L'enquête IA-IPR réalisée par la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques montre les réalités d'un métier dont les lignes ont beaucoup bougé ces dernières années, au point de réellement questionner les inspecteurs sur le sens de leur métier et la loyauté due à l'institution.
Cette enquête sur le métier d’IA-IPR a été réalisée au cours de l’année 2026. Quels en sont les principaux résultats ?
IA-IPR : des promesses non tenues qui interrogent l’exercice du métier
Dans cette mandature, la promesse d’alléger la charge de travail des cadres de l’Éducation nationale sera bien restée …. une promesse. Au contraire de l’objectif affiché, on a assisté à l’empilement des priorités sans hiérarchie et sans moyen supplémentaire suffisant.
Le constat de notre enquête est sans appel : perte de sens, dilemme professionnel (et parfois personnel) face à la charge de travail accrue. Ces résultats sont à mettre en miroir des enquêtes qui montrent le sentiment de défiance des enseignants et des enseignantes à l’égard de leur institution et celles et ceux qui les encadrent. Ainsi la multiplication des réformes pour le second degré est perçue à 73 % contreproductive par les IA-IPR.
On se retrouve donc dans une crise de loyauté importante, qui devient clairement un cas de conscience pour beaucoup, et peut générer de la souffrance au travail.
L’enquête IA-IPR met en lumière de poids des injonctions permanentes et des moyens en forte baisse
Alors que l’essentiel de leur métier devrait aller vers l’évaluation et l’accompagnement des équipes pédagogiques, le poids du travail administratif et surtout l’écart entre le prescrit et le réel font que le temps consacré à ces missions auprès des professionnels de terrain se réduit considérablement. Surtout quand les moyens attribués ne sont pas à la hauteur des ambitions nationales.
Les IA-IPR ne peuvent se contenter de travailler « en mode dégradé » et de devoir prioriser entre des missions essentielles. Des marges budgétaires sont nécessaires et indispensables pour appliquer les politiques publiques, notamment en rémunérant les missions enseignantes (coordination d’examen, commissions d’élaboration de sujets, productions de ressources pédagogiques, etc.). Et que dire du poids hiérarchique que les IA-IPR jugent stressant ou pesant pour 68% d’entre eux ?
Une véritable envie d’agir pour améliorer la qualité de vie à l’école
Faute d’arbitrages clairs sur les missions des IA-IPR, la loyauté des cadres ne peut à elle seule résoudre la crise managériale. L’accompagnement des personnels et la présence en établissement restent prioritaires pour fidéliser les enseignants et les enseignantes et ancrer la transformation des pratiques. Face aux enjeux démographiques, écologiques et de l’intelligence artificielle, les corps d’inspection ont besoin de se rendre disponibles en établissement. Pour 81 % des IA-IPR qui ont répondu à notre enquête, l’accompagnement des collectifs de travail et le suivi des collègues devrait être au centre de leurs missions. Pourtant, du point de vue qualitatif, l’expertise des cadres ne peut se renouveler lorsque l’urgence devient la norme quotidienne.
Le ministère peut-il tenir la promesse du développement professionnel ?
La baisse des résultats PISA, notamment en compréhension des écrits, est globale, et pas uniquement française. Les causes sont majoritairement les mêmes dans chaque pays. En revanche, les réponses dépendent de décisions nationales et de choix politiques.
En France, le manque d’une véritable formation continue des enseignants, et singulièrement des enseignants et enseignantes du second degré, est bien connu, attesté par des enquêtes et des comparaisons internationales. Or les budgets des EAFC diminuent encore et les tours de vis dans la formation continue se font sans concertation et, le plus souvent, sans visée stratégique. Tout cela démonétise la parole des IA-IPR et démoralise les enseignants et enseignantes. Comment faire face, en tant que cadre, à des injonctions contradictoires qui ne font au final que générer frustration et défiance vis-à-vis des cadres ?
L’élévation du niveau scolaire de l’ensemble des élèves reste un objectif partagé. Seulement, le seul pilotage par l’examen ne permettra pas d’enrayer ce phénomène. Une évaluation réelle des politiques publiques est donc nécessaire avant que de nouvelles réformes soient entamées en 2027.
D’autre part, la réforme de la formation initiale occasionne en cette rentrée une charge de travail considérable, les IA-IPR y jouent leur crédit auprès des personnels. Or la rémunération proposée aux tuteurs et tutrices connaît des disparités académiques fortes, frôlant parfois l’indignité. Là encore, le sous-financement d’une réforme abîme la parole des cadres et obère la réalité de sa mise en œuvre sur le terrain.
Sortir du populisme éducatif pour développer véritablement la maîtrise de la langue
Les polémiques stériles sur la qualité de l’orthographe exercent une pression inutile sur les cadres, et nuit au pilotage des examens. Une réponse, aisément « vendable » au grand public, centrée uniquement sur le déclin de la maîtrise de l’orthographe, de la syntaxe, et axée sur leur prise en compte dans une note d’examen, ne peut pas constituer une politique pédagogique, tant elle méconnaît les mécanismes à l’œuvre.
Des plans de formation concertés avec les corps d’inspection sur la compréhension des écrits et la production écrite dans les disciplines sont nécessaires. Les concevoir, les financer et leur donner l’ampleur et la temporalité nécessaires est essentiel pour avoir l’impact souhaité. Ici encore, le seul « barème » aux examens annoncé haut et fort dans les médias, n’améliorera pas la robustesse de l’évaluation ni la performance langagière des élèves.
Un cœur de métier en perte de sens
Ces dernières années, entre les nouveaux programmes, les plans divers et variés, les enquêtes permanentes, le suivi des évaluations nationales standardisées, la charge de travail a été démultipliée. Comment accompagner pleinement les équipes pédagogiques dans leur quotidien, répondre à leurs interrogations, évaluer les collègues ou les établissements sereinement dans un dialogue constructif pourtant tellement nécessaire pour faire progresser les élèves ? C’est l’autonomie laissée qui manque, ainsi qu’un temps long indispensable aux transformations des pratiques professionnelles.
D’ailleurs, 96 % des IA IPR souhaitent soit une gouvernance plus collaborative de notre système éducatif, soit une plus grande autonomie. Cela va bien sûr dans le sens de ce que préconise l’enquête PISA qui montre que les systèmes éducatifs qui réussissent le mieux sont ceux qui offrent la plus grande autonomie aux acteurs et actrices. Ce sera l’enjeu des prochaines élections professionnelles et présidentielles.
La CFDT veut repenser la gouvernance du système éducatif en y associant les cadres qui pilotent (IEN, IA-IPR, Personnels de direction). C’est d’ailleurs le projet qu’elle présente dans le cadre des élections professionnelles.