notre système éducatif à prendre en compte les différences entre nos élèves et à leur ouvrir des voies de réussite variées mais d’égale dignité.
Pour la CFDT, il n’y a pas qu’un seul parcours, il n’y a pas qu’une seule voie par laquelle on voudrait faire passer chaque élève aux forceps. Il est pour nous inacceptable de faire échouer celles et ceux qui n’y parviennent pas.
L’inclusion ne relève pas seulement des postes d’AESH, aux conditions d’emploi dégradées. L’inclusion dépend aussi de la formation de tous les personnels qui ne peut se mesurer par le nombre d’heures de webinaires asynchrones. L’inclusion dépend aussi des conditions de travail de personnels que ce fonctionnement épuise et qu’il est de plus en plus difficile de recruter. Il est temps de se pencher sur d’autres pratiques qui permettent à tous nos élèves de réussir dès l’entrée à l’école. Il est temps de desserrer la contrainte qui pèse sur nos collègues à tous les niveaux et quelle que soit leur mission.
Monsieur le Ministre, quelles mesures concrètes entendez-vous prendre pour que l’enseignement adapté et les dispositifs d’inclusion ne soient plus au service d’un tri social qui serait devenu nécessaire pour faire tenir nos élèves et nos collègues ?
Monsieur le ministre, quand accepterez-vous d’être aussi le ministre des élèves vivant dans des familles en situation de pauvreté ou de grande pauvreté ?
Quand accepterez-vous de questionner toutes nos politiques pour qu’elles améliorent toujours la situation des plus défavorisés ? Nous vous demandons de « Choisir l’Inclusion Pour Éviter la Ségrégation ».
Avec ATD Quart-Monde et ses partenaires, nous nous permettons de faire entendre ici les recommandations auxquelles aboutit cette recherche action :
Dans la relation avec les familles, il s’agira de veiller à :
- La coéducation au sens plein du terme.
- L’écoute et à l’accueil de tous les parents.
- La reconnaissance de leurs capacités, certes différentes, mais toutes nécessaires.
- Imaginer ensemble de nouveaux outils pour mieux communiquer.
Dans les pratiques pédagogiques, il s’agira de veiller à :
- Un changement de regard sur la pauvreté.
- Une prise en compte des implicites qui excluent les élèves dont l’école est la plus éloignée.
- Privilégier des pratiques fondées sur la coopération et l’entraide entre les élèves.
Conforter les pratiques pédagogiques les plus adaptées aux publics fragiles, c’est s’assurer d’une amélioration globale de notre système.
Voilà le changement de politique que nous appelons de nos vœux.