Nous revenons sur la lettre de rentrée signée de notre ministre et nous intéressons aux parties activité physique et culture. Les confusions et paradoxes avec ce qui se vit sur le terrain sont nombreux.
L’activité physique et sportive et l’EPS
A la 61ème page de cette longue lettre de rentrée, la question de l’activité physique et sportive apparaît.
Loin d’apporter des préconisations susceptibles d’aider l’EPS à se renforcer, l’essentiel du propos est résumé ainsi :
«Faire du sport une habitude de vie pour chaque enfant est un enjeu éducatif, de cohésion nationale et de santé publique dans un contexte où la sédentarité progresse chez les jeunes.
C’est pourquoi le Gouvernement fait de l’école le premier lieu d’accès à une pratique physique régulière, afin de former des citoyens en meilleure santé, plus confiants et plus engagés. Parce que le sport contribue à la réussite scolaire autant qu’au bien-être des élèves, investir dans l’activité physique à l’école, c’est investir dans l’avenir de la jeunesse et de la Nation. Développer la pratique sportive, c’est aussi offrir aux jeunes une alternative aux écrans.
• Les 30 minutes d’activité physique quotidienne (APQ) à l’école primaire contribuent à ancrer la pratique d’une activité physique dans les habitudes de vie des enfants.
• Le savoir-nager et le savoir rouler à vélo constituent deux savoirs fondamentaux sportifs que les enfants doivent maîtriser avant l’adolescence.
• Le label Génération 2030 et les dispositifs portés avec le ministère chargé des sports, le mouvement sportif et parasportif, ainsi que les collectivités territoriales, consolident les liens entre l’École et le monde sportif afin de développer durablement la pratique de l’activité physique chez tous les enfants ».
Nous retrouvons :
- les confusions « sport fédéral, activités physiques périscolaires et EPS que nous avons déjà pointées ;
- le lien posé comme « évident » entre enjeux sociétaux et pratiques physiques ;
- l’accumulation des dispositifs proposés à l’école et au collège en plus de l’EPS.
L’EPS connaît, dans le premier degré principalement mais aussi dans le second degré, des difficultés dans sa mise en œuvre du fait des installations, de l’encadrement pour certaines pratiques etc. La discipline n’est soutenue ici que par le rappel des futurs programmes. Ces derniers apportent des éléments importants, mais ne permettront pas l’accès aux piscines pour toutes et tous les écoliers et collégiens, ne garantiront pas la co-intervention pour les APPN (activités physiques de pleine nature), la pratique plus longue pour les lycéennes et lycéens, le soutien financiers des AS etc.
Si nous prenons actes de tous ces dispositifs et initiatives, nous regrettons de ne pas aller plus loin pour soutenir ce qui se passe au sein des cours d’EPS et ensuite l’articuler au mieux avec d’autres dispositifs.
Culture et pratiques artistiques
Les pratiques artistiques sont envisagées dans la partie précédente intitulée « Développer les alternatives aux écrans : renforcer l’accès à la culture ».
Le titre est encore une fois évocateur… la culture comme une alternative aux écrans.
Et l’essentiel est résumé ainsi :
« Dans un contexte marqué par l’omniprésence des écrans, l’isolement qu’ils peuvent favoriser et la persistance des inégalités d’accès à la culture, l’École doit offrir à tous les élèves des expériences qui rassemblent, ouvrent aux autres et donnent accès à une culture commune. L’éducation artistique et culturelle y contribue pleinement : elle réduit les inégalités, crée des espaces de sociabilité et fait vivre un patrimoine commun qui unit notre jeunesse.
• La limitation de l’usage des écrans à l’école s’accompagne du développement d’alternatives concrètes qui favorisent les échanges, la pratique collective, la créativité et l’ouverture au monde.
• L’éducation artistique et culturelle permet à chaque élève, quelle que soit son origine sociale ou territoriale, de rencontrer des œuvres, des artistes et des lieux de culture et de construire une culture générale commune.
• La lecture, pratique d’émancipation, d’imagination et de concentration, est renforcée comme une alternative essentielle aux usages numériques et un levier majeur de réussite scolaire ».
Nous relevons que :
- La culture et les arts, comme les pratiques physiques sont envisagés au service d’enjeux qui les dépassent et ne vont pas de soi. C’est bien par les pratiques éducatives, et à la croisée de bien des paramètres que l’on pourra travailler sur les inégalités, les espaces de sociabilité, comme a pu le montrer G. Diestch pour les pratiques physiques.
- Les notions d’imagination et de créativité sont très peu présentes dans les enjeux pour la jeunesse. L’art-plastique et l’éducation musicale n’apparaissent d’ailleurs pas dans la richesse des apprentissages scolaires qu’elles offrent.
Nous avons également pointé cette sous-représentation des notions d’imaginaire et de créativité dans les projets de programmes EPS. Attention à ne pas dériver vers une culture entendue comme une accumulation de connaissances et reproduction de formes et de procédés.
Enfin, promouvoir ainsi « l’EAC, Adage et le Pass culture comme des leviers essentiels… » alors même que les financements permettant de faire vivre les projets sont coupés à la hache dans les établissements nous semble pour le moins déplacé…
La CFDT portera avant tout son attention aux décisions réelles et aux actes plutôt qu’aux lettres et intentions. Cependant il nous paraissait intéressant d’être conscients des orientations qui sont énoncées et des paradoxes qu’elles soulèvent.