Rencontre avec Mme Sabrina Roubache, ministre déléguée chargée de l’Enseignement et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage auprès du ministre du Travail et des Solidarités et du ministre de l’Éducation nationale.
Lors de cette rencontre des acteurs de la voie professionnelle, que nous aurions souhaité plus tôt dans l’année scolaire, la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques a tenu à redire à Mme la ministre déléguée ce que nous avons porté en amont du comité de suivi de la réforme de la voie professionnelle et dans les différents GT à thème qui ont suivi.
La CFDT a réaffirmé son attachement à une voie professionnelle ambitieuse, porteuse de réussite, d’émancipation et d’insertion pour tous les élèves. Cette ambition suppose de poursuivre les travaux engagés notamment au sein du comité de suivi de la réforme de la voie professionnelle. Il faut cependant rester attentifs aux réalités de terrain et aux besoins des personnels comme des élèves.
Réaffirmer la spécificité de l’enseignement en voie professionnelle
Nous avons rappelé l’importance fondamentale de la pédagogie de l’alternance qui constitue l’une des spécificités et l’une des richesses de la voie professionnelle. Les enseignements dispensés dans les établissements et les périodes de formation en milieu professionnel ne doivent pas être envisagés comme des temps distincts. Il s’agit bien de temps complémentaires d’un même parcours de formation. Les PFMP sont pleinement des périodes de formation qui contribuent à l’acquisition, à l’évaluation et à la certification des compétences. Elles nécessitent à ce titre une préparation, un accompagnement et un suivi de qualité.
Sécuriser les parcours
Nous avons insisté sur l’attention particulière qui devait être portée à la prévention des risques liés à la sécurité mais également des risques liés aux VSS. De ce point de vue, ce qui a été produit par la DGESCO pour les élèves de la voie générale devrait pouvoir être produit et adapté au cadre spécifique des PFMP.
Cette exigence s’inscrit dans une priorité plus large : l’accompagnement et la sécurisation des parcours des élèves tout au long de leur scolarité, du CAP au baccalauréat professionnel. Nous considérons que chaque élève doit pouvoir construire un parcours lisible, progressif et sécurisé. Dans cette perspective, la création de baccalauréats professionnels en miroir des CAP apparaît comme une nécessité afin d’offrir de véritables perspectives de poursuite d’études et d’élévation des qualifications.
Ne pas oublier les CAP
Nous souhaitons rappeler également l’importance du CAP comme diplôme d’insertion et d’émancipation et qui est le grand oublié des dernières réformes.
>La possibilité de préparer un CAP en un, deux ou trois ans constitue un levier essentiel d’adaptation aux besoins des élèves. Cette souplesse est un véritable outil d’inclusion qui permet de mieux prendre en compte l’hétérogénéité des parcours, les difficultés scolaires, les situations de handicap ou encore les besoins de remédiation.
Nous demandons que cette diversité des parcours soit préservée et développée partout où elle répond aux besoins des jeunes.
Soutenir les EREA
Nous avons attirer l’attention de la ministre sur la situation des élèves à besoins éducatifs particuliers, particulièrement nombreux dans la voie professionnelle, notamment en CAP et dans les EREA. Malgré les besoins identifiés, les moyens d’accompagnement demeurent insuffisants. Cette situation place les équipes pédagogiques en difficulté et ne permet pas toujours aux élèves concernés de bénéficier des conditions nécessaires à leur réussite. Une réflexion approfondie sur les moyens humains et les dispositifs d’accompagnement doit être engagée.
Ne pas faire fi du dialogue social dans la modification de la carte des formations
La question de la carte des formations constitue également un enjeu majeur pour l’avenir de la voie professionnelle. Pour la CFDT, son élaboration ne peut se résumer à une approche strictement économique ou à des ajustements administratifs. Elle doit faire l’objet d’un dialogue social réel à chaque niveau de décision et associer pleinement les organisations syndicales. Les évolutions de l’offre de formation ont des conséquences directes sur les élèves, les territoires mais aussi sur les personnels des établissements concernés.
Ces impacts doivent être anticipés, étudiés et pris en compte dans toute décision d’ouverture, de transformation ou de fermeture de formations.
Reconnaitre et renforcer le rôle de nos collègues RBDE
À la CFDT, nous souhaitons également souligner le rôle essentiel des responsables du bureau des entreprises. Leur action contribue à renforcer les relations entre les établissements et les partenaires professionnels, à diversifier les possibilités d’accueil des élèves en PFMP et à améliorer la qualité de ces périodes de formation. Les retours des équipes montrent l’apport précieux de ces personnels dans le développement des partenariats et dans l’accompagnement des élèves. Cependant nous réaffirmons également la nécessité de disposer d’un cadre de gestion clair et stabilisé permettant de garantir la reconnaissance de leurs missions, leur articulation avec les autres acteurs de l’établissement et le respect du périmètre de leurs fonctions.
Nous estimons indispensable de poursuivre les efforts engagés pour améliorer l’accueil des élèves en PFMP ainsi que leur suivi tout au long de ces périodes. La qualité des expériences vécues en entreprise constitue un enjeu majeur de réussite, d’acquisition de compétences et de construction du projet professionnel.
Avoir une ambition réaliste pour l’apprentissage
Nous souhaitons également attirer l’attention sur le développement de l’apprentissage dans les lycées professionnels et sur la multiplication des groupes mixtes associant élèves sous statut scolaire et apprentis. Si cette coexistence peut constituer une richesse, elle ne saurait masquer les difficultés pédagogiques qu’elle génère.
>Les rythmes de présence différents entre apprentis et élèves scolaires imposent des adaptations importantes dans l’organisation des enseignements, le suivi des apprentissages et l’évaluation. Or les équipes sont trop souvent laissées seules face à ces contraintes, sans moyens dédiés, sans temps de concertation supplémentaire et sans accompagnement spécifique. La réussite des publics mixtes ne peut reposer uniquement sur l’engagement des personnels ; elle nécessite des moyens adaptés et une réflexion pédagogique structurée.
Égalité des voies d’enseignement
Enfin, nous sommes revenu sur le calendrier des examens de la voie professionnelle. Malgré les alertes formulées par la CFDT à plusieurs reprises, aucune adaptation n’a été prévue. Ceci, alors que les conditions climatiques exceptionnelles ont conduit à aménager l’organisation d’autres examens, avec notamment un déplacement des épreuves sur les créneaux matinaux. Cette différence de traitement interroge et donne le sentiment que les élèves de la voie professionnelle ne bénéficient pas de la même attention. Nous demandons que cette situation fasse l’objet d’un retour d’expérience et que des mesures d’anticipation soient prévues pour les prochaines sessions.
La voie professionnelle accueille une grande diversité de publics et constitue un levier essentiel de qualification et d’insertion. Elle mérite des moyens à la hauteur de ses ambitions, une attention constante portée aux élèves les plus fragiles, un dialogue social respectueux des personnels et une reconnaissance pleine et entière de l’engagement de toutes celles et tous ceux qui la font vivre au quotidien.
Que devons-nous retenir de cette réunion des acteurs de la voie professionnelle ?
Peu de nouvelles annonces ont été faites lors de cette réunion du 16 juin 2026.
La CFDT reçoit positivement la réflexion engagée pour permettre la certification des formations complémentaires post-bac. Cela permettrait l’accès aux bourses étudiantes et au statut d’étudiant. C’est une revendication de longue date de la CFDT que nous portons à chaque fois que le sujet des certificats de spécialisation est abordé.
Par contre, l’idée évoquée d’un nouveau Conseil National de la Refondation centré sur la voie professionnelle nous interroge. Quel sens peuvent avoir de nouveaux groupes de travail alors que 200 propositions pour la voie pro issues de nombreux groupes de travail réunis en 2023 existent.