La CFDT Education Formation Recherche Publiques s'exprime pour la possibilité d'interdire les portables au lycée, mais contre le passage par un projet de loi sans concertation avec la communauté éducative.
Le Conseil Supérieur de l’Éducation a été convoqué en urgence pour donner son avis sur un projet de loi qui interdirait, dans son article 2, les téléphones portables au lycée dans la suite de l’interdiction au collège.
La CFDT demande l’installation d’une commission spécialisé du CSE sur les usages du numérique à l’école, afin de produire un consensus de la communauté éducative sur le sujet.
Un besoin de régulation partagée des téléphones au lycée
Pour la CFDT, la régulation de l’usage des téléphones est un besoin exprimé par les personnels et les élèves. Un usage non régulé dans les établissements, peut poser de nombreuses difficultés pour la gestion des cours, pour assurer la sécurité des élèves, pour le maintien d’un climat scolaire favorable aux apprentissages. Le panel jeunes de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant avait demandé cette régulation.
Pour autant, ce projet de loi injonctif est la plus mauvaise façon de traiter cette réalité.
Pour la CFDT, ce sont les équipes pédagogiques qui doivent traiter la problématique du téléphone à l’école, y compris en passant par l’interdiction, mais en prenant en compte la réalité. Le rôle du ministère doit être de les accompagner dans cette mise en œuvre, pas de poser des injonctions contradictoires.
Un projet de loi pour alimenter la communication présidentielle
Ce texte arrive tout droit de l’Élysée. Nous dénonçons cette façon d’instrumentaliser des sujets éducatifs à des fins politiques. D’autant plus que la précipitation a empêché tout dialogue social en amont de la consultation de la communauté éducative.
Le calendrier parlementaire n’est pas connu à ce jour. Nous n’avons aucune certitude sur le contenu du texte final ou une date de mise en application.
Ce projet de loi ne répond à aucune des nombreuses questions de mise en œuvre.
L’interdiction, déjà une réalité
Le Ministre avait promis de laisser la main aux établissements. Il devait fournir les outils réglementaires nécessaires à muscler leur règlement intérieur. Interdire l’utilisation des téléphones portables par défaut montre l’incapacité de l’État à faire appliquer des régulations qui existent déjà. Ainsi, le code de l’éducation précise dans son article L 511-5 : « Dans les lycées, le règlement intérieur peut interdire l’utilisation par un élève des appareils mentionnés au premier alinéa dans tout ou partie de l’enceinte de l’établissement ainsi que pendant les activités se déroulant à l’extérieur de celle-ci. »
L’interdiction généralisée dans tous les établissements, supprime toute gradation d’encadrement des usages dans les établissements de la maternelle au bac. Pourtant, d’autres textes cadrant les usages numériques à l’école (le cadre d’usage de l’IA ou la stratégie du numérique en éducation) font une distinction entre collégien et lycéen.
Une mise en œuvre à construire avec l’ensemble de la communauté éducative
L’interdiction imposée par ce projet de loi, ne résoudra en rien les problèmes réels à la faire respecter dans les lycées ayant choisi cette option. Le ministère et les collectivités doivent donner les moyens nécessaires. L’établissement doit construire un projet partagé qui embarque les personnels, les élèves et leurs parents. Imposée ainsi, la mesure infantilise les élèves — pour une part des adultes — et ne les responsabilisent en rien. Elle oublie les enjeux de prévention et une éducation nécessaire aux écrans (et plus largement aux outils numériques et à leurs usages).
On digitalise de plus en plus d’usages : carnet de note, cahier de texte, applications pédagogiques, enregistrement à la cantine, Parcoursup… pour lesquels, le système scolaire se satisfait très bien de passer par l’usage des outils personnels des élèves, faute de possibilité de les équiper. Dès lors, mesure-t-on l’ensemble des problèmes que la mise en œuvre de cette interdiction va créer ? Mesure-t-on la liste à rallonge des usages autorisés qu’il faudra inscrire dans le règlement intérieur des établissements ? Finalement, ce texte sera-t-il réellement applicable ?