Le constat central est clair : le CAP a changé de public et donc de nature, sans que l’institution ait réellement adapté ses moyens, ses parcours et les missions des équipes.
Les CAP accueillent aujourd’hui des élèves souvent très éloignés des attendus scolaires et professionnels : EBEP, élèves de SEGPA ou d’ULIS, allophones, jeunes en grande difficulté sociale ou familiale, voire élèves orientés en CAP par défaut faute d’une offre adaptée à proximité. L’orientation y est trop souvent subie, avec un manque de mixité sociale et une concentration des difficultés dans certaines divisions.
Le CAP ne peut plus être pensé comme un simple diplôme d’insertion
Pour une partie importante des élèves, la première réussite consiste à retrouver le goût d’apprendre, l’assiduité, la confiance en soi et les codes sociaux et professionnels.
Le travail des PLP dépasse donc largement la transmission de gestes et de savoir-faire. Le geste professionnel devient un levier éducatif : apprendre un métier, c’est aussi apprendre à respecter des règles, travailler en équipe, accepter l’erreur, persévérer, prendre des responsabilités et gagner progressivement en autonomie. Les équipes ne font pas moins de professionnel : elles font davantage d’éducatif pour rendre possible le professionnel.
Pour la CFDT, il faut reconnaître la notion d’éducation professionnelle : Éduquer/Former/Insérer.
Des publics plus fragiles et des moyens qui ne suivent pas
Les équipes constatent un décalage croissant entre les besoins des élèves et les conditions d’enseignement :
- Effectifs trop importants : 30 élèves par classe, une situation qui se répand
- Regroupement de CAP différents en enseignements généraux pour des raisons de DGH
- Manque d’AESH et de personnels sociaux et de santé pour accompagner les élèves et les équipes
- Temps de concertation insuffisant voire inexistant et non reconnu
- Formation insuffisante des personnels aux spécificités du CAP et à l’inclusion
- Plateaux techniques et organisations pédagogiques qui ne permettent pas toujours l’individualisation nécessaire.
- La pédagogie de l’alternance, une spécificité du lycée professionnel et qui est le moteur d’une pédagogie « créative et réparatrice » manque de moyens humains pour la faire vivre
- La sécurisation des PFMP en ce qui concerne la SST et les VSST doivent être au cœur des préoccupations
Pour la CFDT, la composition sociale et scolaire des classes doit devenir un véritable indicateur de complexité pour l’attribution des moyens.
Donner davantage à ceux qui accueillent les publics les plus fragiles, plutôt que considérer tous les CAP comme équivalents.
Il faut redonner du temps aux apprentissages
Les remontées de nos adhérentes et adhérents soulignent une contradiction : on demande davantage aux élèves tout en réduisant ou en contraignant le temps disponible pour apprendre.
La multiplication ou l’alourdissement de certaines épreuves, notamment orales, pèse particulièrement sur des jeunes qui ont déjà un rapport fragile à l’école.
À l’inverse, le CCF est perçu par les équipes comme un dispositif positif, moins anxiogène pour les élèves et les personnels. Mais les calendriers de remontée des résultats, parfois très précoces, réduisent inutilement le temps d’apprentissage de fin d’année.
Pour la CFDT il y a des pistes à proposer comme :
- Réinterroger l’utilité de certaines épreuves : Examens terminaux écrits comme oraux versus CCF
- Redonner du temps aux enseignements disciplinaires, notamment au français.
- Préserver le CCF
- Revoir les calendriers d’examen pour permettre aux élèves de bénéficier pleinement du mois de juin
- Éviter que les économies de DGH conduisent à regrouper des publics particulièrement fragiles
La durée du CAP doit être adaptée aux élèves
Le modèle uniforme du CAP en deux ans ne correspond pas à la diversité des situations.
La revendication CFDT des CAP en 1, 2 ou 3 ans prend ici tout son sens. La troisième année ne doit pas être conçue comme un simple « redoublement », mais comme un temps de maturation, de consolidation et de construction du projet professionnel.
Elle pourrait permettre de renforcer :
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- Les savoirs fondamentaux
- Les compétences professionnelles
- L’autonomie
- L’expérience en entreprise
- La préparation à une poursuite d’études
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La CFDT propose de passer d’une durée identique pour tous à un parcours adapté aux besoins de l’élève.
Le CAP ne doit pas devenir une impasse à 17 ans
Un problème majeur apparaît à la sortie du CAP : les jeunes sont souvent trop jeunes ou pas suffisamment préparés pour entrer directement dans l’emploi, tandis que les possibilités de poursuite d’études restent limitées.
Les élèves de CAP qui ne peuvent entrer dans l’emploi et/ou poursuivre en Bac Pro sont pris en charge par les missions locales mais cela ne peut constituer la seule réponse.
Pour la CFDT, il faut construire de véritables parcours de qualification après le CAP
- Par une année de consolidation
- Une expérience professionnelle supplémentaire
- Un renforcement des modules de français et d’enseignement général
- Des qualifications complémentaires
- Un accompagnement vers l’autonomie et la mobilité
- Une poursuite plus sécurisée vers le bac professionnel.
Construire de vraies passerelles CAP/Bac pro
Les remontées de nos adhérentes et adhérents mettent également en évidence la nécessité de sortir d’une logique de filières étanches.
Un jeune en seconde bac pro en grande difficulté doit pouvoir rejoindre un CAP du même champ professionnel sans que cela soit considéré comme un échec.
À l’inverse, un élève de CAP qui progresse doit pouvoir rejoindre un bac professionnel avec un accompagnement adapté.
Pour la CFDT, les passerelles doivent fonctionner dans les deux sens.
Une piste concrète serait de garantir des places en première professionnelle pour les élèves de CAP qui souhaitent poursuivre, tout en envisageant une troisième année de CAP pour ceux qui ont besoin d’un temps supplémentaire de consolidation.
L’offre de CAP doit être développée
La carte des formations constitue un enjeu majeur. Dans certains territoires, on trouve plusieurs sections de bac professionnel dans une spécialité mais aucun CAP correspondant, contraignant des élèves fragiles à intégrer directement le bac pro alors qu’ils auraient besoin d’une formation plus progressive.
Une revendication de longue date de la CFDT : Un lycée modulaire et donc un LP réellement modulaire, permettant de construire et sécuriser progressivement des parcours CAP/Bac professionnel/BTS avec des passerelles et des possibilités de réorientation à chaque étape.
La carte des formations doit donc être pensée à partir des besoins des jeunes et des territoires, et non uniquement à partir des capacités existantes ou des contraintes budgétaires.
Nos principales revendications pour le CAP
Nous les avons présentées le 15 septembre à madame la ministre déléguée lors du comité de suivi de la voie professionnelle :
- Reconnaître le changement de public des CAP et leur dimension d’« éducation professionnelle ».
- Adapter les moyens à la complexité des publics : effectifs, DGH, AESH, santé-social, équipes pluri-professionnelles.
- Permettre des CAP en 1, 2 ou 3 ans, selon les besoins et le rythme de maturation des jeunes.
- Créer de véritables parcours après le CAP, pour éviter une unique solution après le diplôme vers la ressource Mission locale dont les missions d’urgence sont bien plus vastes vers d’autres publics.
- Développer les passerelles CAP/Bac professionnel, dans les deux sens, et garantir des possibilités de poursuite en première professionnelle.
- Redonner du temps aux apprentissages : enseignements disciplinaires, français, concertation, accompagnement et formation des équipes.
- Réinterroger la pression certificative, tout en maintenant le CCF et en revoyant les calendriers d’examen.
- Développer l’offre de CAP dans les territoires et construire progressivement un LP modulaire, permettant à chaque jeune de trouver un parcours adapté.
Le problème n’est pas de savoir comment faire entrer davantage de jeunes dans le cadre actuel du CAP. Il faut se demander si le cadre actuel du CAP est encore adapté aux jeunes qu’il accueille.
Et surtout si nous voulons réellement que le CAP soit un diplôme d’insertion, il faut d’abord donner aux jeunes les moyens d’y construire leur qualification, leur autonomie et leur projet professionnel.