La Suède est au niveau des évaluations PISA sur un classement similaire à notre pays. Or, au début des années 2000, ce pays caracolait en tête des classements internationaux. Alors que s’est-il passé ? Quels choix politiques ont pu entraîner cette chute ?
Mais, au-delà de ce classement, en Suède, on peut aussi se demander quelles sont les conséquences pour les élèves, les jeunes, les personnels ? Robin Smith, vice-président du syndicat suédois STU a accepté de répondre à nos interrogations. Toute ressemblance avec des choix pour le système français n’est pas fortuite…
Qui êtes-vous (Robin) ? Pouvez-vous présenter votre syndicat et votre rôle ?
J’enseigne le suédois et l’anglais au lycée depuis 26 ans. Depuis 2024, je suis également vice-président du Syndicat suédois des enseignants (STU). Je continue d’enseigner, en donnant des cours d’anglais avancé à une classe d’étudiants en sciences naturelles tous les lundis et jeudis.
Notre syndicat (STU) est le plus important syndicat d’enseignants et le troisième plus important de Suède, avec plus de 300 000 membres dans tous les secteurs du système scolaire : écoles primaires, collèges et lycées, écoles maternelles, centres de loisirs, formation continue et universités. Notre mission principale est de préserver et d’améliorer les conditions de travail des enseignants par la négociation collective et le plaidoyer politique. Nous menons également des actions en matière de développement professionnel, d’éthique professionnelle, de recherche en éducation et de mise en relation professionnelle. Nous collaborons pour cela régulièrement avec d’autres syndicats et organisations pour atteindre nos objectifs.
Pouvez-vous expliquer brièvement comment se déroule la scolarité d’un élève, de son entrée au collège jusqu’à la fin du lycée en Suède ?
En Suède, la plupart des enfants fréquentent l’école maternelle jusqu’à l’âge de 6 ans, puis entrent en classe préparatoire (obligatoire depuis 2018) afin de se préparer aux neuf années de scolarité obligatoire. Cependant, à partir de 2028, la classe préparatoire sera intégrée à un système scolaire obligatoire de dix ans. Pour les élèves, cela ne représente pas un changement majeur. Après la scolarité obligatoire, les élèves sont admis au lycée en fonction de leur moyenne générale. Ils ont le choix entre différents cursus, allant des filières professionnelles aux filières préparatoires à l’enseignement supérieur dans des domaines plus ou moins spécifiques. Actuellement, un défi majeur se pose : environ 16 % des élèves n’obtiennent pas les notes requises à la fin de la scolarité obligatoire pour accéder au lycée.
L’examen final a été supprimé en Suède, comment un étudiant choisit-il son cursus universitaire ?
L’admission à l’enseignement supérieur se fonde sur la moyenne générale obtenue par l’élève au lycée ou dans le cadre de la formation continue. Il existe également un test d’aptitude scolaire suédois (SweSAT) permettant d’accéder à l’enseignement supérieur. Pour certaines filières, la réussite de cours spécifiques ou l’obtention d’un certain niveau dans des cours spécifiques du lycée ou de la formation continue sont requis.
Dans les années 1990, la Suède et la Finlande disposaient de systèmes éducatifs similaires et figuraient parmi les pays les plus performants au monde, notamment au classement PISA. Quels choix ont été faits en Suède qui ont initialement entraîné une baisse de ses résultats au PISA ?
Lorsque des initiatives politiques ont été entreprises pour municipaliser et privatiser le système scolaire suédois, une déréglementation de ce dernier a été mise en œuvre. Les municipalités et les organisateurs d’écoles privées ont alors été de plus en plus livrés à eux-mêmes pour gérer les ressources qui leur étaient allouées par le biais d’un système de chèques-éducation. Les écoles à but lucratif financées par des fonds publics ont été autorisées et le suivi et le contrôle de la qualité au niveau national étaient quasi inexistants.
Quelles sont les conséquences de la concurrence introduite au début des années 2000 sur les parcours scolaires des élèves ? Et sur la diversité sociale dans les écoles ?
Ces dernières décennies, la Suède est passée d’un système scolaire parmi les plus équitables et égalitaires au monde à un système confronté à la ségrégation et aux inégalités. Le milieu socio-économique des élèves est désormais le principal facteur prédictif de leur réussite scolaire. Cette évolution n’est pas entièrement imputable aux réformes éducatives, car les inégalités sociales et économiques se sont accrues dans la société suédoise en général ; toutefois, le système scolaire actuel semble exacerber ces inégalités croissantes plutôt que de les atténuer.
Quelles sont les conséquences pour l’exercice du métier d’enseignant et son attractivité ?
Depuis les années 1990, la Suède est confrontée à une pénurie d’enseignants et les notes requises pour accéder à la formation des enseignants à l’université ont considérablement baissé. De ce fait, de nombreux étudiants qui entament une formation d’enseignant ne parviennent pas à obtenir leur diplôme. Parallèlement, les bas salaires, conjugués à des conditions de travail pénibles et épuisantes, ont engendré des difficultés de fidélisation des enseignants et, par conséquent, un grand nombre d’enseignants certifiés ont choisi de se réorienter professionnellement.
Le gouvernement a-t-il pris des mesures pour améliorer la situation ? Si oui, lesquelles ? 
Certaines mesures ont été prises pour revaloriser les salaires des enseignants et il est actuellement question de limiter le nombre d’établissements privés à but lucratif et d’appliquer une réglementation nationale concernant le temps d’enseignement et le temps de préparation minimum garanti pour les enseignants.
En tant que syndicat d’enseignants, quelles sont vos revendications pour améliorer les résultats scolaires ?
Il est urgent d’instaurer une réglementation nationale du nombre d’heures d’enseignement par enseignant et d’imposer un temps de préparation minimal pour chaque heure de cours. À terme, il faudra mettre en place une réglementation nationale concernant la taille des classes et des groupes. Cela implique que l’État prenne en charge le financement équitable des écoles, une responsabilité qui incombe actuellement aux municipalités.
Et comment améliorer la profession ?
Nos revendications pour la profession enseignante se déclinent en quatre points :
- Réformer la politique éducative afin que l’État assume une plus grande responsabilité en matière de ressources et d’équité.
- Abolir les écoles à but lucratif, mettre fin au système de chèques scolaires et instaurer une réglementation visant à atténuer les conséquences néfastes de la marchandisation.
- Établir une réglementation protégeant la profession enseignante (temps d’enseignement, temps de préparation, taille des classes et des groupes).
- Concevoir et financer un programme national de développement professionnel continu (DPC), d’évolution de carrière et de garantie d’un salaire décent.