Retrouvez la déclaration liminaire de la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques au comité social d'administration du ministère de l’Éducation nationale (CSAMEN) du 14 avril 2026.
Déclaration liminaire lue au CSAMEN du 14 avril 2026
Libération de Cécile Kohler et Jacques Paris
Cécile Kohler et Jacques Paris ont enfin recouvré leur complète liberté et retrouvé leurs proches. La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques a accueilli avec un immense soulagement la nouvelle de leur libération et de leur retour en France après quatre années de détention en Iran dans des conditions au cours desquelles, pour reprendre leurs mots, ils ont «vécu l’horreur quotidienne et l’arbitraire permanent». Nous leur souhaitons de reprendre progressivement une vie aussi sereine que possible, de mener la vie qu’ils souhaitent. Nous espérons qu’ils recevront de la part de l’État tout l’accompagnement nécessaire. Nous saluons avec respect leur force et leur courage pour tenir dans l’épreuve.
Ces mots qui se veulent des mots de soutien à nos collègues nous semblaient indispensables avant d’en venir à des questions qui sont au cœur des préoccupations quotidiennes de nos collègues.
Nous ne serons pas exhaustifs et je vais me concentrer sur deux enjeux :
- le pouvoir d’achat des personnels ;
- les décisions ministérielles qui dégradent le sens du travail et les conditions de travail.
Pouvoir d’achat des personnels
Depuis un mois, la reprise des tensions au Proche-Orient a provoqué, au-delà du drame humain vécu par les populations civiles et fermement condamné par la CFDT, une hausse significative des prix des carburants. Cette nouvelle accélération de l’inflation intervient dans un contexte particulièrement dégradé pour les agents publics. Après plusieurs années de forte hausse des prix, sans mise en œuvre de la garantie individuelle du pouvoir d’achat (GIPA), sans revalorisation générale du point d’indice, et avec une diminution de 10 % de l’indemnisation des arrêts maladie, l’augmentation récente des carburants pèse lourdement sur leur pouvoir d’achat.
Faute d’une offre suffisante de transports collectifs, de nombreux agents de notre ministère sont contraints d’utiliser leur véhicule personnel pour se rendre sur leur lieu de travail. Travailler leur coûte de plus en plus cher, comme à beaucoup de travailleurs et travailleuses. Leurs employeurs doivent s’en préoccuper et en l’occurrence, notre ministère doit s’en préoccuper.
Pour la CFDT, il faut développer et faciliter le recours au télétravail pour les missions qui s’y prêtent dans le cadre de l’accord télétravail signé dans notre ministère.
Pour les agents ne pouvant pas télétravailler, et plus particulièrement encore celles et ceux qui ont des rémunérations basses, voire très basses, il faut des mesures spécifiques avant qu’ils et surtout elles ne constatent qu’il n’est pas économiquement soutenable de continuer à se rendre au travail.
Des personnels de notre ministère sont par ailleurs nombreuses et nombreux à devoir utiliser leur véhicule personnel dans le cadre de leurs missions de services publics. Là aussi, pour la CFDT, il faut prendre urgemment des mesures compensatoires adaptées : revalorisation des indemnités de sujétion liée aux missions de remplacement, des indemnités kilométriques, abondement des enveloppes de remboursement des frais de déplacement pour que nos collègues puissent travailler dans de bonnes conditions.
Ces mesures doivent s’accompagner de politiques publiques ambitieuses sur le chemin de la décarbonation, construites dans le cadre du dialogue social.
Au-delà, il est impératif qu’à l’échelle de l’ensemble de la fonction publique, mais aussi dans les différents ministères, des discussions sur les rémunérations et les carrières reprennent pour garantir des perspectives attractives et une reconnaissance à la hauteur des missions exercées.
Des décisions qui dégradent le sens du travail et les conditions de travail
Le ministre a annoncé, unilatéralement, la création d’un concours général des collèges. La CFDT a exprimé sa désapprobation de ce que nous n’osons nommer création, tant cela a le goût des recettes éculées. Cette décision ne répond à aucune demande sociale, à aucune demande des professionnels de l’éducation. Comment ne pas voir qu’ajouter une pression évaluatrice contredit les objectifs relatifs au climat scolaire, aux enjeux de santé mentale, sans faire progresser en rien les acquis des élèves, la réduction des inégalités ?
Nous attendons par ailleurs toujours des réponses à nos questions sur l’évaluation de l’impact de cette mesure sur la charge de travail de tous les personnels qui auront à la subir, dans différents métiers. Nous attendons aussi l’estimation des coûts complets générés par cette opération, autant d’enveloppes budgétaires qui seraient mieux employées sur d’autres objectifs.
Malgré les alertes des organisations syndicales en CSE, et notamment de la CFDT, le ministère s’entête à vouloir publier des programmes :
- comportant des injonctions et un niveau de précision portant atteinte à la professionnalité des enseignantes et enseignants,
- empêchant les adaptations pédagogiques à la diversité des besoins des élèves par leur lourdeur,
- écrits sans cohérence avec le socle.
Et, une fois encore, le ministère prend la « décision expresse » de déroger à une disposition du code de l’Éducation qui prévoit que les programmes n’entrent en vigueur que 12 mois au moins après leur publication.
L’amélioration des conditions de travail, l’attention au travail réel des collègues n’est donc pas la priorité ministérielle malgré nos nombreuses alertes, malgré tous les indicateurs, y compris dans les rapports ministériels et de la DGAFP sur l’épuisement professionnel et le niveau élevé des risques psychosociaux.
Il faut pourtant améliorer les rémunérations, les carrières et les conditions réelles d’exercice pour redonner confiance aux agents, redonner de l’attractivité aux métiers et renforcer le service public d’éducation.
Et pour finir une demande formelle : structurer l’information des organisations syndicales représentatives des agents des fuites de données, améliorer l’information due aux personnes dont les données ont ou peuvent avoir été volées dans le cadre de cyberattaques. La CFDT a transmis des propositions opérationnelles au cabinet du ministre et nous constatons que trop de personnels de l’EN et de l’ESR utilisant COMPAS n’ont toujours pas reçu d’information de la part de leur employeur.