Lors de la rencontre des personnels de direction avec M.Édouard Geffray, ministre de l’Éducation Nationale, la CFDT Éducation a présenté ses vœux à la profession et ce qu'elle porte pour ce métier devenu très difficile.
Quand la marge interroge le centre
Monsieur le ministre, en ce début d’année nous tenons à vous souhaiter à vous et à vos équipes une excellente année 2026. Une année qui sera, nous l’espérons pour nos professions, faite de stabilité et d’un peu de continuité, nous y reviendrons.
Nous tenons également à adresser nos vœux à l’ensemble des personnels de direction du pays et au-delà de l’hexagone avec une pensée spéciale pour Mayotte qui un an après la catastrophe n’a pas pu panser toutes ses plaies.
Nous souhaitons à chaque adjoint·e, chaque chef·fe de trouver un équilibre entre la vie personnelle et la vie professionnelle. Nous espérons qu’elles et ils trouvent au quotidien le sens d’un métier passionnant et enthousiasmant mais devenu plus complexe.
Notre prise de parole, assez courte, partira d’exemples de terrain, autrefois à la marge et qui deviennent aujourd’hui le centre de notre activité professionnelle, que l’on soit chef·fe ou adjoint·e et où hélas la mixité sociale comme scolaire n’est toujours pas au rendez-vous et fait cruellement défaut en terme de politique publique.
Aucun misérabilisme dans nos propos mais des morceaux de réel pour de ce constat bâtir des propositions parce que c’est l’ADN de la CFDT Éducation.
Nous revenons reposés des congés de fin d’année mais nous n’avons pas oublié toutes les situations qui nous sont remontées de l’ensemble des territoires.
Cette professeure de lettres chevronnée en classe de première, exemplaire qui a déserté sa classe, abandonné ses élèves et écrit au proviseur pour dire que la tâche est trop dure et qu’elle ne sait pas si elle pourra revenir en janvier.
Ces élèves, mineurs isolés, sans solution d’hébergement qui pourtant s’accrochent à leur scolarité et pour lesquels les équipes de direction des EPLE ne trouvent pas d’aide sociale à la hauteur.
Ces collègues personnels de direction, frappés par l’incompréhension ou la colère à la réception de leur compte rendu d’évaluation professionnelle (quand il arrive à temps) et l’attribution du CIA. La CFDT Éducation, à ce sujet, demande une réflexion d’ampleur sur l’évaluation. Nous sommes sollicités pour des contestations de plus en plus nombreuses et nous soutenons nos collègues dans cette démarche.
Pour autant nous n’oublions pas toutes les réussites des grands comme des petits projets portés par nos collègues. Nous ne les célébrons pas assez. A l’aube de la nouvelle année, nous vous souhaitons de ne pas être à la tête d’un ministère de la parole tant les caisses seraient vides et les arbitrages budgétaires défavorables.
Nous savons votre volonté de faire évoluer les choses et cela se traduit par les chantiers d’importance mis en place par la direction de l’encadrement. L’allègement de la charge de travail, l’attractivité et la réécriture du référentiel de compétences.
Pour cela il faudra aussi des moyens financiers bien sûr.
La profession attend une augmentation du taux de promotion à la hors classe avec une attention particulière pour nos collègues adjoint·es.
Mais il faudra aussi une volonté politique.
Depuis 8 ans nous avons connu l’empilement des réformes et non l’allègement de la charge de travail. C’est la raison pour laquelle nous rappelons à nos collègues que le temps de travail hebdomadaire ne peut et ne doit pas dépasser les 48 heures. C’est le droit du travail et il doit s’appliquer. Nous avons trop de collègues en situation d’épuisement professionnel.
En 8 ans l’École est passée d’un domaine réservé du chef de l’État à un objet de second rang tant les priorités anciennes sont abandonnées et ne sont plus financées (CNR : conseil national de la refondation, NEFLE : notre école faisons la ensemble, Pacte, Pass culture, etc..). Nous avons besoin de vous entendre sur les suites que vous entendrez donner à ces dispositifs qui détermineront les conditions de rentrée.
Quid également de cette annonce sur l’interdiction du portable au lycée. Pourquoi un sujet aussi sérieux est-il traité sans les principaux intéressés, à savoir les équipes de direction ? Quelle considération faite à la jeunesse lycéenne que de lui dire : « c’est interdit » ! Au lieu de l’associer à une éducation véritable qui propose, des organisations qui entourent, accompagnent et au besoin punissent
Les cadres qui vous écoutent aujourd’hui ont besoin d’assurance et d’engagement mais aussi et surtout d’une reconnaissance professionnelle qui fait souvent défaut.
Il faudra que la main qui signera le travail accompli avec les organisations syndicales sur le référentiel métier ne tremble pas, ne renonce pas.
A construire une hiérarchie fondée sur l’analyse partagée des réalités, sur un pilotage humain et réaliste qui donne de l’autonomie aux acteurs. Encadrer c’est accompagner, soutenir, d’abord les collègues des communautés éducatives dont nous nous occupons. En s’occupant bien des adultes, on s’occupera mieux des élèves.
Le système éducatif ne se relèvera pas d’une évaluation permanente qui a perdu tout son sens, sinon aujourd’hui celui d’un contrôle de conformité.
« Autonomie et responsabilité constituent un enjeu central pour repenser l’action publique éducative » Ce sont les auditeurs de l’IH2EF qui le disent dans le rapport Oser Agir qui est une piste sérieuse de réflexion pour cette année et celles qui viennent.
Nous avons entendu avec intérêt monsieur le ministre votre propos sur l’autonomie, revendication de longue date de la CFDT. Aussi, nous serons attentifs à votre réponse sur ce que vous entendez par autonomie et sa réalisation concrète.
Nous vous avons demandé un comité de suivi de la réforme de la voie professionnelle et vous nous avez entendu. C’est avec cette méthode que nous pouvons progresser. Celle d’un dialogue soutenu et constructif avec les organisations syndicales.
Nous invitons donc nos collègues à rejoindre les rangs de notre organisation syndicale pour peser dans les débats et les décisions de cette nouvelle année.
Pour finir, je nous souhaite de continuer de faire ce que l’on sait faire ensemble : transformer nos indignations en énergie utile, tenir nos objectifs, rester lucides sans pour autant nous résigner. Que cette année soit faite de petites ou grandes victoires, de fiertés tranquilles, de projets qui avancent et d’espoirs qui tiennent.