La DEPP vient de publier voici quelques jours sa note d’information annuelle sur la rémunération des enseignant.es. Elle rencontre un certain écho politico-médiatique, au moment-même où se construit le budget de l’Etat pour 2027.
La CFDT alerte sur certaines interprétations qui peuvent en être faites de cette note de la DEPP et sur le « prof bashing » qui pourrait en résulter. La rémunération des enseignants et des enseignantes doit être revalorisée. C’est une nécessité absolue.
Ce qui dit la note… Et ce qu’elle ne dit pas
La division statistique du ministère de l’Education Nationale produit usuellement et avant chaque rentrée scolaire une note sur « l’évolution du salaire des enseignants fonctionnaires ou assimilés ». Elle s’appuie sur les statistiques ministérielles de l’année N -2, et fournit des éléments d’analyse de ces données.
En 2024 et d’après cette note, la rémunération moyenne mensuelle nette avant imposition des enseignant.es s’élevait à 3090 euros, en incluant la totalité des primes, indemnités et missions ou heures supplémentaires rémunérées. Précision utile : les personnels contractuels, plus de 8% des enseignant.es désormais, bien davantage dans certaines académies, et les enseignant.es à Mayotte ne sont pas inclus dans l’étude. La note elle-même documente comment cette moyenne recouvre de fortes disparités entre catégories, mais aussi entre individus. C’est évidemment enfoncer une porte ouverte, car ce qui est problématique c’est le traitement médiatique de cette note, qui laisse entendre au grand public que les enseignants et les enseignantes ont une rémunération qui s’élève à 3090 euros. La référence à la moyenne reste confuse…
Or ce n’est pas la réalité pour bon nombre des enseignantes et enseignants travaillant dans les écoles et dans les collèges et lycées. En effet, c’est entre 22 et 25 ans de carrière, et davantage pour les professeur·es des écoles, avant d’obtenir une telle rémunération ! Et c’est pour certains enseignants des collèges et lycées, le plus souvent des hommes, en assurant des heures ou des missions supplémentaires en plus de la mission d’enseignement principale. Pour la CFDT, la qualité du service public d’éducation et des conditions de travail s’en trouve dégradée.
La note met aussi en avant une hausse du salaire net moyen de 5,2 % en euros constants pour les enseignant·es entre 2023 et 2024. C’est effectivement davantage qu’entre 2023 et 2022 (1.6%), et même si des différences méthodologiques d’une année à l’autre doivent inciter à la prudence, ces chiffres ne sont pas sujets à caution. Entre l’augmentation du point d’indice de la fonction publique (+1,5% au 1er juillet 2023), la revalorisation des ISAE et ISOE, la prime d’attractivité versée à certain·es agent·es ou le relèvement du taux de passage à la hors-classe, 2024 fut une année un peu plus faste. La CFDT, qui a revendiqué et ferraillé pour cela, ne dira pas que ce n’est rien. Mais avant ? Et depuis ?
La CFDT Education Formation Recherche publiques revendique une revalorisation salariale conséquente pour compenser la perte de 25% du pouvoir d’achat des enseignants depuis plusieurs décennies. Cela, la note ne le dit pas !
Les enseignant·es français·es des écoles et des collèges et lycées sont bien moins rémunér·ées que leurs homologues europée·nes et cela, la note de la DEPP ne le dit pas non plus !
Les enseignantes et enseignants français ont obtenu une revalorisation indemnitaire en 2023 et depuis plus rien, comme un solde de tout compte ! De même, il n’y a pas eu, depuis, de nouvelle revalorisation du point d’indice.
Pour la CFDT qui avait revendiqué et obtenu cette revalorisation de l’ISAE et l’ISOE, elle devait être une première étape dans une programmation pluriannuelle de revalorisation. Il n’en a rien été !
Ajoutons encore que les enseignant·es ont un niveau de primes bien inférieur à celui de l’ensemble des agent·es de catégorie A, tous ministères confondus.
Mieux rémunérer le travail réel : une nécessité pour la CFDT
Fort heureusement, nombre d’analyses dans les journaux ou sur les réseaux restituent le sujet dans sa complexité et sur un temps plus long. Les rémunérations des enseignants, plus encore des enseignantes compte-tenu des écarts genrés, sont un enjeu majeur au-delà d’éditoriaux ou de sorties électoralistes à courte vue.
Mieux connaître et faire connaître nos revendications pour des rémunérations plus justes, c’est précisément le thème d’une semaine d’action de la visibilité de notre organisation d’ici fin septembre.
La CFDT continue de revendiquer une revalorisation indispensable pour compenser la perte progressive de pouvoir d’achat et retrouver le niveau de vie attendu, en particulier pour les longs milieux de carrière, mais aussi reconnaître le travail et l’engagement précieux des enseignantes et enseignants pour l’avenir de notre jeunesse et de notre pays. Ce n’est pas la seule condition pour rendre le métier enseignant de nouveau attractif, mais c’est une condition indispensable.
Pour être mieux rémunéré·es, les enseignant·es ne doivent pas en être réduit·es à accomplir des tâches supplémentaires – avec le fameux « travailler plus pour gagner plus » régulièrement remis au goût du jour ! – ou à attendre de vieillir – car oui, une bonne partie de l’augmentation de la masse totale des salaires est liée à la pyramide des âges et au fameux « glissement vieillesse technicité » (GVT).
La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques avec la CFDT Fonction Publique appelle à la mobilisation des enseignantes et enseignants le 29 septembre pour réclamer cette revalorisation salariale juste et nécessaire.