Acteur important de l'éducation populaire, l'USEP permet à de nombreuses écoles, de nombreux enseignants de bénéficier de leur expertise, de matériels, de fiches pratiques pour l'EPS dans la classe. Mais cela va bien au delà. Interveiw de Véronique Moreira, sa présidente.
L’Union Sportive de l’Enseignement du Premier Degré (USEP) est un acteur important pour de nombreuses écoles sur le territoire. Prêts de matériels, rencontres sportives, initiation à de nouvelles pratiques, autant de possibilités offertes aux enseignants du premier degré en France en complémentarité de l’enseignement de l’EPS pour dynamiser leurs séances d’EPS, diversifier leurs pratiques pédagogiques et inciter les enfants à pratiquer plus d’activités physiques et sportives Véronique Moreira, sa présidente a accepté de répondre à nos questions.
Quel est ton parcours avant de devenir Présidente de l’USEP ?
Professeur des écoles en Seine Saint Denis, puis conseillère pédagogique, j’avais une appétence pour l’EPS. Naturellement, je me suis donc investie au sein de l’USEP de mon département. En 2002, année de l’éducation par le sport, j’ai été détachée auprès de l’USEP en tant que chargée de mission jusqu’en 2008. Puis je suis revenue dans le 93 pour poursuivre ma carrière en tant qu’Inspectrice de l’Éducation Nationale. Après huit ans dans cette mission, j’ai eu envie de m’investir à nouveau à l’USEP en tant qu’élue et vice-présidente en charge de la formation. C’est en 2016, forte de mon expérience que je me suis alors présentée à la présidence de la fédération. Aujourd’hui, c’est mon troisième et dernier mandat au sein de l’USEP mais le tuilage est envisagé pour permettre un renouvellement dans la continuité.
Quelle est l’origine de l’USEP ?
L’USEP a été créée au moment du Front Populaire par le Ministre jean Zay qui, à l’époque, avait bien compris que pour qu’un enfant s’épanouisse, il fallait qu’il utilise son corps, qu’il le développe notamment au travers d’activités culturelles et sportives.
C’est au sein de l’UFOLEP et de son association porteuse, la Ligue de l’enseignement que la commission scolaire USEP a vu le jour. Puis, après le résultat catastrophique des JO de 1968 pour la France, le sport à l’école est devenu une priorité nationale. C’est ainsi que le corps des conseillers pédagogiques en EPS est créé et pour occuper ces postes, il fut tout naturel de puiser dans le vivier de l’USEP. Pendant longtemps, ces conseillers pédagogiques ont été au cœur de l’action de notre association, cela n’est plus vrai aujourd’hui, notamment aussi parce que la spécialité EPS a disparu.
C’est quoi l’USEP aujourd’hui ?
Nous sommes une fédération sportive scolaire au sein de la Ligue de l’Enseignement mais également membre du comité olympique. Nous sommes la seule fédération sportive habilitée à intervenir dans les écoles primaires publiques. Présente dans l’ensemble des territoires outremer compris, chaque département dispose d’un délégué qui est chargé de proposer aux associations USEP un programme d’activités dans lequel vont pouvoir piocher les enseignants, qu’ils ou elles soient en maternelle ou en élémentaire, du prêt de matériel ou des formations facilitant la mise en œuvre des activités physiques et sportives. Il est également proposé, dans le cadre d’un partenariat avec les fédérations sportives délégataires, la découverte d’une activité par un intervenant de club sportif accompagné par l’USEP.
Comment une école, un enseignant peut faire appel à l’USEP ?
Un·e enseignant·e va devoir tout d’abord créer une association USEP dans son école. Il faut pour cela a minima 3 adultes dont, si possible, un parent. Le fait qu’il y ait plusieurs adultes dans cette association USEP permet de mieux faire vivre l’association sur l’école. Pour la créer, il ou elle peut se rapprocher du délégué USEP départemental qui va le guider dans sa démarche. S’il existe déjà une association USEP dans l’école, chaque enfant de la classe prend alors une licence. A partir de là, les classes affiliées vont pouvoir s’inscrire aux rencontres sportives, bénéficier, de façon ponctuelle, d’un partenariat avec un club sportif de proximité, profiter d’un accompagnement pédagogique.
Le cadre associatif proposé par l’USEP crée les conditions pour impliquer les enfants dans le choix des activités, rédiger des courriers afin d’aller à une activité ou réclamer des subventions à la collectivité territoriale. Pendant les activités, les enfants seront acteurs des rencontres en devenant organisateurs, juges, arbitres. Ils pourront ainsi exercer leur prise d’autonomie et de responsabilité.
Quels liens avec ce qui est fait en classe ?
Souvent en amont ou en aval de la rencontre, l’enseignant.e va pouvoir mener des activités complémentaires sur différentes thématiques : développement durable, la santé, les sciences. L’enseignant·e, dans le cadre de sa polyvalence, pourra ainsi construire un projet interdisciplinaire.
Quelles différences entre EPS et USEP ?
L’USEP et l’EPS sont complémentaires, l’approche n’est pas la même. Les séances d’EPS permettent aux enfants de développer des gestes moteurs qui vont enrichir leur répertoire.
Les rencontres sportives associatives USEP viennent en finalité du cycle d’EPS et proposent aux enfants de vivre une activité physique et sportive au plus près du sport de référence.
Par exemple, si on prend l’athlétisme, en EPS l’enseignant va apprendre aux enfants à sauter, à courir, à lancer. Nous, à l’USEP, on va proposer une rencontre athlétisme où le geste de sauter, courir lancer va prendre une forme socialement plus sportive. Le but du sport scolaire incarné par l’USEP est d’enrichir la culture sportive de l’enfant et de faciliter la passerelle entre l’école et le monde sportif. Avec cette sensibilisation de l’USEP, l’enfant va pouvoir se dire : « cette activité que j’ai pratiquée à l’USEP, j’ai envie de la poursuivre après l’école dans un club ! ». L’USEP via le sport scolaire se veut l’interface entre l’EPS en école et le club sportif.
Et avec l’UNSS ?
L’UNSS est un service déconcentré de l’État avec des profs d’EPS qui ont un forfait pour animer du sport scolaire. L’UNSS prend souvent la forme de compétitions, de championnats.
A l’USEP, les enseignants sont bénévoles et il n’y a pas de compétition mais des rencontres avec des défis via un contrat personnel ou collectif. A l’USEP, le plaisir de la pratique reste notre priorité car il conditionne l’envie de poursuivre régulièrement l’activité physique tout au long de la vie.
Pour autant il arrive que le Cross USEP mené parfois en collaboration avec l’UNSS prenne la forme d’une compétition. Pour sortir de ce schéma et donner la possibilité à chacun de courir à son rythme, selon ses capacités, nous avons élaboré un document avec la fédération française d’athlétisme qui s’intitule « Anim Cross ».
En quoi se différencie l’USEP de la pratique dans un club sportif alors ?
Les activités sportives que l’on propose sont toutes adaptées et très différentes de ce qui se pratique au sein d’un club sportif. Ainsi, lorsqu’un enfant pratique le rugby avec l’USEP, les règles sont adaptées pour éviter les plaquages. Ensuite, quand on prend une licence à l’USEP, ce n’est pas pour avoir un entraînement régulier. Les enfants vont bénéficier d’une offre d’activités physiques et sportives diversifiées jalonnant l’année scolaire ce qui va permettre aux enseignant.es de dynamiser leur programmation et leurs séances d’EPS. On ne vise pas la technique sportive mais plus le plaisir de la pratique, le plaisir de faire ensemble pour le plus grand nombre car le prix de l’adhésion reste modique (en moyenne 5€ par an). Ainsi des enfants de quartiers populaires vont pouvoir accéder à des activités sportives diversifiées qu’ils ne pourraient faire en club où le coût est nettement supérieur. Cela va permettre également de déconstruire auprès des parents certains stéréotypes qui empêchent une fille de faire du rugby ou un garçon de faire de la danse.
Vous avez travaillé récemment sur l’inclusion au sein de l’USEP, pourquoi cette thématique ?
D’abord parce qu’on veut s’adresser à tous les enfants quelles que soient leur potentialité.
Au début, on faisait de l’intégration avec les enfants porteurs de handicap en les emmenant à la rencontre mais sur place on leur confiait des tâches non sportives.
Avec la Loi de 2005, on s’est dit qu’il fallait viser l’inclusion : un enfant porteur de handicap doit pouvoir pratiquer comme les autres. La démarche s’est vraiment enclenchée au sein de l’USEP et on a imaginé des séquences, des outils, des fiches navette pour les enseignant.es afin de permettre à l’organisateur de la rencontre d’anticiper la présence d’enfants porteurs de handicap. L’organisateur peut alors adapter l’activité pour tous et notamment pour que l’enfant en situation de handicap puisse la pratiquer. Il n’y a pas de recette universelle, les activités doivent donc être envisagées en fonction des profils des enfants qu’ils soient en surpoids, handicapés ou asthmatiques. On a aussi conçu un outil pour qu’en dehors de la rencontre sportive, l’enfant puisse donner son ressenti par rapport à sa relation aux autres, à la façon dont il a été inclus dans le groupe. C’est très révélateur. Des difficultés existent encore mais l’intention est là. Il faut sortir du discours et passer à l’action.
Comment est financé l’USEP ?
A l’origine, tous les délégué·es USEP étaient mis à disposition par l’Éducation nationale puis en 1992 c’est le statut de détachement qui a été mis en place. Ce transfert a été compensé par une subvention de l’éducation nationale mais qui aujourd’hui ne couvre pas l’entièreté des salaires des délégué·es. Donc sur le terrain, il y a des comités qui doivent aller chercher des ressources propres pour financer le poste de délégué·e. Dans certains départements, le ou la délégué·e est à mi-temps ce qui nuit à l’égalité de l’offre USEP.
Au niveau local, les comités USEP bénéficient du financement de l’Agence Nationale du Sport pour les activités mais les comités doivent pour cela déclarer des projets qui leur permettent, après validation, d’obtenir une contribution variant entre 2000€ et 15 000 €.
Nos produits reposent principalement sur la vente des licences, 5€ par an par école. Cela peut aller à 10 € pour les comités qui organisent les écoles de sport le mercredi après-midi.
C’est pourquoi notre pérennité passe par un enjeu de développement.
Actuellement l’USEP est présente dans seulement une école sur quatre sur le territoire ce qui n’est pas suffisant. Dans certains départements, on constate même des zones blanches sans association USEP. A l’occasion de la loi sur le sport de 2022, l’USEP avait proposé de modifier le code de l’éducation pour aboutir à la création d’une association USEP dans chaque école : cette proposition a été rejetée par Bercy.
Comment faire pour sortir de cette spirale ?
Se développer, on voudrait bien mais sans délégué·e USEP supplémentaire c’est impossible.
Malgré la note de la DGESCO à destination des DASEN incitant à soutenir l’USEP par l’intermédiaire de chargé de mission sport scolaire, l’impact reste discret.
Actuellement, l’USEP est confrontée à un plafond de verre difficile à franchir actuellement. Ce que l’on voudrait, c’est augmenter notre maillage territorial et s’adresser à toutes les écoles. L’USEP fonctionne plutôt bien en rural car elle permet de rompre l’isolement des enseignant·es ainsi que dans les quartiers où sont installées des cités éducatives. Pour le reste, difficile d’enclencher une dynamique faute avant tout de moyens humains pour rayonner sur l’ensemble du territoire. Dans le cadre des élections municipales, l’USEP a rédigé un plaidoyer pour rappeler qu’elle contribuait à la politique sportive des collectivités territoriales. Cela permet d’animer la ville et de faire en sorte que les enfants soient en meilleure santé. On attend ainsi que des municipalités soutiennent financièrement et matériellement notre action.