Le Conseil national de l'intelligence artificielle et du numérique prépare un rapport. La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques a profité de cette audition pour porter les interrogations, les inquiétudes et les besoins des personnels des écoles, collèges et lycées.
Un impact visible sur tous nos lieux de travail
Première organisation de salariés, public et privé confondus, la CFDT a bien entendu pris la mesure des changements profonds que génère le développement de l’intelligence artificielle générative (IAG) dans toutes les sphères d’activité professionnelles, mais aussi dans la sphère privée.
Nous mesurons donc les enjeux que représente l’IAG à la fois dans sa mobilisation autonome par les salariés, par ses effets sur la transformation de l’emploi et du travail. Cela a bien entendu des conséquences à la fois sur le travail de nos collègues, quelles que soient leurs missions en école, collège, lycée, dans les CIO, les rectorats ou au ministère. Nous souhaitons qu’un dialogue social puisse se développer dans la fonction publique d’État comme sur les 2 autres versants.
L’irruption des IAG dans le quotidien a un impact spécifique sur nos missions d’enseignement. Il questionne les processus d’apprentissage et donc les missions de l’école.
Une grande hétérogénéité de situations
Nous soulignons aussi dès à présent l’hétérogénéité des situations des personnels. Certains subissent, parce qu’ils ne maitrisent pas le sujet et qu’ils voient bien que leurs élèves ont largement en usent pour la plupart. Certains choisissent l’objection de conscience et refusent l’IAG. Certain⋅es sont isolé⋅es dans leurs pratiques, d’autres à l’inverse utilisent l’IAG de manière experte. Certains y ont travaillé collectivement et l’appréhendent de manière assez sereine. Enfin, beaucoup y ont trouvé des usages intéressants aux côtés des usages qui impactent l’évaluation et peuvent inquiéter.
L’objectif premier serait de permettre à tous nos collègues d’appréhender les IAG et leurs usages, de leur permettre de s’en saisir collectivement en participant à l’appropriation et à l’évolution de leur cadre d’usage.
Enjeux écologiques et protection des données
Le premier enjeu est la triple crise écologique et les enjeux d’atténuation et d’adaptation. Ils exigent que nous questionnions systématiquement comment nos décisions permettent d’économiser les ressources, de réduire notre empreinte écologique, de sauvegarder le vivant. 7 des 9 limites planétaires ont été dépassées. Comment pouvons-nous atteindre l’objectif de diviser par 10 l’empreinte écologique du numérique, doit être une question essentielle.
Non pas ralentir la progression de notre empreinte mais la diviser par 10.
Le second enjeu, c’est celui des données, de leur protection, et de notre souveraineté. Là encore, c’est un enjeu structurant parce que cela conditionne le monde que nous construisons à nos élèves, le respect des valeurs que nous défendons, mais également les outils que nous pouvons mobiliser.
Des inégalités d’usage préoccupantes
Les risques d’inégalités et de discrimination que porte la généralisation de l’usage des IAG sont une préoccupation majeure. Deux causes à combattre : les biais que génèrent les contenus par les modèles de langage, les capacités socialement différenciées d’utilisation des IAG.
Ainsi, pour la CFDT, les parcours apprenants Pix qui viennent d’être rendus obligatoires sont intéressants, mais ne peuvent suffire. Les programmes disciplinaires, comme ceux de SNT par exemple, doivent être revus et une interrogation particulière doit concerner la formation des élèves de voie professionnelle.
L’école doit prendre toute sa place à la fois pour outiller face à ces biais et pour donner à nos enfants les moyens d’accéder à un usage pertinent des IAG.
La santé mentale concernée
Les usages des IAG se développent dès le plus jeune âge chez nos enfants. Les IAG ne sont pas cantonnées aux apprentissages. Elles viennent parfois répondre à un besoin psychologique, souvent une souffrance, des enfants.
Les indicateurs de la santé mentale des enfants et des adolescents montrent l’ampleur des enjeux que nous devons relever, dans un monde beaucoup plus marqué par les crises que celui que la plupart des professionnels que nous sommes avons connu à leur âge.
Construire une autonomie dans le collectif
Le cadre d’usage est un document intéressant. Il est souvent inconnu des personnels. Les équipes pédagogiques doivent se l’approprier. Des ressources existent. Le travail collectif doit permettre aux personnels, quelles que soient leurs missions, de développer une autonomie éclairée des usages sur leur lieu de travail. Pour les enseignant⋅es, cela doit permettre de se saisir des effets sur les processus d’apprentissage, l’évaluation… Pour tou⋅tes, la protection des données de nos collègues et des élèves est un enjeu fondamental.
Augmenter l’expertise et développer des outils souverains
Pour la CFDT, deux revendications concrètes sont prioritaires.
D’une part, il faut augmenter le niveau d’expertise à la fois des personnels et des élèves, quel que soit le moment de leur parcours scolaire, leur voie d’enseignement. Pour les personnels, cela passe par de la formation continue. Pour les enseignant·es, elle doit comporter davantage de dimensions disciplinaires.
D’autre part, il faut proposer aux personnels des outils libres, souverains, des petits modèles de langage, avec des données d’apprentissage de qualité et une limitation des risques pour les données personnelles. Les compétences existent déjà au sein de la forge des communs pédagogiques. Il ne manque plus que la volonté politique.