La Finlande est depuis de nombreuses années un des systèmes européens qui réussit le mieux si l’on regarde les résultats de l’étude PISA. Pourquoi cette réussite et surtout cette constance depuis 30 ans ? Interview de Jenni Arnkil, responsable du syndicat finlandais OAJ.
La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques a interrogé Jenni Arnkil, responsable de l’organisation au sein du syndicat de l’éducation nationale de Finlande OAJ. Elle y est chargée du recrutement et de la mobilisation des membres, et des activités de formation. Un modèle que la France pourrait suivre avec une véritable volonté politique.
Peux-tu nous présenter ton organisation syndicale ? 
Le Syndicat de l’éducation de Finlande (OAJ) est une organisation professionnelle qui représente les enseignants et les chercheurs de tous les niveaux d’enseignement, de la petite enfance à l’enseignement supérieur. Notre mission est d’améliorer les conditions de travail et les salaires des enseignants, ainsi que la qualité de l’éducation en Finlande. L’OAJ est le seul syndicat du secteur de l’éducation en Finlande qui représente les enseignants de tous les niveaux.
Pouvez-vous expliquer brièvement le déroulement du parcours scolaire d’un élève, de son entrée à la fin de l’enseignement obligatoire ?
En Finlande, l’enseignement obligatoire débute à l’âge de 6 ans par l’éducation préscolaire et se poursuit jusqu’à la fin du primaire (7 ans à 16 ans). Ensuite, les élèves accèdent à l’enseignement secondaire supérieur, soit en lycée général, soit en formation professionnelle. Ils continuent leurs études jusqu’à 18 ans ou l’obtention d’un diplôme.
À votre avis, pourquoi la Finlande obtient-elle de si bons résultats à l’enquête PISA de l’OCDE ?
Parmi les facteurs clés figurent des enseignants hautement qualifiés et autonomes, un système éducatif équitable et une grande confiance dans les écoles et les éducateurs. Un soutien précoce aux élèves en difficulté et la gratuité de l’enseignement pour tous sont également essentiels. Malheureusement, les coupes budgétaires dans l’éducation depuis les années 2010 se font déjà sentir dans le système finlandais et dans les résultats du PISA. Garantir un financement adéquat est donc crucial pour que le système éducatif finlandais puisse continuer à être à la hauteur de sa réputation.
Pouvez-vous décrire la réalité d’un élève en Finlande ? Que fait-il au cours d’une journée ou d’une semaine ?
La journée d’un élève est composée de cours alliant enseignement, discussions, travaux de groupe et apprentissage autonome. Elle comprend également des récréations, un repas gratuit à la cantine et parfois un soutien supplémentaire ou des activités extrascolaires. La semaine scolaire (5 jours) est relativement équilibrée et les journées d’école sont relativement courtes comparées à celles de nombreux autres pays. La relation entre élèves et enseignants est plus démocratique que dans beaucoup d’autres systèmes et l’apprentissage se fait souvent par le dialogue et la réflexion.
Les établissements scolaires ont-ils une grande autonomie pour adapter l’enseignement aux profils des élèves ?
En principe, oui. Le tronc commun national fournit le cadre, mais les écoles et les enseignants peuvent adapter leur enseignement localement et en fonction des besoins individuels des élèves. Cette autonomie pédagogique est une caractéristique essentielle du système finlandais.
Cependant, le financement de l’éducation est actuellement insuffisant et, dans les faits, le soutien aux élèves aux besoins d’apprentissage diversifiés n’est pas mis en œuvre aussi efficacement qu’il le devrait, faute de ressources. Un soutien pédagogique adéquat permettrait à tous les enfants et les jeunes de participer, d’apprendre et de progresser dans leurs études, mais cet objectif n’est pas pleinement atteint à l’heure actuelle.
Quelles seront les conséquences pour la pratique pédagogique et l’attractivité de la profession ?
L’autonomie accroît la satisfaction au travail et la reconnaissance professionnelle, mais elle implique également une plus grande responsabilité. Ces dernières années, la charge de travail a augmenté, ce qui a réduit l’attrait de la profession. Un facteur clé est le nombre croissant d’étudiants nécessitant un soutien, alors que les ressources n’ont pas suivi la même tendance.
En tant que syndicat d’enseignants, quelles sont vos revendications pour améliorer la profession enseignante ?
L’OAJ souligne la nécessité de ressources suffisantes dans l’éducation, de classes moins chargées, d’un soutien pédagogique renforcé et d’une amélioration des salaires et des conditions de travail des enseignants. Investir dans le leadership et le bien-être des enseignants est également essentiel pour préserver l’attractivité de la profession.